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23 décembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #12 : Sophie Brocas, Le cercle des femmes

Quand « Le cercle des femmes » est paru à la rentrée, les applaudissements et les huées se sont mêlés à propos de ce premier roman, fruit des loisirs d’une haut-fonctionnaire. Il a fallu m’éloigner de ces débats pour qu’en ce matin d’hiver où je l’ai saisi dans ma bibliothèque, se soient assoupis préjugés et remisés idées préconçues. 

photomontage © vivelaroseetlelilas

Cette Lia qui raconte a vingt ans quand s’ouvre « Le cercle des femmes ». Elle vient dans les Landes enterrer son aïeule, son arrière-grand-mère Aline. Quatre générations de femmes sous un même toit, le temps de quelques journées d’été, le temps de découvrir un secret finalement bien peu caché. Passé l’épisode ultra vu et revu de la découverte de la boîte à chaussures aux souvenirs, je me laisse d’abord prendre au jeu de ces femmes prises au piège de l'ombre tutélaire d'Alice.

Il y a bien sûr la fille unique de la défunte, la courageuse Solange, dite Sol. Sa fille Agnès, paléontologue, et la fille de celle-ci, Lia. Il n’y a pas d’hommes : ce sont les grands absents du livre, les coupables, les méchants, les seconds rôles. C’est Marie, l’indéfectible soutien d’Alice qui entoure les femmes du clan Palin de sa sollicitude, de sa bienveillance à la fois maternelle et distanciée. La tante de cœur, jeune et alerte à quatre-vingt-dix ans. Une image d’Épinal (encore une). 

Certes, le rythme était présent au fil des premiers chapitres, les phrases défilaient, j’étais intriguée. Et puis les structures se sont répétées, les confessions successives autour d’un verre, la cigarette pour clore ou commencer une discussion m’ont parues artificielles, comme à bien d'autres lectrices.

Trop convenu, trop prévisible, exagérément facile, l’intrigue est vraiment simpliste. Bien que le lecteur - enfin, la lectrice, soyons honnêtes-, souhaite tout de même terminer ce roman plaisant, elle devine immédiatement le secret en ses deux parties. Dès lors, les réflexions toutes droit sorties d’une comédie romantique sur l’amour, le désir, la reproduction ou l’affranchissement de l’inconscient familial pèsent sur le récit comme les lourds poncifs qu’ils sont. 

Quel dommage ! En matière de secret familial, je vous recommande d’aller plutôt voir du côté de «Sans oublier», d’Ariane Bois.

Aviez-vous lu ce roman à sa sortie ? Qu'en aviez-vous pensé ?

«Le cercle des femmes» fait partie des Talents Cultura 2014, qui récompensent chaque année plusieurs premiers romans.

21 décembre 2014

A travers les champs bleus douloureux de Claire Keegan

Claire Keegan n’est plus femme à présenter aux passionnés de littérature irlandaise. Depuis «L’Antarctique», et après «Les trois lumières», l’auteure livre avec «A travers les champs bleus» un second recueil de nouvelles.
Admiratrice du talent de conteuse de l’écrivaine, j’avais hâte de me plonger à nouveau dans son univers, aussi austère, vif et rude soit-il. Alors, que dire de ces «Champs bleus» ?

photomontage © vivelaroseetlelilas
 
Au sens premier du terme, la nouvelle, à l’inverse du conte, relate des faits authentiques. Et qu’elles paraissent vraies, ces vies sévères de paysans durs au mal, de ces parents violents, qu’ils semblent vivants ces amours brisées et qu’elles font frissonner ces mesquineries acerbes, ces brutaux accès de colère et ces gestes terribles et irréversibles.
Mais sans doute ce fut trop. Le prêtre amoureux déçu, l’adieu d’une fille à son père incestueux, l’écrivaine solitaire. Le cycle des saisons, le cycle des amours, la naissance et la mort du désir. Les éléments primordiaux, toujours les mêmes paysages arides. Cette fois, à ma grande surprise, je n’ai pas adhéré à la langue de l’auteure, pourtant toujours traduite par la même Jaqueline Odin.

Loin d’atteindre l’intensité de «La fille du forestier», selon moi la meilleure nouvelle d’ «A travers les champs bleus», la plupart des textes ressassent les mêmes paraboles autour de l’enfance perdue, de l’enfance souillée, de l’impuissance des adultes, de leurs faiblesses. De «La mort lente et douloureuse», évoquant une intrusion dans une résidence pour écrivains aux «Chevaux noirs», qui raconte comment un homme a chassé la femme de sa vie, j’ai trouvé une certaine facilité dans l’évocation du trauma, des névroses.

«Judge se félicite de ne pas savoir parler. Il n'a jamais compris l'obligation qu'ont les humains de converser : les gens, quand ils parlent, disent des choses inutiles qui améliorent rarement, pour ne pas dire jamais, leur existence. Leurs paroles les attristent. Pourquoi ne peuvent-ils pas se taire et s'embrasser ? La femme pleure à présent.»

Bien qu’elle sache à merveille cantonner la modernité à la lisière du traditionnel travail ingrat de la terre, loin de Dublin, Claire Keegan ne saurait toujours emprunter ce chemin de douleur à moins de lasser certains de ses lecteurs.

Et vous, avez-vous eu l'occasion de lire Claire Keegan ?

16 décembre 2014

Rentrée littéraire 2014 #11 : Clara Dupont-Monod, Le roi disait que j’étais diable

Qu’imagine-t-on d’Aliénor d’Aquitaine ? Une femme fière, altière ? Que sait-on d’elle ? Était-elle sorcière ? Sur le bliaut de cette reine, on a beaucoup écrit, beaucoup rêvé, sans doute beaucoup fantasmé. Et cela est bien normal : reine de France puis d’Angleterre, héritière de la féodalité la plus brutale mais aussi symbole de l’amour courtois, Aliénor est fascinante, par-delà le temps. 

photomontage © vivelaroseetlelilas

Cette reine du XIIème siècle, Clara Dupont-Monod a choisi de la faire revivre essentiellement durant son mariage avec Louis XII. Ils n’ont pas vingt ans, puisqu’elle se marie à 13 (ou 15 ans, les sources n’étant pas concordantes sur sa date de naissance) avec l’héritier de Louis le Gros. La romancière nous dépeint non pas une adolescente que l’on pourrait croire craintive à l’idée de quitter ses terres, son peuple, son pays, mais ulcérée par cette union qui la rapproche d’un homme qu’elle méprise. Aliénor d’Aquitaine est une femme du Moyen-Âge central qui se vit encore largement, dans la description qu’en fait Clara Dupont-Monod, comme une reine du Haut Moyen-Âge : seules comptent la force et l’autorité. Alors que le roi, lui, est plutôt du côté du pouvoir fondé sur le droit, et non seulement sur le sang répandu lors des batailles gagnées.
 
De ce couple dès le début bien mal assorti, il était donc forcément intéressant pour un écrivain de faire naître un dialogue de cette dialectique. Ainsi, tour à tour, Aliénor et Louis prennent la parole. Elle, colérique, révoltée, provocatrice, raconte avec arrogance. Elle pleure sans larmes, amèrement, la puissance et les honneurs perdus, la petitesse du Royaume de France, sa pauvreté, moque la passion du roi pour un Dieu qu’elle reconnaît à peine. Elle regrette la langue d’Oc, les flatteries, le confort, la nature enchantée de l’Aquitaine. De son côté Louis espère un jour conquérir, par la douceur, cette femme qu’il ne finit par séduire qu’en se lançant dans la deuxième croisade (réconciliant son appétit guerrier à elle et sa piété à lui). Comme sa femme, il rumine le désamour qui unit leur couple et rêve à d’autres lendemains  ensemble. Cela n’arrivera pas, l’histoire est écrite et le lecteur la connaît mais il lit, captivé, les propos de ces deux héros médiévaux qui n’auront jamais de cesse de nous intriguer.

«Tu le vois : le pouvoir, mon Aliénor, n'a rien à faire avec les armes que tu chéris. La conquête morale sera toujours plus haute que celle des terres. »

On sait gré à l’auteure de rappeler les libertés prises avec les sources historiques. Ainsi, on trouvera dans « Le roi disait que j’étais diable » Aliénor bien plus Mélusine qu’elle ne fut en réalité.

Un roman historique admirablement mené mais malheureusement trop court !

Lecture dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten.

13 décembre 2014

Wishlist Noël 2014 : d'Oxmo Puccino à Ann Demeulemeester

En ces temps de préparatifs festifs, j'ai décidé de produire une petite wishlist de cadeaux rêvés. Forcément, c'est une liste personnelle (viendra un temps où j'aurai celui de vous créer des listes pensées, mais je caressais déjà cet espoir en décembre 2012, alors !)... Qu'en pensez-vous ?

wishlist © vivelaroseetlelilas

1. Au pays d'Alice d'Ibrahim Maalouf & Oxmo Puccino - Mister Productions 2014 Voire, une place pour écouter le projet à la Philharmonie de Paris en février prochain !
 

3. Hollywood dans les années 1930 de Daniel Kothenschulte, Robert Nippoldt - Taschen 2014 Le livre ciné en cette fin d'année, plusieurs fois primé en Allemagne !

4. Bienvenue à Mariposa de Stephen Leacock & Seth - Editions Wombat 2014 Un roman découvert dans le Monde des livres, qui lui a consacré un article si élogieux que cela m'a donné très envie de lire ce texte humoristique malgré ma pile d'ouvrages en attente...

5. Ann Demeulemeester, préface de Patti Smith - Rizzoli 2014 Evidemment chez Rizzoli, cet ouvrage de 2000 pages devrait satisfaire ma passion pour "Ann Demeu". Symbole aussi de sa longue amitié avec la rockeuse Patti Smith, fan absolue de ses chemises, qui préface la somme.

Voilà... J'attends le père Noël désormais !

11 décembre 2014

Eklipse : interview d’Helena, violoncelliste du quatuor chic et choc !

Quatuor à cordes féminin, Eklipse rejoue à sa manière de grands thèmes pop, rock, voire métal. Cette année les quatre jeunes femmes se sont amusées à reprendre des chansons françaises pour un EP surprenant à venir en janvier prochain : «Liberté, Égalité, Sensualité». A cette occasion, j’ai rencontrée Helena, la violoncelliste de la formation.

photographie © Mark Feuerstake

Pop et gothiques, Helena, Viola, Miss E. et Scarlett jouent d’un séduisant romantisme décadent autant que de leur archet pour convaincre. Après deux albums de reprises, «A Night In Strings» et «Electric Air» dans lesquels voisinaient des reprises de Depeche Mode, des Clash, de Coldplay, acoustiques et épurées, Eklipse surprend en proposant un EP de quatre reprises de titres plus inattendus.

The female string quartet Eklipse reinterprets in its own way of the great pop, rock or metal themes. This year, the four young women were amused to cover French songs for a surprising EP coming in January: "Liberté, Egalité, Sensualité". On that occasion, I met Helena, the cellist of the band.
Pop and Gothic, Helena, Viola , Miss E. and Scarlett use an attractive decadent romanticism as well as their bows to convince. After two cover albums, "A Night In Strings" and "Electric Air" in which we could find clean unplugged covers of Depeche Mode, The Clash, or Coldplay, Eklipse surprises by offering an EP of four covers of unexpected pieces.


1 Je sais que vous vous êtes rencontrées en Russie, mais pouvez-vous revenir quelques instants sur la création du groupe ?
I know that you met in Russia, but could you give us more informations how the how you met and how the band was created ?

Nous nous y sommes effectivement rencontrées, nous y avons fait la connaissance des unes des autres et nous avons partagé la même constatation : nous jouions toutes de la musique classique mais quelque chose manquait. Or nous aimons les musiques actuelles autant que le classique, nous n’avons pas eu la chance de combiner les deux avant Eklipse. Nous nous sommes demandées comment le faire, nous nous en avons débattu, on a décidé que nous n’aurions pas de chanteur, que nous voulions ce son instrumental. Ce que nous faisons est somme toute ce que les musiciens classiques font : nous avons un morceau existant, et nous l’interprétons. C’est donc la même démarche, mais avec la musique que nous aimons.
 
photographie © vivelaroseetlelilas
 
 We met there, and we got to know each other, and we all play classical instruments, and there was always something missing in each of us, and we liked the nowadays music as mucha as the classical stuff, and we didn’t have a chance to combine that before Eklipse. We thought "how could we do that?”, and we sat together, and we thought about different ways to do it, and we decided we didn’t want to have a singer, and we wanted to have this ! What we do is pretty much what classical musicians are doing : we have an existing piece, and we interpret it. So it’s the same, but with the music that we love.

2 Après la pop, la chanson française ? Qu’est-ce qui vous a attirées dans ce répertoire, pourquoi ces chansons-ci, comment les avez-vous choisies ? Surtout France Gall, pas très tendance...
In your first album you focused on pop/rock/metal. Now you’re working with french songs and a sonata from Debussy. Why have you made this choice ? France Gall is considered as shameful by the French youth...

France Gall est quelqu’un de très populaire en Allemagne, elle y a mené une énorme carrière avec ses chansons très drôles, des chansons dont elle fait mine de ne pas avoir remarqué le caractère équivoque… C’est une chanson très amusante, mais nous voulions aussi faire quelque chose de très sérieux, avec Debussy, et c’était très difficile car nous voulions le faire très bien. Et pour les autres chansons comme Noir Désir par exemple… C’était quand même fascinant de jouer cette chanson.

France Gall is someone who is also very popular in Germany. She had a huge career in Germany with songs in German, very funny songs, that she claims not have known that they were sometimes controversial. It’s a fun song, but we wanted to do as well serious stuff, with Debussy, and that’s hard to do because we wanted to do it very good. And the other songs like Noir Désir... It was kind of fascinating to do that piece.
 
photographie © Mark Feuerstake

3 En avez-vous assez d’être décrites comme Apocalyptica au féminin, ou bien le prenez-vous toujours comme un compliment ? Connaissez-vous le groupe russe Silenzium, qui se rapproche aussi de votre démarche ?
People often compare you to Apocalyptica. It's something that irritates you or do you think it’s a compliment ?

Je suis la violoncelliste donc je suis vraiment honorée par cette comparaison. Ils sont géniaux et ils m’ont inspirée, ils m’ont donné l’envie de faire quelque chose de différent avec mon instrument quand j’étais jeune et j’étais très inspirée par eux. Mais je pense que ce n’est pas exact de nous comparer dans la mesure où, oui, nous sommes deux quatuors mais eux ce sont tous des violoncellistes, ce n’est pas notre cas, et … c’est plus compliqué que cela car nous avons un son vraiment autre, nous ne sommes pas métal, et nous ne sonnons pas comme ça. Pour moi ce serait un honneur de rejoindre le groupe (rires) et j’adorerais faire quelque chose avec eux. Je peux rejoindre le groupe maintenant ! (rires)

I’m the cellist so I’m really honored by the comparison to them. They are just great and they inspired me to do something else with my instrument when I was young, and I was really impressed by them. I think it’s not very well put when they compare us to them because it’s not comparable. Yes it’s 4 and 4 but they are all cellos and we are a string quartet, and… this is complicated because we have a different sound, we are not Metal, and we are not Metal from the sound. For me it’s an honor to be lined up with them (laughs), and I would love to do something with them. I would love to join the band right now, no problem ! (laughs)

4 Pouvez-vous me parlez du processus de transcription ?
Can you tell me about the rewriting process for the covers ?

Nous avons un ami commun qui nous aide, par exemple pour Debussy. Et il nous aide aussi parce que c’est toujours bien d’avoir un regard extérieur de confiance, et c’est vraiment un très bon pianiste en plus d’être un excellent arrangeur, donc il nous aide beaucoup. Quand nous avons choisi un morceau que nous voulons jouer, on se concentre sur les émotions et sur la transcription de celles-ci comme de la mélodie, on pense à la meilleure place pour chaque instrument et ensuite nous essayons quelque chose, parfois cela fonctionne, d’autres fois non…

We have a friend of us who helps us for example with the Debussy. He helped us because it’s always good to have someone you trust have a look from the outside, and he’s a really great pianist and he’s a really great arranger, and he helps a lots. When we have a piece that we wanna do, normally we have a look at the emotions and how the emotions and the melody is presented best, which instrument is presenting best and then we try something and sometimes it works and sometimes it doesn’t…
 
photographie © vivelaroseetlelilas

 5 OK, en fait vous ne réécrivez pas avant les partitions, vous improvisez ?
OK, so you don’t write the partitions before playing ? You play and write at the same time?

Oui, la plupart du temps nous travaillons ainsi. Miss E. a un home studio ; elle n’est pas ingénieur du son de formation mais elle est vraiment très douée et donc nous pouvons faire beaucoup d’essais grâce à elle ce qui nous aide énormément.

Yes, most of the times we work this way. Miss E. has a home studio and she’s not a trained engineer but she’s really good with everything so we can record stuff right away and then change things a little bit, so that helps a lot.

6 Cet album est un EP. Qu’en sera-t-il du prochain ? Y aura-t-il ces quatre chansons ou sera-t-il complètement différent ?
This album is an EP. What about the next album ? Will we find these four songs on it ? Or will it be totally different ?

Ces chansons ? Non… Nous n’avons pas décidé encore si nous voulions ou non aller dans une direction différente, et en concert notre son est assez différent de l’acoustique des disques, nous ajoutons toujours de la batterie, un peu d’électro… C’est Miss E. qui le fait, nous avons donc ce booster en concert. Nous n’avons pas encore décidé avec certitude de ce que sera le prochain album mais ce qui est sûr c’est que nous espérons l’avoir réalisé pour l’automne 2015.

These four ? No… We haven’t decided yet if we want to go in a very different direction, and on stage we sound pretty different from our albums. We always add stuff like drums, electro sounds… Miss E. is doing that, so we have a little boost on stage. We haven’t decided yet for sure what to do. But our album will be released hopefully in autumn 2015.

7 Helena, Viola, Miss E. et Scarlett, vous quatre avez vos personnages de scène, sexy et très construits. Certains diront que c’est du marketing, d’autres que cela fait partie du show. C’était prévu dès le départ, ces personnages mystérieux ?
Helena, Viola, Miss E. and Scarlett, you have stage elaborated and sexy characters. Some say it’s marketing, other that it’s part of the show. Did you plan these mysterious characters from the beginning or are they just costumes that appeared naturally when you have to choose stage clothes ?

Les deux. Nous avons décidé de ne pas insister sur nos vies personnelles parce que nous voulions nous concentrer sur la musique mais il s’agit bien sûr de nos personnalités tout de même, comment nous nous habillons spontanément. J’aurais personnellement choisi ce type de vêtements si j’avais dû me présenter sur scène seule. Nous avons des goûts différents mais tout de même on a le même background rock et métal sauf Scarlett qui est plus opéra. Ce n’est pas mal de dire que c’est, oui, du marketing. C’est du marketing et ça fait partie du show ! Si quelqu'un a un problème avec mon look, c'est le sien et non le mien, parce que je sais qui je suis et je sais de quoi je veux avoir l'air, je connais mes compétences et si quelqu'un n'apprécie pas, qu'il ne vienne pas !

It’s both. We decided not giving so much from our personal lives because we wanted to make it about the music but it’s obviously about us as well, how we dress ourselves. I personally would choose that  kind of clothes if I have to go on stage. It’s an expression of how we want to be seen. Everyone else is coming from rock and metal background, except Scarlett, more Opera. It’s not wrong to say that it’s marketing, yes. It’s marketing and it’s part of the show but it’s also how we want to be.
If anyone has a problem with me looking like this on stage, then it’s their problem not mine. Because I know who I am and I know how I wanna look like, I know my skills, if anyone has a problem with that they can just don’t come.

 

8 Justement en parlant de concert, pourrons-nous vous revoir bientôt ?
What about stage ? Are you planning a tour soon ?

J’espère que ce sera dès cette année ! Espérons le !

I hope that we wil be here during next year ! Let’s hope.

Tracklist : 
1.Poupée de cire
2.Marcia Baila
3.Le vent nous portera
4.Clair de lune

«Liberté, Égalité, Sensualité» d'Eklipse - sortie en janvier 2015

9 décembre 2014

New York Melody, Keira Knightley et Mark Ruffalo en chansons

« New York Melody » c’est le titre français du joli film de John Carney intitulé initialement « Begin Again », sorti sur les écrans cet été et disponible depuis quelques jours en DVD. 
Là où on aurait pu s’attendre de la part du réalisateur de « Once » à un énième film montrant la renaissance d’un artiste en perdition, on est en fait étonné de trouver une magnifique histoire, émouvante, subtile, rafraichissante et toute en nuances… musicales bien sûr ! 
 

 Keira Knightley campe Gretta, une anglaise un peu coincée mais bourrée de talent qui suit son copain (Adam Levine, dans la vraie vie chanteur des Maroon 5) à New York alors que celui-ci est révélé au public et commence à connaître un succès fulgurant. Évidemment avec les vertiges de la scène vient ceux de la notoriété, de l’argent et des groupies : en un rien de temps, la pauvre Gretta se retrouve congédiée et élit domicile chez un vieil ami british lui aussi musicien. Ce dernier la pousse à chanter en public lors d’un open-mic night dans un bar. Coup du destin, Dan (Mark Ruffalo) est dans le public. Producteur fauché et caractériel, il convainc Gretta de s’embarquer avec lui dans la production d’un album enregistré en plein air dans tout New York.

Le film constitue en fait une parabole montrant les rapports entre composition et interprétation. Les personnages gravitent tous autour de la question de la création musicale, de la composition, se demandant chacun à sa façon ce que devient l’âme d’une chanson en fonction des différentes manières de la chanter, de la produire, et en fonction des différents publics pour qui elle est interprétée… Ainsi on entend et on voit beaucoup chanter, et chaque moment clef tourne autour d’un titre significatif pour les personnages : la rockstar quitte Gretta en lui faisant écouter un de ses nouveaux titres, Gretta écrit à son tour une chanson d’adieu à son ex qu’elle lui laisse sur son répondeur, les couples se baladent au son de leur bibliothèque musicale, et les générations se réconcilient en improvisant un solo de guitare.

Gretta (Keira Knightley), Violet (Hailee Steinfeld) et Dan (Mark Ruffalo)

 Néanmoins, le film ne parle pas que de musique. Il raconte la naissance de projets, et comment ces projets peuvent unir ou désunir les personnages. À travers ces aventures, les relations entre les protagonistes du film évoluent, créant des possibles et oscillant entre retour à la case départ et nouveau commencement. Finalement «New York Melody», c’est pour les personnages autant la tentation du retour en arrière que celui du renouveau…

Dernier point, le scénario est particulièrement intéressant, bien ficelé, bien amené. Il n’y a pas de scènes en trop, et beaucoup de place est laissée à l’interprétation du spectateur, ce qui est agréable. Rien n’est dit, tout est suggéré avec finesse, comme la relation entre Dan et Gretta dont je vous laisse apprécier les subtilités.
 

6 décembre 2014

Vervain : la vénéneuse Liv Kristine distille ses chimères sensibles

Liv Kristine, ex-Theatre of Tragedy pour l’éternité, revient en ce dernier semestre 2014 avec un nouvel album solo, disponible en France depuis un mois. Dans la lignée de ces chanteuses à la personnalité affirmée déjà présentées ici (de Beth Hart à Kari Rueslåtten), quelques mots sur «Vervain».
 
 
 
De façon assumée - ce que certains n’arrivent vraiment pas à admettre-, Liv Kristine poursuit une carrière pop-rock à côté de son engagement métal dans Leaves’Eyes. Après un «Libertine», inégal (était-il nécessaire de reprendre Kate Bush ?), cet album est maîtrisé, de l’esthétique rétro aux collaborations.

L’ambiance est à un romantisme rêveur et sombre, quelque peu délaissé par «Skintight» et «Libertine». «Vervain» est bien le nom anglais de la verveine - choix qui pourrait laisser planer quelques doutes sur l’énergie de l’album, mais ce serait oublier les propriétés magiques longtemps associées à cette plante...

"Le magicien le plus savant de la compagnie, enveloppé d'un linceul, et portant en ses mains de la verveine, s'avança et commença ses invocations". Fléchier, «Histoire de Théodose le Grand»

photographie © Stefan Heilemann

Évidemment, une des meilleures chansons de notre blonde Mélusine est le duo formé pour l’occasion avec Doro Pesch : «Stronghold of angels», qui n’est pas sans rappeler, sur le principe, «Walking with the Angels», chanté par Tarja Turunen et Doro il y a quelques années. L’alternance des voix, celle, perchée, aiguë et douloureuse de Liv, répondant au ton eighties rauque et brisé de Doro fonctionne à merveille.  Après de nombreuses écoutes, j’ai aussi une faiblesse pour la superbe ballade «Lotus», qui monte en puissance jusqu’à un solo de guitare déchirant, la très rock «Elucidation» (qui plaira sans aucun doute aux fans d’Amaranthe). Quant à «Oblivious», c'est un titre délicieusement fantomatique. Les touches classiques (violon, piano seul, violoncelle), sont distillées avec une grande élégance.
A contrario, peu d’enthousiasme pour le duo-single enregistré avec Michelle Darkness d’End of Green, «Love Decay», l’alchimie ne m'a pas convaincue.

A écouter en lisant Baudelaire, Lautréamont, ou, lorsqu’en toute simplicité, vous vous prenez pour une soeur Brontë et cueillez des fleurs séchées sur la lande, au clair de lune, en fredonnant «I am breaking into pieces… Creeper, I’m a creeper, creeper…».

Merci Liv d’être retournée à ces morceaux crépusculaires : le noir vous sied à merveille.

Liv Kristine sera en concert à Paris le 20 décembre prochain, accompagnée des excellentes Kari Rueslåtten et Anneke van Giersbergen au Divan du Monde : ce seront «The Sirens» !

«Vervain» de Liv Kristine - Napalm Records 2014

English version

Liv Kristine, ex-Theatre of Tragedy, returns to the latter half of 2014 with a new solo album that has been available in France for one month. In line with these singers with a strong personality already presented here (Beth Hart, Kari Rueslatten for example), a few words on «Vervain».

On a very assumed fashion, Liv Kristine pursues a pop-rock career alongside her metal commitment in Leaves'Eyes. After an uneven «Libertine» (was it necessary to cover Kate Bush?), this album is well mastered, from the retro aesthetic to the collaborations.

The atmosphere is in the mood of dark and dreamy romanticism, somewhat neglected by «Skintight» and «Libertine». The name of the album, «Vervain», could raise some doubts about the energy of the album, but this would be forgetting the magical properties long associated with this plant...

«The most skillful magician of the company, wrapped in a shroud, and bearing in his hands vervain, stepped forward and began his invocations.» Fléchier, «History of Theodosius the Great»

Obviously, one of the best songs of our blond Melusine is the duo formed for the occasion with Doro Pesch: Stronghold of angels», which reminds us of «Walking with the Angels», sung by Tarja Turunen and Doro a few years ago. The alternance of voices between the perched, acute and painful of Liv and the eighties, hoarse and broken voice of Doro works great. After several listenings, I also have a weakness for the beautiful ballad «Lotus», which grows up to a moving guitar solo, the very rock «Elucidation» (which with no doubt will please fans of Amaranthe). As for «Oblivious», it is a delightfully ghostly title. Touches of classical music (violin, piano solo, cello) are distilled with great elegance.
A contrario, I’m less enthusiast for the single-recorded duet with Michelle Darkness of End of Green, «Love Decay»: the alchemy did not convince me.

To be listened to while reading Baudelaire, Lautréamont, or when, simply, you take yourself for a Brontë sister and pick dried flowers on the heath, in the moonlight, humming «I am breaking into pieces ... Creeper, I 'm a creeper, creeper ...».

Liv, thank you for this come-back to these twilight pieces : black suits you perfectly.


«Vervain» from Liv Kristine - Napalm Records 2014 

Liv Kristine will be in concert in Paris on December 20th, accompanied by the excellent Kari Rueslatten and Anneke van Giersbergen at the Divan du Monde: it will be “The Sirens”!

3 décembre 2014

Le pays sous le ciel : un formidable récit d’aventure par Matilde Asensi

«Qui avait bouleversé l’ordre des choses pour que ma nièce et moi, Madrilènes de bonne famille nous retrouvions assises des heures et des heures, les yeux bridés à l’encre, dans une barcasse chinoise malodorante qui remontait le Grand Canal pendant que les moustiques nous saignaient et nous transmettaient allez savoir combien de maladies mortelles ?»

photomontage © vivelaroseetlelilas

À ce moment du récit de Matilde Asensi, nous sommes donc en Chine, en 1923 précisément. Elvira est en fuite, et effectivement, l’ordre des choses a été bouleversé et tout est allé de mal en pis : en quelques jours, à son arrivée à Shanghai, on lui a révélé que son mari dont elle venait régler la succession était mort assassiné, et par la mafia la plus puissante de la ville : la Bande verte.

Se retrouvant veuve et inconsolable héritière d’impressionnantes dettes, Elvira de Poulain doit s’en remettre au journaliste irlandais Tichborne et à l’antiquaire Lao Viang, deux amis de son défunt époux. Flanquée de sa nièce Fernanda et du petit serviteur de cette dernière, Biao, elle n’a d’autre choix que de les suivre dans une quête insensée : découvrir la localisation du légendaire tombeau du premier empereur de Chine, rempli de trésors fabuleux. Tout en évitant, autant que faire se peut, les sbires de la Bande verte lancés à leurs trousses ! Et Elvira de Poulain d'apprendre le tai-chi.

La romancière Matilde Asensi déplie les tablettes d’un roman d’aventure historique très documenté, un récit à tiroirs remplis de chinoiseries (bien entendu), palpitant et mettant à rude épreuve les nerfs du lecteur : les difficultés qui jalonnent la quête de la petite troupe sont nombreuses et il faut prendre le temps de découvrir énigmes et mystères, comme les personnages progressant dans le «Tien-hia», «le pays sous le ciel». Ce sont les précieux sésames qui permettront d’aboutir, enfin, peut-être, au tombeau…

Roman initiatique, orientaliste, « Le pays sous le ciel » guide le lecteur de problèmes en secrets, selon un cheminement particulier dont Mathilde Asensi, depuis plusieurs romans policiers mêlant histoire, art et religion s’est fait une remarquable spécialité.

« Le pays sous le ciel » de Matilde Asensi -  Folio 2014

30 novembre 2014

Noir c’est noir, les meilleures citations déprimantes pour bien commencer la journée & concours

Folio lance une nouvelle collection ce mois-ci : les Folio entre guillemets. Avec des titres amusants («Les cheveux-vapeur du coiffeur») et des contenus originaux (le questionnaire de «Qui sèche ? Livre jeu de culture générale»). Munie de mon pessimisme constant, je me suis tournée vers «Les meilleures citations déprimantes pour bien commencer la journée» - l’ironie du titre m’a tout de suite séduite.

photographie © vivelaroseetlelilas

Et puis, celui-ci est illustré par Soledad, un dessinatrice qui me fait sourire, souvent le vendredi, évidemment. Bref. Un recueil de citations organisé en treize (forcément !) sombres parties, débutant avec «Le propre de l’homme» et se terminant sur une question : «Mais pourquoi mourir ?». Les dessins de Soledad Bravi forment de petites soupapes orangées à des réflexions au mieux désabusées, au pire désespérées.

De Virgile à Lautréamont, de Marc Aurèle à Simone Weil, réflexions philosophiques sur la finitude de l’être et poésies mélancoliques se répondent. Les poètes et grands écrivains ont douté, se sont lamentés, ont pleuré, ont regretté : Carlos Fuentes, Thomas Bernhard, Goethe évidemment. Romanciers, dramaturges, philosophes, ils ont mis les plus beaux mots sur la douleur, la perte, le malheur, la tristesse, la nostalgie, une somme de sujets absolument déprimants comme nous le promet le titre. «C’est beau, mais c’est triste.» Pour paraphraser Beaumarchais, pressons nous de rire de tout ceci, de peur d’être obligé d’en pleurer !

Il y a ceux que l’on attendait, forcément, à ce tournant du chagrin : Nerval, Cioran, Tchekhov entre autres. Pour les contemporains, des gens comme Reza sont choisis fort à propos : figure, on en peut plus à sa place, une citation d’ «Heureux les heureux».  On découvre néanmoins également de cruelles réflexions de Léonard de Vinci, par exemple : «L’homme est véritablement le roi de tous les animaux, car sa cruauté dépasse celle des animaux. Nous vivons de la mort des autres. Nous sommes des tombes marchandes.»

Cette anthologie de textes constituée par Eve et Pascal Cottin sur une idée de David Foenkinos («Il y a de l’humour à distiller tous les matins une bonne petite phrase bien sinistre, vantant à quel point tout va mal.» dans «Je vais mieux») est une belle idée à défaut d’être tout à fait heureuse !
Je vous propose, avec une certaine dose d’humour noir,  et grâce au soutien de Folio, de la gagner en ces temps de positive attitude forcenée.

Sans doute, la palme de la meilleure citation la plus déprimante revient à l’immortelle pensée de Mallarmé : «La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.».

«Les meilleures citations déprimantes pour bien commencer la journée», anthologie d’ Eve et Pascal Cottin - Folio 2014
 
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-envoyez-moi avant le dimanche 7 décembre minuit un mail à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas[@]gmail.com avec votre adresse postale - et le nom sous lequel vous likez ma page Facebook, s’il est différent ! Vous pouvez vous dispensez de m’envoyez vos plus sinistres pensées, ce n’est pas une condition requise ! 
Je tirerai au sort une participation parmi vos mails, et le gagnant recevra un exemplaire de l'ouvrage de la part de Folio.
Concours réservé à la France métropolitaine.

Edit du 9 décembre 2014 : Marie N. remporte l'exemplaire en jeu ! Bravo à elle et merci à tous pour vos participations dépressives ;)

28 novembre 2014

Je t’écoute : la triste vita de Diego Tribeca

Étrange que ce roman sentimental, épicé d’une légère touche de fantastique. Federica de Paolis imagine un dénommé Diego, qui travaille pour des guides de voyages et court le monde depuis des années. Un accident l'oblige à rentrer en Italie pour se faire opérer sous peine de perdre la vision partiellement, forcé de s’installer dans l'appartement où il a grandi. Celui-ci est inoccupé depuis que sa sœur Sandra s’est installée aux États- Unis avec son mari.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Le fantastique intervient extrêmement vite : Diego se rend immédiatement compte que la ligne téléphonique de l’appartement permet d’écouter les conversations entrantes et sortantes de tout l’immeuble. Très seul, en proie à une certaine détresse du fait de cette inactivité forcée et de l’approche de la quarantaine, l’écoute de ses voisins devient rapidement addictive : Diego n’a guère vécu même s’il a sillonné la planète et il se repaît de ces vies qui s’offrent entièrement. En effet, il a accès à toutes les versions que peuvent donner une famille, un couple… de leur quotidien, de leurs problèmes de santé, sentimentaux ou sexuels.

Tout aussi vite, il choisit d’interférer dans leur vie : il rencontre Martha, qui espère guérir de son cancer, il s’intéresse beaucoup au couple que forment Pietro et Agnese, au point de les photographier et d’envoyer le cliché à l’artiste contemporain Ron Mueck, il s’inquiète pour «l’aigrette», jeune fille anorexique dont la mère semble pas vouloir regarder la maigreur.

Je n’ai été que partiellement convaincue par ce roman. D’abord, le personnage de Diego n’est guère sympathique. Certes, ce n’est pas forcément une raison pour ne pas apprécier un protagoniste. Mais en l’occurrence, un homme qui suscite davantage d’empathie, aurait sans doute davantage convenu.

Ensuite, j’ai été gênée par le fait que les habitants de l’immeuble soient aussi réceptifs à cet homme revenu de loin et surtout de tout – de nos jours, les gens sont-ils vraiment aussi confiants ? Cela est très improbable, même si le fantastique autorise des libertés d’écriture.
Enfin, le traitement des scènes de sexe … que dire ? Je ne pense que pas que cela soit la traduction de l’italien, l’auteure a dû réellement écrire des choses aussi crues que «elle se l’enfile elle-même» et utiliser la récurrence du verbe «baiser». Une certaine vulgarité gratuite qui détonne avec le reste du texte, au registre plutôt mélancolique et introspectif. La chair est triste dans «Je t’écoute».

En définitive, «Je t’écoute» m’a plu dans son déroulé narratif, car on découvre la vie d’un immeuble, d’une petite communauté qui se rassemble, et le fait qu’à force de découvrir les secrets des autres, Diego finisse par devoir se confronter aux siens, comme un juste retour des choses, m’a amusée. La sensation d’avoir affaire à un texte inégal n’en demeure pas moins gênante. Sauf à considérer «Je t’écoute» comme totalement inclassable, ce que certains, tombés sous le charme, ont décrété.

« Je t’écoute » de Federica de Paolis – Le Livre de poche 2014

22 novembre 2014

Sans oublier d’Ariane Bois : tomber, se relever

Après « Et les jours pour eux seront comme les nuits » et  « Hannah », Ariane Bois clôt cette année une trilogie marquée par la perte avec « Sans oublier ». Dans ce livre douloureux, en partie autobiographique, l’écrivaine évoque le décès de sa mère, alors qu’elle n’a pas trente ans. Déjà privée de son frère, qui avait suivi le mot de Nizan et s’était suicidé à vingt ans, l’héroïne bascule dans le plus profond chagrin.


D’abord il y a le choc de l’accident, de l’annonce mondialement diffusée de la mort maternelle, l’hélicoptère écrasé en URSS, la terrible nouvelle qui dévaste et isole. Ensuite, l’impossibilité d’envisager le deuil enfonce celle-ci dans la dépression. Le lecteur chute avec la communicante désormais incapable de se rendre à son travail, de s’occuper de ses enfants, d’aimer son mari.

La spirale infernale du doute de soi, de l’estime perdue, des calmants puissants se referme sur elle, lentement mais sûrement. Jusqu’où faut-il tomber pour se relever ? Malgré les tentatives des autres pour l’aider, la narratrice souffre toujours davantage. Elle fugue. Un peu, puis beaucoup. Elle se souvient trop de sa mère adulée, à la profession de rêve : reporter (« On ne frimait pas, c’était ainsi. Son travail, sa vie, et finalement sa mort, loin, si loin de nous. ») ; de son enfance engagée (« on défilait contre le nucléaire à Fessenheim et la militarisation du Larzac en attendant le Grand soir. »).
Mais à force, les vivants en perdent leur consistance et elle s’éloigne, encore et encore.

Dans ce livre difficile, qui renverra les uns et les autres à ses propres morts, à ses propres deuils, à ses propres souvenirs, l’auteure trouve les mots justes pour parler de la solitude de cette femme moderne. Jamais nommée, comme « l’Homme » qui partage sa vie, cette dernière devient elle-même fantôme à force de converser avec les spectres qui la hantent.

La résilience arrive, enfin, par des chemins détournés, grâce au secret de famille mis au jour dans une province lointaine, et qui permet d’expliquer, de comprendre, - de vivre à nouveau. Un récit sans doute cathartique pour son auteure.

Ce livre a reçu le prix Charles-Exbrayat 2014.

20 novembre 2014

Les 400 coups de génie : Truffaut à la Cinémathèque française

7 excuses pour faire l’école buissonnière et se rendre à la rétrospective sur le réalisateur français à l’occasion du trentième anniversaire de sa mort: 

1-Être fiévreux. Vous connaissez sûrement le cinéaste installé, reconnu mais peut-être pas le critique virulent, passionné et engagé dans le monde du 7ème art. L’exposition montre des documents révélant la fièvre de Truffaut en ce qui concernait les idées et la théorie cinématographique, lui qui avait déclaré: « Je veux que mes films donnent l’impression d’avoir été tournés avec 40° de fièvre ». Les unes rédigées par Truffaut pour le magazine Arts, sur la mort de James Dean notamment, dévoilent un jeune trublion aux idées géniales et contestataires, loin de l’image de père fondateur du cinéma français que l’on retient habituellement.



2-Avoir un fou rire. Les vidéos inédites issues d’archives mises à disposition par la famille du cinéaste méritent d’être toutes visionnées (si on se place bien sous l’enceinte au plafond on entend parfaitement!). Le casting de Jean-Pierre Léaud pour «Les 400 coups» et la conversation très sérieuse qu’il entretient avec son jeune coéquipier Patrick Auffay sur le métier d’acteur et sur leurs carrières respectives est incroyablement drôle.

3-Tomber amoureux. Jeanne Moreau, Marie Dubois, Françoise Dorléac, Claude Jade, Catherine Deneuve, Bernadette Lafont, Isabelle Adjani, Nathalie Baye, Fanny Ardant, et pour ces messieurs Charles Aznavour, Jean-Pierre Léaud, Charles Denner, Jean-Louis Trintignant et Gérard Depardieu. Difficile de résister aux charmes de ces acteurs au sommet de leur jeunesse et au plus fort de leur art… celui de la dispute de couple !

Claude Jade et Jean-Pierre Léaud dans Domicile conjugal, 1970

4-Retomber en enfance. Une partie des longs-métrages de Truffaut est centrée autour des thèmes de l’enfance et de l’éducation. Lui-même enfant rebelle puis autodidacte, le réalisateur n’a jamais abandonné le parti des enfants et la volonté de leur offrir un cinéma à leur mesure. L’exposition présente la fabrique de films tels «L’Argent de poche» et «L’enfant sauvage» mettant en scène des centaines d’enfants dont on se demande si ils sont acteurs ou réalisateurs.

5-Vivre en bon Trufaldien(ne). De la reconstitution de son bureau de travail à la présentation de costumes portés par Catherine Deneuve sur le tournage du «Dernier Métro», en passant par les jolies improvisations de jeunes actrices et acteurs français filmés par Axelle Ropert, la rétrospective a de quoi vous aider à incarner le cinéma de Truffaut au quotidien. Attention à ne pas répéter les erreurs du jeune Doinel !

6-Traverser l’Atlantique. Le monde de François Truffaut s’est aussi construit avec ses voyages et amitiés fructueuses aux États-Unis. En 1966, Truffaut publie un livre d’entretiens avec Alfred Hitchock, traduit et édité dans le monde entier et connu des cinéphiles comme le Hitchbook. Le cinéaste enfile aussi en 1977 le costume d’acteur pour les besoins de Spielberg dans Rencontres du troisième type.

7-Reprendre un journal intime. En partenariat avec l’INA, la Cinémathèque française propose un site web sous la forme de 15 chapitres narrés par le réalisateur, extraits d’interviews, d’émissions de radio, de cahiers. Les chapitres sont à égrener au fur et à mesure et s’ouvrent comme un calendrier de l’avent, compilant pour les internautes un trésor de visuels, d’extraits sonores et de vidéos. De quoi découvrir la personnalité du réalisateur si vous ne pouvez vous rendre à l’exposition.

François Truffaut & Jean-Pierre Léaud  © Richard Avedon

Jusqu’au 25 janvier 2015.

« François Truffaut »
Cinémathèque Française
51 rue de Bercy
75012 PARIS

18 novembre 2014

La Reine des Quatre Royaumes : critique & concours

Oyez, oyez, gentes dames et beaux damoiseaux, lisez donc «La reine des quatre royaumes» qui vous apprendra bien des choses sur la belle Yolande d’Aragon !
Quoi ? Qu’entends-je ? Vous n’avez jamais ouï dire quoi que ce fût sur cette dame-ci ? Diantre, c’est un mal auquel il faut absolument remédier !
Oyez, braves gens, écoutez le récit de la princesse Marie-Christine de Kent !

graphisme © vivelaroseetlelilas

Yolande d’Aragon, à l’aube de ses vingt ans, se marie. Elle quitte l’Espagne pour rejoindre le jeune Louis, duc d’Anjou, pour l’épouser en Arles. Par ce mariage, Yolande devient reine de quatre royaumes : Naples, Sicile, Chypre et Jérusalem. De fait, Yolande n’est pas vraiment souveraine de ces royaumes, surtout pas de Jérusalem. Et encore moins de Naples, qui fut l’Arlésienne de la famille, le rêve de tous les hommes d’Aragon qui combattirent pour récupérer ce territoire qu’ils considéraient leur : le père de Louis II, l’époux de Yolande lui-même, leur fils Louis III…

Yolande d’Aragon règne avant tout sur l’Anjou et la Provence. Partisane des Armagnacs, Yolande est une femme qui dirige, administre, arbitre : elle est souvent seule, Louis II parti combattre en Italie… J’ai d’ailleurs apprécié cette description de son rôle : il montre à quel point certaines femmes pouvaient, au Moyen-Age, être détentrices d’un véritable pouvoir. Même si, souvent, il faut user d’intrigues et placer ses hommes ! C’est un personnage sympathique, pour lequel on sent que l’auteur a elle-même une grande admiration : elle a tenu son rang, réussi à faire aboutir beaucoup de ses prétentions et géré ses domaines avec pragmatisme. Mais elle a également élevé nombre d’enfants (les siens, mais d’autres également, vous le découvrirez en lisant «La reine des quatre royaumes»).

De ce grand roman historique qui brasse les alliances des familles comme le quotidien de la noblesse, et, dans une moindre mesure, des plus humbles, on conserve après lecture le souvenir d’un agréable voyage dans le temps, une lecture qui fait également réviser son Histoire de France (des provocations de Jean sans Peur à Jeanne d’Arc).

On regrette quelques longueurs, quelques lourdeurs, mais les romans historiques sont ainsi faits que lorsqu’ils sont bien étayés on se surprend à bâiller, et lorsqu’ils se mettent à devenir trop fictionnels, le lecteur suspecte immédiatement une trahison historique…

Aussi, je vous propose de juger en vous offrant un exemplaire de ce beau livre, grâce au soutien des éditions Télémaque !

Pour participer :

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-envoyez-moi avant le mercredi 26 novembre minuit un mail à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas[@]gmail.com avec votre adresse postale - et le nom sous lequel vous likez ma page Facebook, s’il est différent !
Je tirerai au sort une participation parmi vos mails, et le gagnant recevra un exemplaire de l'ouvrage.

Edit du 28/11/2014 : suite au tirage au sort effectué hier soir, Amandine recevra un exemplaire du roman. Merci à toutes et tous pour vos nombreuses participations !

«La reine des quatre royaumes» de Marie-Christine de Kent - Éditions Télémaque 2014

15 novembre 2014

Savannah dream, la passion est un plat qui se mange froid

Parfois, il arrive qu’on déroge à ses propres règles, à ses propres lois, à ses propres principes. Ainsi, ici, alors que je n’ai pas terminé mes critiques de la rentrée littéraire de cette année, ni même celles des nouveautés diverses qui m’auraient récemment plu, je vais vous parler d’un livre publié... l'année dernière. Comme « Les Jacarandas de Téhéran », ce n’est pas un roman sur lequel on a glosé ici et là, il a été injustement peu remarqué.

photomontage © vivelaroseetlelilas

Dans « Savannah Dream », Julien, lui aussi, déroge à ses propres principes – à des principes bien plus vitaux que ceux énoncés précédemment !  A des préceptes de vie qu’il a longuement mis en place pour se protéger, lui, l'enfant mal-aimé. En peu de temps, le sociologue va se décider à abandonner la recherche vertueuse menée au CNRS français pour partir aux USA travailler pour l’incarnation du grand capital : Coca Cola. À Atlanta. Dans le Saint des saints.
Il y côtoie une célibataire attirante, aguicheuse et antipathique : Maud. La routine de son couple avec Hélène le saisit soudainement lorsqu’il fantasme les nuits qu’il pourrait vivre en compagnie de cette inconnue…
 
Cécilia Dutter réussit follement un livre qui fait d’un adultère un thriller effrayant. En effet, Julien ne fait pas seulement fi de ses principes en matière scientifique, il abandonne également la fidélité conjugale jurée pour tomber dans les filets bien tressés de Maud. Celle-ci déploie une stratégie que l’on pourrait croire usée jusqu’à la corde (Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis…), mais dans des proportions qui entraînent Julien au bord de la folie.

« L'équilibre ou le chaos. La sécurité affective ou le vertige du désir. Durant des années, j'ai eu l'une sans avoir effleuré l'autre. L'existence était simple, alors. Il suffisait de se laisser couler dans la moiteur de la tendresse. Maintenant que je connais la fournaise des sentiments, il me faut choisir : mourir à petit feu ou brûler vif.  »

photomontage © vivelaroseetlelilas
   
Sur les rivages de cette passion incendiaire, de cette brûlante emprise, on est mené d’une main de maître par une conteuse qui nous en fait voir de belles avant de nous révéler l’effrayante vérité que contient la domination perverse de Maud sur Julien.
 
Ce dernier livre de l’écrivaine donne furieusement envie de se plonger dans les précédents !

13 novembre 2014

Les Jacarandas de Téhéran : d’une révolution à l’autre, parcours poignants

«Les Jacarandas de Téhéran» est un roman terrible. Il débute alors que la Révolution iranienne est confisquée par les religieux. La République islamique instaurée, certains ont choisi, malgré tout, de continuer la lutte, de résister à la nouvelle forme qu’a pris l’oppression. Ce sont ces hommes et ces femmes fous de courage, épris de liberté, que nous rencontrons au seuil du roman. Ils ont autour de vingt-cinq ans. Certains ne ressortiront jamais des geôles du régime, une fois emprisonnés et torturés…
 
photomontage © vivelaroseetlelilas

Parfois ces jeunes engagés sont également de jeunes parents, et les enfants de ces prisonniers politiques sont élevés par leurs proches. Parfois, il arrive même qu’ils naissent en prison… C’est le cas de Neda, la fille d’Azar. C’est avec elle que débute le roman - et qu’il se termine.
 
L’emboîtement des histoires et des temporalités, entre la répression du début des années 80 et la révolution de 2009, nous donne à connaître sa famille étendue, ses cousins plus ou moins lointains, tous passés à un moment à l’ombre du jacaranda de Zinat. L'aïeule bienveillante a tenté de protéger leurs premiers pas des bombardements irakiens comme des ennemis de leurs parents, aidée par sa fille Leïla, qui a refusé de s’enfuir - et a éduqué les enfants des autres : Neda, Forugh, Dante, Sara, Omid…
 
L’histoire de Sheida, à qui sa mère fait croire pendant des années que son père est décédé d’un cancer, submerge le lecteur d’épouvante. Le choix de Maryam se défendait, la quête du père tout autant. Lorsque le secret éclate, tout se brise : «Sheida fixe sa mère, muette, abasourdie. C’est comme si son père venait tout juste de mourir, comme si des décennies n’étaient pas passées. Maryam est toujours là, dans cette vieille maison, en train de regarder son mari à qui on bande les yeux et qu’on emmène. Elle ne l’a jamais quitté, ne s’est jamais éloignée de ce moment. Elle s’est enterrée vivante au milieu de toutes les choses qui ont échoué, qui n’ont été qu’un anéantissement.»

Le style de l’auteur, malgré le propos terrifiant qu’il soutient, reste léger, parfois même perce un certain humour noir : ainsi cette peur des claquettes immondes des gardiens de la révolution me hantera peut-être encore davantage que leur description glaçante puisque parfois, on a envie de rire de ces silhouettes aussi menaçantes que ridicules. J’ai pensé à «Persepolis», de Marjane Satrapi.

Sahar Delijani est néé en prison comme Neda. Elle raconte, grâce à ce double littéraire, l’Iran contemporain, post-révolutionnaire et actuel. Sans doute cette dimension autobiographique ajoute-t-elle à l’émotion qui étreint souvent à la lecture de ce premier roman.
Sur le blog, un petit livre plus léger sur l’Iran post-révolutionnaire, regardé du point de vue de l’exil.