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24 octobre 2015

Rentrée littéraire 2015 #6 : Leurs contes de Perrault (collectif)

Qu’est-ce qui traverse les âges, paré d’une langue chaque fois différente pour rappeler une morale qui nous vient de temps anciens, vieillit sans fard et peut même être rajeuni ? Le conte, sans nul doute.

"Le Chat 2.0." d’Alexis Brocas ? (photomontage © vivelaroseetlelilas)

Le conte, qui se prête particulièrement aux réécritures - étant lui-même une transcription d’un récit oral, et qui donc contient par essence sa future transformation. Les contes de Perrault seraient d’ailleurs un travail idéologique de réécriture des contes français dans le contexte du catholicisme français et romain de la Contre-Réforme (Marc Soriano).
De fait, la réappropriation des contes a le vent en poupe (ne serait-ce que sur les écrans de cinéma). Mais pas seulement : de la star des lettres populaires Amélie Nothomb qui réinvente «Barbe Bleue» à mon coup de cœur personnel pour «La belle et la bête» version fantasy de Robin McKinley, les contes de fées représentent un fonds commun passionnant.

Les onze contes de Perrault dont se sont emparés les auteurs du recueil «Remake» sont ainsi la démonstration de la puissante forte d’évocation de cette matrice. Tour à tour, de Gérard Mordillat à Christine Montalbetti, chacun des auteurs convié par Belfond à jouer avec un texte de Perrault en fait un récit étrangement familier - et aussi œuvre d’imagination.
Sous la plume de Cécile Coulon, par exemple, «Barbe Bleue» devient un adolescent sadique, tandis qu’Emmanuelle Pagano fait de Grisélidis la victime moderne du pervers narcissique qu’est déjà le roi dans le conte originel. Le lecteur en a froid dans le dos. Mais il y a heureusement des récits plus lestes. Ainsi «Le Chat 2.0.» d’Alexis Brocas est un de mes préférés, comprenant le legs incongru d’une clé USB félimorphe au fils cadet fumeur de pétards.
Par ailleurs, on rêve bercé par l’orientalisme de la Belle au bois dormant de Leila Slimani, on réfléchit au genre avec la Cendrillon de Nathalie Azoulai, et la solitude urbaine des Fées de Frédéric Aribit tord l’estomac. Et j’en passe, évidemment.

Entre grincements de dents, émois et rires, ces écrivains contemporains font vivre les contes de Perrault à l’intérieur de leurs propres univers. C’est passionnant et tout à fait intense.

«Remake - Leurs contes de Perrault», collectif - Belfond 2015

9 octobre 2015

Rentrée littéraire 2015 #5 : Franck Maubert, Les uns contre les autres

Ces derniers temps, je me suis souvent réveillée de trop bonne heure. Alors qu’à 5h tout dormait encore, j’attrapais «Les uns contre les autres» et, moi qui n’ai rien de l’oiseau de nuit, je lisais la vie de ceux qui la brûlaient par les deux bouts dans les années 80.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Dans ce livre, c’est l’éclosion du bling - un doré qui connait encore ses classiques, et si tout ce qui brille n’est pas d’or, le champagne se déguste dès 10h du matin, on s’enlace encore pour quelques fois sans peur du sida… «Pour combien de temps ?» se demande Albertine, pygmalion du créateur Christophe Mistral, grande amie de Moby, ci-devant narrateur (et double assumé de Maubert).

Après «Visible la nuit», Franck Maubert reprend le chemin du souvenir et d’une nostalgie désenchantée pour peindre un monde qui est désormais raconté sous forme d’archives. Il y a peu, on pouvait en effet lire dans Le Monde l’histoire de Mary-Line, la physionomiste des Bains Douches. C’est dire si l’époque est révolue… Mais Moby ne le sait pas encore, ou le pressent : son journal est mort, le papier lui semble fini. Il se tourne alors plein d’ambition vers la télévision. Son partenaire Ferdyck, insupportable animateur, se révèle tyrannique. Heureusement, il y a les nuits aux Lumières, chez Rodolphe. Là, se font et se défont des relations superficielles - d’autres le sont moins, même si elles semblent parfois tout aussi vaines. Là, se se font et se défont aussi les réputations. La nuit fait le jour, du moins celui de la société du spectacle, de la pub, de la mode, de la télé, cette postmodernité qui vient juste d’être théorisée par Lyotard.

Le lecteur reconnaîtra, dans ce texte qui est aussi un roman à clefs, les personnages auxquels il est sensible. Il m’a été facile, ainsi, de voir Christian Lacroix en Christophe Mistral. L’équivalent Lumières-Bains-Douches est transparent. Je ne continue pas, je vous laisse décider livre en main si Boukobza n’est pas trop bien traité... Même si on y était pas !

photomontage © vivelaroseetlelilas

Bref, «Les uns contre les autres» a tout d’une carte postale volontairement un peu kitsch, un peu criarde, comme a été, pour Franck Maubert et ses amis, à Paris, ce «golden age» au son des Gipsy Kings.

«Les uns contre les autres» de Franck Maubert - Fayard 2015

6 octobre 2015

Rentrée littéraire 2015 #4 : Michel Quint, Fox-Trot

Michel Quint m’avait tenue en haleine avec l’excellent «Veuve noire» paru en 2013 chez l’Archipel. Comme dans «Fox-Trot», il y avait du mystère dans l’air, des arts, beaucoup, on était à Montparnasse, de la politique, un peu, on sortait de la Grande Guerre.

photomontage © vivelaroseetlelilas

On retrouve peu ou prou les mêmes ingrédients dans ce roman également «policier historique». A la différence que celui-ci, on ne peut l’ignorer, est plus grave. Il se déroule dans les années 30, tout particulièrement en 1934. Les ligues et les partisans de la gauche se cherchent noise dans les rues de Lille, sinistres. En plein scandale politico-financier -l’affaire Stavisky-, à Paris, Lisa Kaiser, belle trapéziste, vole un mourant dans de troubles circonstances. Sur les papiers de ce dernier, une adresse à Lille. À Lille justement, une bourgeoise qui avait grand intérêt pour les choses de la chair est retrouvée assassinée… 

«Venez bien vite Ô prince charmant
Songez qu’elle attend
Qu’elle est belle
Et qu’elle a vingt ans.»

Charles Bertin, lui, y est instituteur. Il est pauvre, il est beau, il a des convictions, il serait tout à fait séduisant - ne serait-ce une certaine peur de l’engagement qui navre ces dames. Alors qu’une manifestation des ligues dégénère en émeute urbaine, Charles se retrouve en protecteur de Nelly, modiste de son état. Pour Nelly, c’est le coup de foudre. Mais Charles songe encore à cette perverse d’Henriette, de l’école des filles. Et surtout, il va croiser Lisa, la trapéziste, qui vient de Paris pour un coup de la dernière chance, son adresse mystérieuse en main. Le cousin de Charles, le bougon Henri, flic à la Simenon, regarde tout cela, vaguement amusé, tout en se demandant si Charles ne ferait pas un bon indic, il y a fort à faire pour surveiller les Croix-de-Feu. Tout se tend dans la ville : les partis, les gens, le souffre est dans l’air. Et puis cette fille qui virevolte nue, maintenant. Pas très longtemps : Lisa est assassinée. Et Henri commence à faire le lien entre les épisodes de la série rouge qui frappe Lille.

Michel Quint dispose doucement ses personnages sur l’échiquier qui tiendra en haleine le lecteur jusqu’à la dernière page, jusqu’à l’ultime révélation.
Le livre est dédié aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. Toute ressemblance entre «Fox-Trot» et la situation politique actuelle est voulue.

«Fox-Trot» de Michel Quint - Editions Héloïse d’Ormesson 2015

Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

13 septembre 2015

Panique à la banque 2 : la crise contre-attaque, L.Gordon & O.Marbot récidivent

Il y a presque un an déjà, je vous faisais peut-être découvrir «La chute de la maison Lehman», polar économique de L. Gordon et Olivier Marbot. Il s’agissait du premier tome de ce qui sera en fait une trilogie («Panique à la banque»). Alors que dans le premier opus, la crise venait tout droit des États-Unis et des subprimes, dans le deuxième tome, «A l’ombre du Führer», c’est la crise européenne de la dette qui se dresse en menaçante toile de fond.

photomontage © vivelaroseetlelilas

On retrouve nos héros, Venugo et Gauthier de Montpazier, deux éminences du Crédit National de France, forcés de devoir enquêter sur le meurtre mystérieux d’un banquier - allemand cette fois-ci - tout en faisant face aux conséquences de la nouvelle crise financière qui secoue leur propre établissement bancaire… sans parler de l’euro. Une enquête qui les conduit en Allemagne, en Chine et même en Argentine - leur vie sera menacée plus d’une fois.

Si la formule reste la même que dans le premier tome, les péripéties s’enchaînent à un rythme plus effréné encore, et l’ambiance est définitivement plus noire : les failles des personnages apparaissent plus béantes également. Quant aux enjeux politiques évoqués, en France et à l’étranger (la montée des extrémismes en premier lieu), ils sont aussi anxiogènes que les agissements mafieux décrits.

Le scénario est plus complexe que dans le premier tome, et si certains retournements de situation sont prévisibles, l’intrigue est solidement ficelée. On apprécie une nouvelle fois cette impression de lire le supplément éco de son quotidien comme s'il était annoté par le gouverneur de la Banque de France. Comme l'un des deux auteurs protège son anonymat, nul besoin de dire qu'on se demande souvent jusqu'à quel point ce qui est raconté est véridique. C'est pourquoi cette lecture estivale a donné lieu à quelques questions à L.Gordon et O.Marbot… La primeur des réponses vous est livrée ci-dessous !

1 vivelaroseetlelilas : Tout d’abord, une question sur la narration me paraît incontournable : qu’est-ce qui vous a poussé à écrire une intrigue aussi proche de celle du premier tome ?

O.M. : Sur les intrigues très proches, c'est à la fois volontaire et involontaire.
Nous sommes partis de l'idée, qui nous semble justifiée pour une série policière, que chaque tome de Panique à la banque s'ouvrirait sur une mort violente (meurtre, suicide...). Nous n'avons pas inventé le concept, simplement nous le plongeons dans le bain "bancaire" qui fait notre spécificité.
Au-delà de ça, il est vrai que les deux intrigues sont construites de façon très similaire : meurtre d'un banquier, accord avec les autorités pour cacher l'info et enquête interne, voyages à l'étranger, crise financière en toile de fond... Ce n'est pas entièrement volontaire, disons que c'est la pente que suit naturellement un projet de ce genre. Le tome 3 sera très sensiblement différent de ce point de vue, nous ne voulons pas tomber dans la répétition systématique.
Étant plus spécialement en charge de l'intrigue "romanesque" et des personnages (alors que L. apporte ses connaissances de la banque et de la finance et bâtit les grandes lignes de l'histoire que je fais, ensuite, plus ou moins évoluer), je voyais un grand avantage à la similitude entre les deux premiers tomes : celle de pouvoir en profiter pour approfondir les personnages, leur donner plus d'épaisseur. En les replongeant dans des situations comparables, on peut proposer des variations. Ces gens ne sont pas des machines.
Surtout, surtout, ce qui me tient à cœur, c'est de les malmener un peu. Venugo, dans le tome 1, est trop parfait, trop vertueux, trop brillant. OK pour poser le personnage, mais ensuite il faut lui donner un côté sombre, sinon il est à la fois peu crédible et emmerdant... Pour Gauthier de Montpazier, c'est plus facile : on sait depuis le tome 1 qu'il a un gros problème de braguette et il est très tentant de poursuivre dans cette direction. Pour un auteur, c'est très très amusant de faire ça. La petite difficulté c'est que, comme L. l'explique en réponse à une autre question, la plupart de nos personnages lui ont été inspirés par une ou plusieurs personnes qu'il a côtoyé. Parfois des gens qu'il a beaucoup apprécié. Donc quand je lui propose un chapitre ou le gars se fait embarquer par la police au milieu des soupeurs des pissotières du jardin du Luxembourg, il renâcle un peu (c'est un exemple). A moi d'insister et de le convaincre, ça fait partie du jeu et c'est tout l'intérêt d'écrire à deux.

2 En restant sur la question de la narration, j’ai remarqué que les chapitres axés finance mondiale et géopolitique alternent avec les péripéties romanesques. Est-ce pour renforcer l’aspect pédagogique de votre texte à quatre mains ?

L.G. : Bonne remarque. Oui, les chapitres finance mondiale alternent avec les chapitres romanesques, c'est vrai. Mais ça n'a rien à voir avec le fait que l'écriture soit à quatre mains, non. C'est venu naturellement, tout seul. N'oubliez pas que l'idée est de transmettre une expérience vécue et d'expliquer au lecteur ce qui s'est passé véritablement pendant la crise; et cela basé sur une expérience que L.Gordon à lui-même vécue, on peut dire, en première ligne. Alors, il faut bien trouver moyen d'expliquer les aspects plus techniques de la crise, en essayant de ne pas être pesant. Il ne s'agit pas d'instruire, nous n'avons pas cette prétention, mais d'informer. Nous avons pensé, Olivier et L., qu'il valait la peine de montrer et d'expliquer la crise, vue de l'intérieur, afin que ce qui peut-être reproché aux banques le soit, mais qu'on ne les accuse pas à tort et a travers. Ce qui compte, c'est l'exactitude des faits, et après, on peut avoir les opinions que l'on veut, c'est l'essence même du débat démocratique, mais il faut que les faits soient impeccablement justes. C'est d'abord une question d'honnêteté intellectuelle. Alors, on peut reprocher ce que l'on veut à ce livre, mais nous pensons qu'il est plus près de la vérité que beaucoup de choses qui ont été écrites par des journalistes ou des économistes, qui n'ont jamais véritablement été en charge d'une banque. L.Gordon, si. Sans cette expérience, nous n'aurions pas écrit cette série. Du coup, il faut bien expliquer les aspects techniques et géopolitiques, d'où cette alternance que vous mentionnez.

O.M. : Sur l'alternance de chapitres romanesques et de parties plus "journalistiques" sur le développement de la crise financière, c'est la base même du projet. Raconter les crises comme elles se sont vraiment déroulées, et plaquer dessus une intrigue policière.
Le mélange des deux est-il réussi ? Harmonieux ? Seuls le lecteur ou le critique peuvent le dire.
Ce qui est certain c'est quand quand L. m'envoie sa première version, les parties sur la crise et l'actualité sont toujours un peu longues, un peu trop détaillées. C'est son côté sérieux et scrupuleux : il veut être précis. Mais parfois c'est au détriment de l'histoire elle-même donc je raccourcis, je simplifie, je coupe purement et simplement.
Mais le principe de l'alternance entre parties romanesques et faits d'actualité, lui, est amené à perdurer dans toute la série.

3 Concernant l’intrigue elle-même, est-ce parce qu’il est tellement impossible de résoudre la crise par des moyens traditionnels que vos héros n’utilisent pas seulement leurs connaissances et leurs réseaux pour le faire, mais doivent aussi jouer les aventuriers au sens classique du terme ?

L.G. : Là encore, bonne remarque. Il existe dans les banques un service de l'inspection, un service très puissant. Le patron de l'inspection, c'est Venugo dans notre livre. Ce service de l'inspection est chargé de vérifier la conformité de l'activité de la banque avec les règles internes, les lois et les règlements de chaque pays. L'inspection suit à la trace les transferts de fonds pour déceler l'argent de la drogue, par exemple, et fait en permanence des inspections sur place, in situ, des inspections n'importe où dans le monde, et qui peuvent durer une semaine, un mois ou trois mois; ensuite, l'inspection produit des rapports très précis, qui peuvent briser bien des carrières. Dans l'affaire Kerviel, par exemple, l'inspection de la Société Générale a dû se déchaîner pour reconstituer l'affaire, trouver les coupables et les complices, c'est certain. Donc, que Venugo joue les aventuriers en cas de meurtre dans la banque, oui, c'est entièrement plausible, et ça n'empêche pas la police, la justice, les organes de régulation bancaires, voire les services secrets, ou encore Tracfin, de faire chacun leur boulot de leur côté. Dans un cas comme celui-ci, une grande banque ne restera pas passive, elle enquêtera; et elle paniquera, c'est certain, car sa survie est peut-être en jeu. Un meurtre d'un banquier allemand dans une banque française, ce serait quelque chose d'énorme, ça ne se résout pas en passant quelques coups de téléphone, certainement pas. Des situations romanesques, L.Gordon en a connues, par exemple protections rapprochée 24H sur 24 et par quatre gardes du corps du directeur d'une banque française en Corée du Sud (problème avec des syndicats, sérieuses menaces de mort), arrestation de personnel par le FBI à New-York dans les locaux même de la banque (fraudes diverses et variées), sortie en panique de tout le personnel expatrié d'une banque française en Argentine en 2000 pour éviter l'emprisonnement (oui, le personnel français de la banque à filé à l'anglaise pendant le week-end en abandonnant toutes leurs affaires personnelles, et en laissant les clefs aux argentins), et j'en passe... La vie d'une banque est infiniment plus romanesque qu'on ne le pense. La vie politique aussi. Quel cerveau malade pourrait imaginer que le président de la République, par exemple, quitte incognito l'Elysée en scooter, avec son garde du corps a cheval derrière lui, pour aller retrouver sa maîtresse, dans un appartement loué à un homme proche du gang corse de la Brise de mer... invraisemblable !

O.M. : La réponse de L. est très complète sur ce point.
J'ajouterai seulement qu'il est beaucoup plus intéressant pour nous de décrire une enquête menée par des banquiers. S'ils se contentaient d'attendre que la police les tienne au courant, on s'ennuierait ferme. Et comme ce sont des amateurs, ils font plein de bêtises, c'est amusant. Ils ne savent pas vraiment prendre quelqu'un en filature, se battre, utiliser une arme... Ce qui les sauve, c'est qu'ils ont la ligne directe de l'Elysée. Ca peut aider et c'est vrai, donc pourquoi se priver ?
Et puis j'ai tendance à penser qu'ils sont infiniment plus intelligents que le flic moyen, mais ça c'est juste une opinion personnelle...

4 On reconnait aisément certaines personnalités célèbres dans vos livres. Les autres personnages sont-ils purement fictifs ou peut-on y voir des avatars d'acteurs du milieu bancaire moins connus, ou bien déguisés?

L.G. : Camille, dans ce livre, quasiment tout est vrai d'une manière ou d'une autre. Tout. A 90%. Alors, les situations sont remises dans un contexte qui convient à l'intrigue, les personnages aussi, mais globalement, tout est vrai. Par exemple, et ceci n'est pas forcément utilisé dans ce livre, mais que tel austère grand président de banque écrive des critiques sur des livres de science fiction, sous un nom d'emprunt, c'est vrai; que tel autre ait fait une dépression nerveuse dans le cadre de ses fonctions, c'est vrai. Que j'ai connu un grand directeur qui se soit fait pincer par la police déguisé en travesti au bois de Boulogne, c'est vrai. Que l'affaire ait été étouffée, c'est vrai. Que tel directeur général de banque ait été sorti après la découverte une fraude au Maroc, c'est vrai (affaire étouffée). Des magouilles diverses et variées, j'en ait vues, bien sûr. Alors, l'intérêt, c'est que l'ambiance générale décrite dans le livre est vraie. Mais n'oublions pas que l'immense majorité du personnel des banques est droit et honnête. Cependant, une toute petite minorité suffit à rendre la banque extrêmement romanesque...
 
5 J'ai pu lire que vous comptiez axer le troisième tome sur la Grèce, pouvez-vous nous en dire davantage ?
 
L.G. : Oui, la Grèce est emblématique de la crise que nous traversons. Sur-endettement, fraude, absence de réformes, corruption, déchirement sur la politique économique à suivre, sortie ou pas de l'euro ( "Partez oui, ou Parthénon", comme disait le Canard Enchaîné ), émergence d'un parti nazi et de mouvements d'extrême gauche ( maoïstes, trotskystes, etc...), le tout sur fond de paysages sublimes des cyclades, comment rêver d'un terreau plus idéal pour une belle intrigue. Et avec le soleil en plus... Franchement, cette histoire grecque, avec les coups fourrés à Bruxelles, les réunions de chefs d'Etats de 15 heures qui durent jusqu'au petit matin, les incroyables volte-faces de Tsipras, personne, personne, non, personne n'aurait pu l'inventer, pas même le scénariste le plus déjanté d'Hollywood !

O.M. : Ce qui rend la Grèce à la fois passionnante et difficile à traiter, c'est qu'elle est dans toutes les mémoires et que, contrairement à la chute de Lehman, tout le monde ou presque a un avis sur le sujet.
L'immense majorité des gens de gauche aiment Tsipras et Varoufakis et pensent que les institutions financières se sont mal comportées avec Athènes, tandis que la plupart des gens à droite estiment que les Grecs sont des feignants qui n'ont que ce qu'ils méritent.
Même entre L. et moi, il y a ce genre de discussions (l'un est journaliste, l'autre banquier, devinez qui penche de quel côté...). La vérité est évidemment quelque part entre les deux points de vue et c'est ce qui est passionnant. Là encore, L. a suivi toute la crise de très très près, il est même allé sur place, ce qui nous permet de livrer une histoire équilibrée et, je crois, très très crédible.
Dernier point : il y a beaucoup de sexe dans ce futur tome 3, bien plus que dans les précédents. Dans notre esprit ce n'est pas gratuit, simplement nous observons les faits. Strauss-Kahn, Sarkozy, Hollande, Dati, Valls... Les histoires de cul sont au coeur du pouvoir, politique ou économique. Elles mènent les gens - les hommes surtout, visiblement - à faire de très très grosses bêtises, elles poussent des types brillants à se comporter comme des simplets...
Bien sûr, on nous dira que ça n'a rien de nouveau. Chirac, Mitterrand, d'autres avant eux étaient des baiseurs compulsifs, mais les apparences restaient sauves. Chirac allait batifoler avec une célèbre actrice italienne dans un petit appart parisien, puis il rentrait manger son boeuf en daube chez Bernadette. Mitterrand avait une double vie, toute la presse le savait mais faisait semblant de regarder ailleurs. Tout ça a volé en éclat, pour le meilleur ou pour le pire. Comment pourrions-nous ne pas en tenir compte ?

«A l’ombre du Führer - Panique à la banque» de L.Gordon & Olivier Marbot - Les points sur les I 2015

3 septembre 2015

Rentrée littéraire 2015 #3 : Xavier Mauméjean, Kafka à Paris

Que vous vient-il immédiatement à l’esprit en pensant à Kafka ? L’affreuse bête de «la Métamorphose» ? L’adjectif «kafkaïen» ? Une âme triste et souffreteuse errant dans Prague ? Xavier Mauméjean vient nous proposer de colorer tout cela en proposant, dans «Kafka à Paris», un facétieux récit de voyage.
 
photographie © vivelaroseetlelilas

Sous le prétexte d’une escapade parisienne de 1911, qui n’est pas relatée dans le Journal de l’écrivain, Xavier Mauméjean nous propose les pérégrinations presque improbables de Franz Kafka et Max Brod. Les deux amis sont inséparables, et c’est ensemble qu’ils décident de prendre quelques jours de congés qui vont s’avérer riches en émotions.
Formule éculée, certes, mais qui correspond au programme effréné, typiquement parisien, que recrée l’auteur pour le lecteur, entre pures inventions et faits réels (ainsi la discussion gênante sur les laxatifs figure à peu de détails près dans le journal de Kafka).

L’argument est le suivant : Franz et Max se trouvent chargés par un éditeur praguois d’une double mission, rédiger un guide original de la capitale parisienne, et prendre des nouvelles d'un ami en pleine dépression. Sauf que rien ne se passe comme prévu, ce qui n’empêche pas les deux amis de se retrouver mêlés à une querelle d’employés au Bon Marché, d’assister à des combats de rats, sans oublier la traditionnelle virée au bordel. Là-dessus, il semble qu’en réalité le lupanar visé était fermé. Mais peu importe la stricte vérité historique : c’est bien plus amusant ainsi, et on sait gré à l’auteur de faire revivre la fin de cette Belle époque. Il y a, dans ce roman, un côté «Midnight in Paris» dont on ne se plaindra pas. Franz et Max rencontrent Giacometti au troquet, ils se rendent au cabaret en compagnie d’Apollinaire et Léger - et tutti quanti.
On ajoutera que l’auteur use de locutions qui font 1900, sans insistance, avec une légèreté qui renforce un comique de situations rassemblées sous des chapitres parlants tels «Dans le métro», «Chez le fripier», «Au bois de Boulogne» - j’en passe.

Une évocation qui plaira aux fanatiques de la période, aux passionnés de Kafka - et bien sûr à ceux qui connaissent déjà l’écriture de Xavier Mauméjean. Bonne lecture !

«Kafka à Paris» de Xavier Mauméjean - Alma 2015

31 août 2015

Rentrée littéraire 2015 #2 : Joshua Ferris, Se lever à nouveau de bonne heure

La rentrée littéraire est l’occasion de se laisser surprendre. Là où chez Lattès, tous se seront rués sur le nouveau Delphine de Vigan, j’ai préféré lire «Se lever à nouveau de bonne heure». La promesse d’un humour sinon british, du moins américain a suffi. Presque : shortlisté pour le Man Booker Prize 2014, le troisième roman de Joshua Ferris était également tout à fait recommandable.

photomontage © vivelaroseetlelilas

«Se lever à nouveau de bonne heure» («To rise again at a decent hour») est un roman dans lequel il est question de base-ball (un peu trop à mon goût), d’hygiène buccale (souvent, car, c’est original, le héros est dentiste), du sens de la vie et de «the place to live in New York» (Park Avenue, évidemment).
Il est surtout question de l’improbable guêpier dans lequel se retrouve Paul O’Rourke en 2011, Paul O’Rourke qui est donc dentiste - un chirurgien hors-pair doublé d’un sentimental au romantisme exacerbé. Paul, qui narre ce récit à la première personne, raconte l’usurpation d’identité dont il est victime sur le net : on a créé un site web pour son prestigieux cabinet, chose à laquelle il s’était toujours refusé et opposé. Il y a aussi ces commentaires ésotériques qui fleurissent en son nom, et bientôt un compte Twitter de prédications étranges. Tout cela est facilité par le fait que Paul, en bon misanthrope, est à la fois fou de son «ego-machine» (j’ai adoré le nom que Joshua Ferris donne aux smartphones, les «me-machines» dans le texte original) mais absent des réseaux sociaux et habituel commentateur anonyme.

Sa tentative de faire fermer le site du cabinet l’amène à dialoguer avec le représentant d’une sorte de secte qui prétend que que Paul descend des Amalécites, prétendues victimes bibliques des Juifs... Cet échange pourrait s’interrompre rapidement (Paul engage une avocate spécialiste en cybercriminalité), mais, malgré son athéisme ravageur, Paul est en quête de sens, et surtout, il est seul. «Se lever à nouveau de bonne heure» parlera à tous les insomniaques névrosés des grandes métropoles post-modernes (il y a du potentiel de vente).

Par ailleurs, Paul aimerait beaucoup se sentir appartenir à un groupe. Il est totalement représentatif des contradictions de notre époque : complètement individualiste, il semble pourtant désireux de s’intégrer à des belles-familles toutes plus religieuses et exclusives les unes que les autres, afin d’appartenir enfin à quelque chose. Bref, Paul voudrait éprouver la transcendance - celle-ci tarde à venir, et en attendant, il pratique l’idéalisation jusqu’à l’absurde de ses petites-amies après avoir essayé le golf et l’espagnol. Alors… pourquoi ne pas accepter d’être un UIm ?

Si je pourrais émettre des réserves vis-à-vis de la structure de l’ouvrage, «Se lever à nouveau de bonne heure» a le grand mérite d’être original. Son humour, à la Woody Allen, caustique et désespéré, doit être encore meilleur en VO (pour ceux d’entre vous qui sont bilingues). Paul O’Rourke n’aimerait pas ma conclusion, mais j’ai grincé des dents en lisant ses aventures tissées de questionnements sur l’identité et la transmission.

«Se lever à nouveau de bonne heure» de Joshua Ferris - JC Lattès 2015 (sortie le 2 septembre 2015)

24 août 2015

Natür Therapy : introspection norvégienne cul nu

Avant, tout pouvait arriver. Désormais, plus de rencontres inopinées, plus de cafés au Baileys. Martin est devenu père de famille et salarié insatisfait. Les années ont passé sans qu'il ne s'en rende compte. Pourtant, malgré l'évidence de sa rencontre avec Sigrid plusieurs années auparavant, aujourd'hui Martin n'en peut plus.
Il part en randonnée, cheminant avec ses pensées les plus intimes qui nous sont révélées par la voix off du réalisateur et acteur principal.

Ce n’est pas toujours très drôle ce à quoi pense Martin. Nous entendons, jusqu’à un certain stade du film, tout ce qu’il lui passe par la tête. Même lorsque de façon totalement puérile, cet anti-héros laisse affleurer à sa conscience la solution la plus simple pour être obligé de prendre du temps avec son fils : le décès de sa femme. Parce que dans le fond, Martin aimerait qu’il lui arrive quelque chose d’un peu important, d’un peu grand. A un moment donné, il se dit aussi que cette petite douleur, là, maintenant, ce n’est encore rien de bien méchant, ce n’est pas une belle maladie dont on se vanterait.

Pauvre Martin, pauvre misère… Ole Giæver a voulu ce prénom pour accentuer un propos inclusif. Aujourd’hui, nous sommes un peu tous Martin, perclus de contradictions tellement modernes que je passe beaucoup de mon temps à écrire des billets sur des œuvres de fiction, littéraires ou autres, qui traitent de ces incohérences existentielles - pas toujours avec autant d’auto-dérision.
Martin se sent ainsi en pleine crise conjugale. Mais il n’en parle pas à sa femme. Il préfère râler intérieurement et fantasmer sur la vendeuse du magasin de randonnée, sans doute simplement à cause même de sa différence avec Sigrid. Et puis, en pleine randonnée dont il pense quelques fois dans de timides élans peut-être ne jamais revenir, Martin n’a pas oublié son iPhone chargé à bloc…
 

Suffit-il de marcher seul pour se livrer à l’introspection véritable ? Est-ce que courir avec Alphaville (évidemment, «Forever young») dans les oreilles peut rendre libre ? A quel moment de la vie conjugale cesse-t-on forcément de s’épiler ? L’aventure intérieure implique-t-elle de s’enfoncer dans la vase ? Martin est-il lucide ou s’aveugle-t-il sans cesse ?

Si j’ai trouvé l’idée du monologue quasi intégral intéressante, c’est également un concept qui parfois a ses limites dans le déroulé du scénario. Pourtant, trouver quelquefois le temps long est aussi une manière de nous obliger à être Martin, ce qui est indubitablement le but du réalisateur.

Alors, à la fin de «Natür Therapy», Martin rentre-t-il chez lui comme Ulysse - mais pour recharger sa batterie ? Réponse le 9 septembre en salles.


20 août 2015

Rentrée littéraire 2015 #1 : Pierre Raufast, La variante chilienne

L’année passée, j’ai eu la chance de découvrir rapidement, avant l’emballement général, le premier roman de Pierre Raufast (et donc avant tout spoil). Dans «La fractale des raviolis», les histoires, multiples, s’encastraient telles des poupées russes dans le schéma délirant de son imagination enfin à la merci du grand public. Un an plus tard, l’auteur propose «La variante chilienne», nouvelle compilation de récits mais organisés de façon tout à fait différente - et en même temps, d’une telle manière que l’on reconnait la marque de l’écrivain immédiatement.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Dans ce roman, légèrement plus grave peut-être, même si l’on riait souvent jaune déjà avec la Fractale, un professeur de philosophie - le bien nommé Pascal, accompagné de Margaux (ce qui est logique puisqu’il sera question de boire des vins de qualité), en rupture avec l’année qui vient de se dérouler, font la rencontre de Florin. Une rencontre imprévue, puisque Margaux fuit plus ou moins l’oppressant domicile parental tout autant qu'une mauvaise rencontre et qu’il est plutôt d’abord question qu’elle ne se montre à personne… Sinon, pourquoi seraient-ils venus si discrètement dans la vallée de Chantebrie ?

Mais Florin n’est pas seulement un mystérieux personnage qui a appris le monde dans les livres et l’a éprouvé dans toute sa réalité, il est également un sacré charmeur. Shéhérazade de Saint-Just-sur-Harmac, il envoûte Pascal et sa disciple en leur contant sa drôle de vie (aucun rapport avec Sanson), qu’il fait chatoyer en caressant de petits cailloux renfermant la mémoire qui lui manque depuis un terrible accident…

C'est pourquoi il est question d'un village où il plut pendant une dizaine d’année, sans interruption, dans lequel les habitants ne savaient plus à quoi ressemblait le soleil. De son travail dans une entreprise de pompes funèbres, entourés d’hommes aux surnoms funestes. Puis, sans rapport, de sa rencontre avec Borges. De la vengeance d’Alphonse, mari cocufié au mauvais caractère, partenaire de jeu. Tant d’autres !
Pascal aussi raconte. Les amours contrariées de son père et de cette grand-bourgeoise d’Émilie, deux gentils jeunes gens séparés à cause d’un diamant qui a brûlé comme une feuille de papier. Margaux, de son côté, va donner sa version de la mort de sa mère, car «Il y a toujours plusieurs histoires pour une seule vérité».

Chacun, se livrant ainsi, autour de pain et de fromage, donne envie au lecteur d’intégrer cette petite confrérie qui partage le goût des bonnes choses autant que celui des belles histoires, aussi tendres que caustiques.

«La variante chilienne» de Pierre Raufast - Alma 2015

20 juillet 2015

Pourquoi une petite pause ?

C’est vrai, cela ! Je n’ai rien posté depuis mon dernier billet consacré à ce livre si fort sur la condition des femmes afghanes. Une critique difficile, d’autant plus que je ressentais un certain essoufflement. J’ai ouvert cet espace aux premiers jours de 2012, et les étés qui ont suivi, j’ai alimenté vivelaroseetlelilas été comme hiver.

photographie © vivelaroseetlelilas

Je ressens le besoin de faire quelques semaines de pause. Pour mieux retrouver l’envie du clavier afin de peaufiner mes critiques de rentrée littéraire, qui démarreront dans un petit mois.

En attendant, je vous souhaite à tous un bel été !
N'hésitez pas à relire les critiques manquées pour parfaire votre sélection de plage :)

8 juillet 2015

La perle et la coquille, les naseeb entrelacés de deux Afghanes, par Nadia Hashimi

Il y a des romans dont il est facile de parler. Il y en a d’autres dont la critique est ardue, qui ne se résument pas, ne se laissent pas enfermer dans leur intrigue, par leurs personnages. Il y a aussi ces livres dont il est complexe de dire quelque chose tant ils se suffisent à eux-mêmes, et tant leurs sujets se dispensent d'exégèse.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Partant, vous avez compris que «La perle et la coquille» ressort de la troisième catégorie. A un siècle d’intervalle, l’histoire de Shekiba et celle de Rahima, son arrière-arrière petite-fille, racontent l’enfer de la condition féminine en Afghanistan. Et surtout, la perspective historique du roman permet à son auteure de montrer la régression qui s’est opérée, alors que les années 50 et 60 avaient été plus heureuses et plus libres.

«La perle et la coquille», ce sont donc les histoires entrelacées de Shekiba et de Rahima. Des femmes au destin aride : Shekiba, au tout début du 20ème siècle, a eu le visage accidentellement brûlé et subit depuis son enfance la difformité qui fait d’elle un objet de rejet et de honte ; Rahima, peu après la chute du régime des Talibans a vécu les plus belles heures de sa vie comme «bacha posh», mais c’est aussi ce qui lui a valu d’être repérée par un seigneur de guerre.

«Que peut faire une fille dans ce monde, de toute façon ?»

Le récit de la vie martyrisée de Shekiba est peu à peu dévoilé par la tante de Rahima à celle-ci et à ses soeurs, Shahla et Parwin. C’est elle qui insiste pour que ses nièces aillent à l’école, bravant le courroux de son beau-frère, mercenaire drogué et violent. C’est elle qui a l’idée de transformer Rahima en «bacha posh», comme son aïeule Shekiba qui passa un temps de sa vie garde du harem royal, travestie en homme. Les deux naseeb, destinées de ces femmes font entrevoir l’horreur des mariages forcés, la terreur exercée par les belles-mères qui frappent les épouses de leur fils comme pour se venger de leur propre souffrance... Alors que Shekiba va entrevoir les changements possibles grâce au souverain réformateur Amanullah, un siècle plus tard, les conséquences de l’évasion de Rahima restent à écrire dans l’Afghanistan actuel.


«Tu pourras aller à l’école sans avoir peur d’être embêtée par les garçons. Tu pourras jouer à des jeux. Qu’est-ce que tu en dis ?
C’était le paradis, voilà ce que j’en disais !»

Brassant tous les problèmes de l'Afghanistan, des difficultés privées (la toxicomanie, les innombrables troubles post-traumatiques dans un État sans cesse en guerre), aux fléaux publics (les luttes d’influences des chefs de guerre, la corruption, les mariages forcés), le livre de Nadia Hashimi est nécessaire. Mais il est dur. Au début du roman, on rit du travestissement de Rahim(a) et on se demande comment Shekib(a) va changer de destinée. Néanmoins seule une très timide lueur d’espoir empêche de suffoquer complètement lorsqu’on referme le roman.

Il est intéressant de noter qu’à l’instar de Cecilia Samartin, Nadia Hashimi, elle aussi américaine, a consacré son premier roman au pays de ses origines. A la différence de la Cubaine de cœur, Nadia Hashimi s'est rendue en Afghanistan en 2002, accompagnée de ses parents, exilés depuis les années 70.

«La perle et la coquille» de Nadia Hashimi - Milady 2015

Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

6 juillet 2015

Le club des pauvres types : cherchons les hommes avec Jonathan Curiel

« Le club des pauvres types » commence avec une épreuve terrible : l’emménagement à deux. Le début de la fin. Le début de la fin de quoi ? Mais de l’indépendance de l’homme, de Paul ci-après nommé. Paul est désormais, officiellement, le concubin de Claire. Enfer et damnation de la tradition, Paul est désormais coincé dans un vrai couple. Quasiment marié, en somme.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Peu de temps après « Les crevettes ont le cœur dans latête », quoi de mieux que le pendant masculin d’un tel roman ? Et voilà le livre de Jonathan Curiel, qui épingle les travers des trentenaires de façon tout aussi amusante que Marion Michau – mais, évidemment, avec un tout autre genre d’écriture, et des plaisanteries tournées, forcément, en miroir de celles de la chroniqueuse de Voici (plus LCP que Grazia).

Paul et Claire se sont donc rencontrés une première fois à Madrid, un ami commun, ambiance auberge espagnole. Se sont perdus de vus. Un jour, retrouvés. Et voilà que désormais, ils habitent ensemble, bien qu’à peu près tout les oppose - la liste, qui court de la page 42 à la page 43, comprend notamment ces précisions : « Elle est aventurière, je suis prudent. Elle filtre les appels, je réponds. Elle mange beaucoup, je mange un peu moins. (…) Elle a besoin de bouger, j’ai besoin de traîner. »
On frôlerait « Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus » dans cette énumération, mais heureusement, l’autodérision qui parcourt le récit vient rapidement à la rescousse : Paul est simplement un produit de son temps, un jeune cadre dynamique pas macho – juste égoïste. Alors qu’il fait l’épreuve de rites d’initiation terribles tels que les vraies courses de produits frais ou les achats chez Ikea en compagnie de ses futurs beaux-parents, l’angoisse surgit.

Mais survient, dans des circonstances hilarantes, une soudaine solidarité entre les conjoints des copines de Claire, et la création du « club des pauvres types ». L’un d’entre eux prend les choses en main et impose l’utilisation d’un « kit de virilité », destiné à réveiller la testostérone endormie chez les membres de la confrérie…

« Nous avons mis sur pied, sans trop en avoir conscience, une structure simple, légère mais efficace pour le pilotage de nos couples respectifs. Bien sûr, il nous faudra éviter la bureaucratie, l’enlisement des procédures et la paperasse inutile. »

L’humour caustique de Jonathan Curiel est véritablement amusant. Cohabitation (« anatomie de la vie à deux »), amours au travail, relations sexuelles organisées par les apps de rencontre, description de l’EVG (Enterrement de Vie de Garçon) traditionnel, bien des aspects de la vie de ces « hommes en perte de repères » sont passés au crible d’une fiction qui sonne très juste sociologiquement.

29 juin 2015

Nora ou le paradis perdu : le cauchemar castriste dit par Cecilia Samartin


Dans «Nora ou le paradis perdu», Cecilia Samartin évoque le destin parallèle de deux femmes. Sur un quart de siècle, entre 1956 et 1981, il s'agit d'évoquer deux itinéraires de vie dissemblables : celui de Nora dont la famille fuit la révolution cubaine, et celui d'Alicia, sa cousine aussi proche qu'une sœur, qui tombe amoureuse d'un Noir révolutionnaire… tandis que son père est emprisonné.


photomontage © vivelaroseetlelilas

Ce roman, poignant mais généreux, est en grande partie autobiographique : chaque personnage, chaque situation a été vécue par des proches. L’écrivaine s’est en effet nourrie des récits familiaux, elle qui n’avait pas un an lorsque ses parents ont fui l’espoir trahi par Castro.
C’est d’ailleurs son premier livre - mais Cecilia Samartin est devenue une écrivaine populaire en France avec la traduction du «Don d’Anna» et d’autres titres, ce qui explique cette traduction qui peut sembler tardive. Pour l’auteure, la proximité de son propre vécu avec le premier texte est naturelle : il est logique que vienne d’abord et avant tout le désir de faire face à ses propres démons - avant de pouvoir passer à autre chose.


«Nora ou le paradis perdu» est pour une bonne part épistolaire ; les lettres que Nora envoie à Alicia et celles que cette dernière écrit à Nora sont des moments particulièrement importants - et émouvants de l'intrigue. Par là, l'auteure renforce l'impression de miroir entre les deux jeunes femmes. Il y a une dimension quasi schizophrénique du récit : les deux filles, devenues femmes, se regardent continuellement vivre - ou survivre, séparées par le Golfe du Mexique. L'une réussit aux Etats-Unis, l'autre sombre dans la misère à La Havane.

Petite et grande histoire se répondent par ailleurs constamment, tout en évoquant des thématiques plus intimistes dans lesquelles chacun peut se reconnaître : les affres de l’adolescence, l’amour interdit, la transgression de classe, etc. 
Cuba «no libre», Cuba rêvé, Cuba regretté. 
 
La douleur de l’exil, magnifiée, donne à lire la souffrance longtemps ignorée des Cubains, et toujours niée par une partie des Américains, alors que s’amorcerait une évolution des relations entre les deux pays. L’écrivaine ne croit guère à ce rapprochement économique, elle qui souhaite respecter la promesse que ses parents se sont faits en s'expatriant : revenir un jour à Cuba, lorsque l’île sera libre. 

En attendant, respectez avec elle cette déchirante promesse tout en voyageant quand même à Cuba, lisez ! Et Cecilia, elle, rédige un nouveau livre sur cette normalisation vue, une nouvelle fois, de son angle favori : la famille, et les femmes qui la composent.

Note : Cette chronique est enrichie par la discussion que j’ai pu avoir avec l’auteure lors d’une rencontre organisée par son éditeur français, l’Archipel, à Paris, le 25 juin. 

photographie © Félix José Hernandez, retouche © vivelaroseetlelilas
 

22 juin 2015

Les crevettes ont le cœur dans la tête : gloussons avec Marion Michau + concours

Bien entendu, l’héroïne des « Crevettes ont le cœur dans la tête » est une trentenaire parisienne célibataire – rarement très longtemps -, qui partage son emploi du temps entre son job de scripte, inépuisable réservoir à gossips et ses soirées entre « louves ».

graff : détail d'une toile photographiée en 2009 (expo TAG au Grand Palais) ; photomontage © vivelaroseetlelilas

Principalement donc passées avec Miranda, Samantha, non, pardon,... Babeth, la sexy-nympho, Sophie, l'irréductible randonneuse et Léa, dotée d’un couple invincible et comme telle, «insensible au malheur d’autrui» mais prompte à remettre notre Marion dans le droit chemin du raisonnable. Quand cette dernière se laisse faire, car, évidemment, quoi de plus drôle que toutes les fois où elle désobéit et agit selon son caprice pour un acteur au nom qui sonne comme une promesse (Solal), et dont elle se verrait bien l’Ariane. 

Soirées entre le Baron et le Montana perchée sur des Louboutin-achat-compulsif-du-jour, notre Marion pourrait être si caricaturale que cela ne fonctionnerait pas. Heureusement, dans sa quête de l’homme parfait, qui se confond avec l’introspection à laquelle elle refuse de se livrer et conséquemment avec l’acceptation des limites d’une adulescence persistante, la jeune femme fait preuve d’un humour ravageur et d’une autodérision permanente.

« J’ai eu de vraies histoires quand même, mais si toutes méritaient un détour, aucune ne valait le voyage. Je me retrouve donc célibataire à l’âge où ma mère pouponnait son troisième enfant (moi) un bijou de gaité et d’intelligence primitive (faudrait pas vieillir). »

Résultat, le livre devient le journal de Bridget Jones frenchy que l’on attendait. Marion ne nous épargne aucun de ses faux pas amoureux, reconnaissant qu’elle n’a pas toujours couché «utile». On ricane beaucoup, et chacune (car ne nous leurrons pas, ce livre est destinée aux nanas, même s’il serait bien utile à ces messieurs) rira parfois jaune, se souvenant de quelques situations qui réactivent des zones douloureusement honteuses de sa mémoire.
 
Peut-on écrire de la chick-lit de qualité ? Avec ce journal sexy d’une trentenaire, Marion Michau réussit avec brio ce pari risqué, en proposant un roman capable de rivaliser avec les meilleures rom-com américaines. En pensant « Sex list », on rit Klapisch : alliance réussie et surtout, happy end que je vous laisse découvrir.

Concours : 5 exemplaires à gagner !

Pour fêter l’été, les éditions Albin Michel ont la gentillesse de vous faire gagner 5 exemplaires du roman. Soyez des crevettes marrantes et envoyez-moi un petit mail comprenant votre adresse postale à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas@gmail.com !
 
Le concours est ouvert jusqu’au 30 juin minuit, et concerne la France métropolitaine. Je tirerai au sort les gagnantes de ce roman à placer sur son fouta dans la foulée !
Vous pouvez liker ma page Facebook, cela soutient le blog, mais pas d’obligation.
Bonne chance à toutes !

Edit du 1er juillet : Les crevettes gagnantes sont Célia, Florence, Lucie, Marion et Elisabeth. Bravo à elles et merci à toutes pour vos participations :)
 

18 juin 2015

Les Arpèges de Jeanne Lanvin orchestrés par Isabelle Mestre

Quelques semaines après la visite enchanteresse de l’exposition consacrée à Jeanne Lanvin, la lecture d’une biographie de cette femme discrète s’est imposée comme un complément nécessaire à cette sortie.
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Isabelle Mestre, pour ses «Arpèges», a composé la petite musique d’une grande dame solitaire. Au soir de sa vie, Jeanne se souvient, avec une mélancolie dont elle se défend pourtant. Construit comme un monologue adressé à celui qui aurait pu être l’amant d’une femme qui se définit elle-même comme inaccomplie, le récit, à la première personne, semble refléter la femme qui l’évoque. Intimiste, réservé, il raconte la vie d’une des grandes figures de la mode du siècle dernier.

Nées à la fin du 19ème, des femmes qui fuyaient une enfance de misère - Coco Chanel, Jeanne Toussaint, ... ont investi les arts appliqués avec une soif de revanche et de réussite incroyable. Jeanne Lanvin, née en 1867, vingt ans environ avant les autres, fait figure de pionnière.
Mais «Arpèges» raconte davantage son enfance sans joie, occupée à élever les enfants sans cesse renouvelés de ses parents, sa vie de jeune fille, très tôt échappée de ce foyer qui n’en avait que le nom, et sa vie de femme. Ou plutôt, son absence, déplorée à demi-mots puis avec plus d’emphase à mesure que le roman se termine.
Et, bien sûr, raconte sa fille, «l’héritière», Marie-Blanche de Polignac, celle dont elle est si fière, qu’elle aime d’un amour si dévorant que Jeanne Lanvin est toute là, dans le logo maternel de la marque. Celle qui baptise le parfum emblématique de sa mère : Arpège. Mais dont, parfois, Jeanne regrette qu’elles ne puissent se comprendre.

«A elle les amis, musiciens ou poètes, à moi les affaires, la masse plus nombreuse des conquêtes matérielles.
A elle les lieux d’aventures sentimentales, à moi ceux des foules en marche.»

Avec un style élégant - indispensable pour dire Jeanne - , Isabelle Mestre fait revivre ses débuts, les souvenirs vagues de ses maris, et, bien plus vivaces, ceux des femmes qui l’ont inspirée, pour qui elle a créé.

«Jeanne Lanvin, Arpèges» d’Isabelle Mestre - Le Passage 2015
 
Ouvrage reçu dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

14 juin 2015

Les gens sensibles boivent du jus de poire : Je suis là de Clélie Avit

Parfois, même si ce n’est pas mon habitude ici, il est intéressant de se plonger dans un phénomène littéraire (ou plutôt, le mot le plus juste est : éditorial). La dernière fois que je l’ai fait, c’était pour «Le liseur du 6h27», j’avais été enthousiasmée par ce conte que l’on nous annonçait comme le succès d’un inconnu qui faisait s’envoler les statistiques des achats de droits.

montage © vivelaroseetlelilas

Le même phénomène accompagne «Je suis là» : cessions dans toute l’Europe, enthousiasme du jury de la Fondation Bouygues Nouveau Talent, le premier roman de Clélie Avit semblait prometteur. Son argument : «Une histoire d’amour peut-elle naître en s’allongeant auprès d’une inconnue endormie ?». Au préalable, précisions qu’ «endormie» est un euphémisme, puisque le personnage féminin est dans le coma. Tout de suite, cela semble un peu plus tiré par les cheveux que ne le prévoyait déjà l’énoncé de la quatrième de couverture.

Elsa aime : la montagne, la montagne et … la montagne. On n’en saura guère plus. C’est vrai que malgré son monologue intérieur, on n'apprend pas grand-chose sur elle. Les cimes enneigées et dangereuses étaient sa raison de vivre et aussi son métier, et cela l’a menée sur ce lit d’hôpital – de quel  ville, de quel coin de France, cela n'est pas dévoilé. On est certain de son célibat et de son affection pour sa famille.
 
Thibault, son visiteur mystérieux, aime : le jus de poire, le jus de poire, et… le jus de poire (c’est un marrant, Thibault). On n’en saura pas vraiment davantage non plus. Alors, si, bien sûr, comme lui n’est pas dans le coma, le lecteur bénéficie de quelques éléments de psychologie concernant le personnage. Thibault a eu une histoire d’amour qui s’est mal terminée. Son frère est dans la chambre en face de celle d’Elsa, suite à un accident de voiture. Thibault refuse d’y entrer car le frangin a renversé deux ados qui y sont restées. A la place, il vient faire sa sieste à côté d’Elsa. Après, il rentre chez lui boire son jus de poire (vous aviez saisi, non ?). Le reste du temps, Thibault travaille dans l’écologie (mais on ne sait pas très bien ce qu’il fait, tout cela n’a pas d’importance dans les romances). Thibault aimerait bien fonder une famille, alors il fantasme sur le couple formé par son meilleur ami et sa femme Gaëlle. Il adore leur fille (moments sirupeux à propos du bébé à prévoir, dignes des conversations les plus ennuyeuses que vous avez avec les nouveaux parents autour de vous). Amis anticonformistes, passez votre chemin.

Évidemment, l’histoire est bien conçue, on la lit d’ailleurs très rapidement. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’est pas gêné par le niveau de langue et la complexité du récit : « Je me retourne par réflexe, sans préoccupation pour l’avancée des autres véhicules devant moi. Je reconnais effectivement Julien au travers des pare-brise de la voiture qui nous sépare et lui fait signe. Il me répond par des appels de phares. Le conducteur du véhicule entre nous fait une drôle de tête mais comprend finalement que je ne m’adresse pas à lui. » Ouf ! 

Il faut rendre justice à Clélie Avit : le texte a été rédigé pour un concours. Ce qui aurait été épatant, c’est qu’on lui laisse le temps de supprimer ce type de passages dispensables.

A recommander aux parents de Vincent Lambert, mais pas à sa femme. Pour une histoire de coma qui prend aux tripes, je vous renvoie à un texte dont les qualités, à la lumière de celui-ci, me semblent plus évidentes.

Prix Nouveau Talent de la Fondation Bouygues 2015

11 juin 2015

Au temps des Mammouths, racontez-vous Lascaux

Lascaux à Paris. L’archi-nommée et renommée chapelle Sixtine de la Préhistoire à la Porte de Versailles. A priori cela me rendait perplexe. Aujourd'hui, j’ai donc décidé d’échapper à la chaleur tropicale en m’isolant dans les salles obscures de l’exposition Porte de Versailles.

On connaît tous peu ou prou l’histoire de Lascaux, la découverte de la grotte par des adolescents en septembre 1940 (certaines bêtises ont du bon), la marée perpétuelle des visiteurs qui gêne le travail des scientifiques, et, finalement, la fermeture de la grotte au début des années 60 et l’ouverture de «Lascaux II», fac-similé des fantastiques salles d’art pariétal.

L’exposition «Lascaux à Paris» est organisée en quatre grands espaces, très didactiques, qui permettent de figurer à l’identique les célèbres peintures rupestres du Périgord. La première zone se visite rapidement, il s’agit de revenir sur la découverte de la grotte et son succès.

Le deuxième espace est davantage prenant : le visiteur évolue entre les maquettes des différentes salles de la grotte, qui permettent de saisir l’organisation souterraine de Lascaux. Le mascara collé aux lunettes 3D, je dois admettre avoir été saisie par la façon dont le film projeté vous renvoie 19 000 ans en arrière.

Mais, évidemment, le plus intéressant est de s’assoir devant les reconstitutions proprement dites, le «Lascaux III». On peut saluer ici la volonté de ne pas faire dans le sensationnel (certes le concept même d’une telle installation est évidemment le divertissement !) : on n’entre pas dans la grotte, comme c’est parfois le cas pour d’autres reconstitutions. Les panneaux sont en effet bien délimités dans ce troisième espace, il s’agit de passer d’une fresque à une autre et non de jouer à l’homme de Cro-Magnon (ceci étant dit les sculptures ultra-réalistes d’Elisabeth Daynès fascinent les enfants - et les adultes). Car les richesses picturales de Lascaux ne se limitent pas à la scène du Puits ou à la frise des Cerfs : des milliers d’inscriptions composent l’ensemble originel.
 
Frise des cerfs, Lascaux III : reconstitution ; photographie © vivelaroseetlelilas

Dans la dernière partie de l’exposition, on revient sur les conditions dans lesquelles cet art pariétal s’est développé : outils, couleurs, mais aussi objets utilitaires sont présentés pour contextualiser les peintures. La qualité des dispositifs numériques m’a convaincue, agréables et simples à manier, ce sont autant d’«en savoir plus» que le visiteur manipule à sa guise (ma préférence à celui qui évoque l’unique scène présentant un homme).

Vous l’avez compris, sans attentes particulières, j’ai été emportée loin en arrière. Un voyage dans le temps fascinant que je vous recommande en attendant les vacances.

Jusqu’au 30 août 2015.

Lascaux à Paris
Parc des Expositions
1 place de la Porte de Versailles
75015 PARIS