barre horizontale




29 décembre 2013

Avec une légère intimité, Madeleine Malraux se raconte

C’est un livre déconcertant qu’ «Avec une légère intimité», qui nous fait entrer au sein du foyer de Madeleine et André Malraux. Journal intime recomposé de Madeleine, femme des années de pouvoir de l’homme de lettres, femme des douleurs refermées et des douleurs indépassables aussi. L’histoire du couple, qui s’est bâtie sur des deuils et s’est refermée sur d’autres deuils, inséparable de l’Histoire de France, indissociable de l’itinéraire d’écrivain de Malraux, tant il doit à sa compagne, est ô combien passionnante.


Son fil se déroule ici grâce à la petite-fille de Madeleine, Céline, laquelle a rendu possible ce projet éditorial de mémoires de sa grand-mère, la femme discrète de Malraux, en recueillant ses confidences et reconstituant ce qu’aurait pu être le journal de la pianiste. Je connaissais bien davantage Clara Malraux, celle de l’expédition catastrophique au Cambodge (Malraux pilleur de ruines…).

D’abord édité en grand format, c’est un poche moins impressionnant que l’édition initiale que je tenais entre les mains, lequel demeure néanmoins un très bel objet : le format permet de conserver une place de choix aux croquis de Malraux (nombreux «dyables»), aux photos et fac-similés (carte de voeux de Braque, carton de correspondance de Jackie Kennedy, etc).
 
On peut se demander ce que peut apporter la lecture des mémoires d’une «femme de», mais les mémoires d’une femme d’écrivain, d’homme politique sont tout à fait éclairantes pour montrer, en creux, tout ce dont a besoin un être pour faire exister pleinement son art. Et comme on le sait, souvent au détriment de son intimité, de ses proches, en négligeant le quotidien et en laissant cette affaire au dévouement de ceux-ci. Madeleine joua et assuma pleinement ce rôle de bonne fée de Malraux en épouse parfaite, élevant les enfants de Josette Clotis avec le sien, palliant l’absence de parents tragiquement disparus (son propre mari, Josette) et la distance d’André, superbe faire-valoir du ministre gaulliste lors des dîners parisiens et des voyages politiques.

Je disais que c’est un livre déconcertant, car, promise à un bel avenir de concertiste, elle ne s’offusque pourtant jamais de rester dans l’ombre, elle raconte ces conversations pendant lesquelles elle sait que ses interventions doivent rester limitées, elle est longtemps complètement soumise au génie de Malraux et ne questionne guère ce retrait - exceptionnellement, elle regrette qu’alors que le monde commence à s’émouvoir de la condition des femmes, son mari ne s’y intéresse pas. Il faut dire qu’elle goûte avec Braque, rencontre Nehru, plus généralement mène une vie que, sans doute, elle n’aurait pas mené aussi intensément sans lui.

«Avec une légère intimité», indication d’Erik Satie, un des compositeurs préférés de Madeleine Malraux, est un titre bien choisi : Madeleine se dévoile, mais ne se livre jamais.
Elle en conserve un mystère et une aura délicate.


«Avec une légère intimité : Le concert d'une vie au cœur du siècle» de Céline Malraux - Larousse & BakerStreet 2013

24 décembre 2013

Pop redemption : la blague par le black métal

« Pop redemption » est le genre de film qui se ratatine en salles parce que les spectateurs sont d’une frilosité totale à l’égard de tout ce qui peut comporter un gramme de heavy métal, même enrobé d'autodérision et de fun 70's. Alors que ces mêmes spectateurs ne se sont pas privés pour voir des films de potes/d'amitié virile plus ou moins mauvais ces derniers mois (on ne citera pas de noms…), cette comédie a été littéralement éjectée des désirs de salle obscure en moins de deux (semaines de juin).

Et pourtant, c’est Noël, en conséquence je vais être sympa et rétablir la vérité pour la sortie DVD : même si beaucoup d’ingrédients dans cette composition cinématographique apparaissaient de prime abord assez improbables, à commencer bien évidemment par Julien Doré en métalleux dépressif et égocentrique, c’est réussi.
C’est réussi parce que le film de Martin Le Gall ne se prend pas une seconde au sérieux, invente une star caricaturale en croisant Ozzy Osbourne et Alice Cooper et sur la base d’une intrigue tirée par les cheveux longs des métalleux propose un divertissement plutôt original.
Encore fallait-il aller contre ses préjugés...
 
Reprenons. Les Dead MaKabés s'apprêtent à effectuer leur tournée annuelle, ce qui pour un groupe de métal extrême français revient à payer ses frais de déplacement afin de se produire sur une petite scène d'un festival paumé. Mais l'unité du groupe vacille. Il est difficile, la trentaine arrivant et le succès n'arrivant pas, de maintenir la flamme du rock.
Les musiciens se sont lassés, alors que le chanteur et leader, incarné par Julien Doré donc, y croit toujours comme au lycée. Il faut dire qu'il n'a que ça - et sa mémé malade.


 Là dessus, coup de théâtre : les chevelus hésitant à briser les rêves de gloire de leur chanteur pénible sur la route qui les mène fort fort loin, le Hellfest propose aux Dead MaKabés une courte apparition sur la grande scène du festival de Clisson. Plus question de reculer : la tournée doit se faire,... et la mécanique de la comédie peut s’enclencher ! Les membres de cet éminent groupe de black métal vont se retrouver à se planquer dans une grange après un concert de chauffe plus que foireux, à leurs trousses une belle rousse de la police du coin mais aussi un super flic incarné par Alexandre Astier, tout cela au moment des préparatifs de la très locale fête de la fraise... 

Bien sûr, « Pop redemption » n'est pas exempt de défauts, mais était-ce une raison pour que ses qualités soient totalement boudées ? Il vaut son pesant de clous brillants et de vinyle noir !


« Pop redemption », un film de Martin Le Gall avec Julien Doré, Grégory Gadebois, Jonathan Cohen, Yacine Belhousse, Audrey Fleurot... & la participation d'Alexandre Astier - DVD Gaumont 2013

12 décembre 2013

Vallotton, génial ambigü + concours éclair Larousse !

« Le très singulier Vallotton ». C’est ainsi que l’exposition monographique proposée au Musée des Beaux-Arts de Lyon il y a plus de 10 ans évoquait l’artiste. Il faut dire que Félix Vallotton (1865-1925) est un peintre dont l’œuvre ne se laisse pas facilement circonscrire. Certains à l’évocation de son nom penseront rapidement à ses portraits doux-amers, parfois acerbes de la bourgeoisie ; d’ailleurs c’est un portrait de 1898 qui fut choisi pour l’affiche de l’exposition consacrée à la muse Misia Sert, grande amie du peintre (« Misia, reine de Paris », l’année dernière au Musée d’Orsay).
On y reconnaît l’influence de la gravure sur bois pratiquée par l’artiste, comme son utilisation de la couleur, et sa façon de saisir l’instant, avec autant de distance que de proximité.

photo © vivelaroseetlelilas
 
Pour d’autres, Vallotton c’est celui qui frappe par l’«inquiétante étrangeté» qui nous saisit lorsqu’on contemple «Le ballon». L’œuvre, en effet, montre une petite fille courant derrière une balle. Le spectateur regarde la scène de haut, un peu voyeur car son regard surplombe le jardin des jeux de l’enfant. Au fond, deux femmes discutent. Elles sont trop loin pour éviter qu’arrive quelque chose à la fillette, pourtant, des nuages s’amoncellent, laissant présager la fin de l’innocence : l’enfance n’a qu’un temps. «Le ballon» est célèbre, mais le nom de Vallotton ne l’est sans doute pas encore assez. Grâce à l’exposition proposée actuellement par le Grand Palais, « Le feu sous la glace » (jusqu’au 20 janvier prochain), gageons que la connaissance du peintre s’améliorera.

Félix Vallotton - Le Ballon

Une connaissance qui peut aussi se parfaire grâce à un beau livre paru récemment chez Larousse : « Les plus belles œuvres de Vallotton » d’Éloi Rousseau et Johann Protais. Cet ouvrage a le mérite de présenter un grand nombre de toiles, commentées avec précision et concision.

Ainsi, après une intéressante introduction biographique (je ne connaissais pas l’engagement politique du peintre, sa sensibilité anarchiste), c’est une passionnante plongée dans des toiles qui sont extrêmement différentes. De la « Vue de Zermatt » aux évocations cubistes de la Première guerre mondiale (« Verdun, tableau de guerre interprété »), en passant par ses illustrations corrosives pour « l’Assiette au beurre », périodique libertaire, on comprend que le peintre proche des Nabis (Vuillard, Bonnard, Denis, etc) ait été surnommé le « Nabi étranger » (voir p. 19) : Vallotton est inclassable.

Grâce aux Éditions Larousse, je vous propose de partir sur les traces de Vallotton l'ambigü, en m’envoyant un mail avec vos coordonnées postales à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas[@]gmail.com. Je tirerai au sort un gagnant qui aura le plaisir de recevoir un exemplaire de l’album.

Faites-moi parvenir cela avant lundi 16 décembre à minuit !
Concours ouvert à la France métropolitaine.

« Les plus belles œuvres de Vallotton » d’Éloi Rousseau et Johann Protais - Larousse 2013

edit du 17/12/2013 : Le mail de Marion a été tiré au sort ! Merci à tous d'avoir été nombreux à participer

10 décembre 2013

Françoise Barbe-Gall : interview à l'occasion de l'élaboration de la nouvelle galerie TomBraining

Faisant suite à la publication de mon billet d’hier sur l’app « TomBraining La Galerie », une interview prolonge ce voyage dans l’Histoire de l’art avec un entretien mené grâce à la gentillesse de Françoise Barbe-Gall, auteure des textes de l’app. Celle-ci a bien voulu répondre à mes questions, me donnant ainsi l’occasion de vous présenter une passionnée.
Françoise Barbe-Gall a longtemps enseigné à l’École du Louvre, prestigieux établissement dont elle-même est issue, et elle a écrit plusieurs livres : « Comment regarder un tableau », « Comprendre l’Art moderne », « Comment regarder les impressionnistes »...

À dire vrai, j’étais assez surprise de découvrir son nom et celui de l’acteur André Dussollier dans l’élaboration d’une app web, mais je suis pleine de préjugés ! Contrairement à d’autres intellectuels, Françoise Barbe-Gall considère très prosaïquement le numérique, comme un autre moyen pour apprendre, découvrir, et se cultiver. Le support lui importe peu et elle n’est pas « inquiète », qualificatif qui est assez présent dans les discours actuels sur le savoir. Pour cette app, elle parle même de « plaisir » et de « chance » alors que ses éditeurs traditionnels restent frileux à l’idée de concevoir des projets numériques. Ce qui semble plutôt la chagriner, c’est le temps que nous perdons sur Twitter, mais je n’ai rien osé dire, puisque j’utilise moi-même sans doute trop ce fil ininterrompu de discussions… Bref, voici les principales questions que j’ai posées, et l’essentiel de ce qu’elle a répondu (parce que parfois, je n’ai pas retranscrit, j’ai préféré écouter studieusement, vous ne m’en voudrez pas).

Françoise Barbe-Gall © San Bartolomé

« TomBraining La Galerie », ce n’est pas un nom surprenant dans le marketing des apps qui se veulent tous évocateurs ?
 
L’origine de l’application s’inscrit dans un projet plus vaste, celui de la maison d’édition Tombooks, nom qui vient du fondateur de cette maison d’édition (Thomas Steinmann).
C’est l’affirmation d’une personnalité et d’une approche, avant d’être celle d’un produit. C’est une volonté d’insister sur l’artisanat, sur les personnes derrière la technique ! « Braining » s’est accolé rapidement à Tom parce qu’au départ l’app était avant tout ludique, il y avait surtout la partie jeu. Cette partie permet de toucher des gens qui n’ouvrent pas habituellement les catalogues d’exposition.

C’est donc un projet collectif, vous le portez à plusieurs ?

Oui, il faut insister sur le rôle de l’éditeur qui a vraiment voulu proposer des objets numériques en rapport avec ses passions, la musique d’abord, et puis l’art ensuite, très vite. C’est lui qui a voulu s’entourer de gens avec lesquels il souhaitait travailler pour développer les contenus souhaités. C’est un véritable chef d’orchestre du travail collectif, c’est un projet animé par un vrai passionné. Il y a là un mélange d’organisation technique, de convergences de sensibilités et d’exigences. Le projet a évolué au cours de son élaboration, et comme il se préparait à une échelle humaine, la discussion était possible, les interactions fructueuses.

Vous avez pensé les textes pour l’app, voyez-vous une grande différence entre la pédagogie à mettre en œuvre dans vos livres, vos conférences au sein de CORETA (l’association « Comment regarder un tableau »), et celle de l’application ?
 
Non, il n’y aucune différence, puisque l’éditeur m’a choisie parce qu’il était intéressé par mon travail, par mes livres, c’est donc la même démarche qu’il souhaitait, il n’y a pas eu de modification dans ma manière de travailler : montrer au spectateur qu’il est à la fois celui qui regarde, mais également le peintre, le sujet du tableau…

On peut s’étonner, dans l’application, de devoir associer une musique à un tableau, même si cela favorise effectivement l’attention, la mémorisation.

Il s’agit simplement d’une proposition, bien sûr c’est l’affirmation d’une subjectivité, mais il n’y a aucun sectarisme ici, au contraire un encouragement à la subjectivité de l’utilisateur : cela fonctionne puisque vous vous posez la question qu’aurais-je plutôt choisi comme accompagnement, moi, pour ce tableau ? Il s’agit aussi du prolongement de la première application de l’éditeur qui visait à rendre accessible la musique de Bach à un plus grand nombre. Le choix des musiques vous interpelle mais le choix des peintures vient de la même affirmation subjective, c’est un peu comme si on rentrait dans un appartement privé, ce n’est pas une exposition didactique globale, il n’y a pas forcément les tableaux que l’on s’attendrait à voir pour tel ou tel artiste.

Françoise Barbe-Gall © San Bartolomé

À ce propos, pas vraiment d’art contemporain dans la galerie, quelle raison à cela ?
 
D’abord, tout simplement, l’art contemporain c’est celui des artistes vivants. Et cela pose tout de suite beaucoup plus de problèmes de droits d’auteur! Il est très difficile d’obtenir tous les droits, pour une peinture contemporaine nous avons obtenu une cession de droits à titre gracieux… C’était le plus simple !
Par ailleurs il y a déjà énormément de choses à faire partager avec l’art classique, il est faux de croire que celui-ci est plus facile à comprendre car il serait dans la pure représentation. Il est plus difficile à comprendre même ! Qui sait aujourd’hui expliquer pourquoi la Joconde est si connue ?! Ceci étant dit, il y a aura notamment de la peinture abstraite dans la nouvelle galerie.

Donc cette nouvelle version sera une nouvelle galerie, une sorte de tome 2 plus qu’une évolution de l’application à proprement parler ?

Oui, et dans celle-ci il y aura plus de peintures abstraites, car la question est ainsi moins de savoir si c’est moderne ou contemporain que de revenir sur la fracture entre abstrait et figuratif, sur la fonction de l’art de transfigurer le monde, fonction délaissée : les artistes depuis la fin du 19ème montrent leurs propres fêlures, que le spectateur sent bien davantage siennes que lorsqu’il contemple une peinture de guerre moyenâgeuse, si terrible qu’elle puisse être. La proximité peut être extraordinaire pour le spectateur s’il se reconnaît dans le geste du peintre, mais la peur peut remplacer la fascination pour la vérité et alors le spectateur mis à face à lui-même peut vouloir fuir.

Comment s’est passée la collaboration avec l’acteur André Dussollier ?

Il fallait une voix, une intelligence, une sensibilité, et bien sûr un nom, et le sien s’est imposé avec évidence. Il a accepté avec simplicité de venir lire mes textes avec intérêt et compréhension, et ses questionnements pendant l’enregistrement ont permis un travail parfaitement concerté !

Le mot de la fin ?

L’intérêt de l’Histoire de l’art n’est pas d’asséner des connaissances mais de faire ouvrir les yeux, de faire concorder les sensations avec des significations. Il est regrettable qu’il y ait une confusion sur l’œuvre d’art : son prix inaccessible induirait un sens inaccessible… 


Je remercie encore Françoise Barbe-Gall pour sa disponibilité.

À mes lecteurs : Il est évident que pour les besoins d’une note de blog, j’ai opéré des coupes et retracé l’entretien ; une transcription intégrale n’avait pas lieu d’être ici.
Par ailleurs : j'étais tellement concentrée que j'ai oubliée de lui poser une question féministe comme à toutes mes interviewées, vous avez remarqué ?

9 décembre 2013

TomBraining La Galerie : une belle application consacrée à la peinture

Exceptionnellement, car c’est plutôt rare sur le blog, je m’en vais vous conter les mérites d’une app. D’habitude je passe plutôt par Twitter pour recommander les outils numériques, mais cette application est bien plus qu’un outil ou qu’un simple divertissement, j’ai donc décidé de lui consacrer un billet (et même deux, vous verrez pourquoi).


« TomBraining La Galerie » est une application consacrée à l’art, une galerie virtuelle, en 3D, une très belle réalisation dans laquelle je me suis bien promenée avant de vous proposer de vous y égarer à votre tour.
Le cheminement n’est pas imposé, vous n’êtes pas dans un CD-ROM d’histoire de l’art comme certains ont pu se faire il y a un temps déjà fort révolu, vous choisissez les tableaux desquels vous souhaitez vous approcher. Et, belle surprise, c’est la voix de l’acteur André Dussollier qui vous propose la lecture d’un texte vous permettant de vous immerger plus avant dans l’œuvre. Belle surprise également, ces textes sont ceux de Françoise Barbe-Gall.
Peut-être comme moi avez-vous déjà dans votre bibliothèque un de ses ouvrages, « Comment regarder un tableau » m’a ainsi souvent ouvert les yeux (je sais, mon humour n’a pas de limites ces jours-ci).


 Bref, cette application est un petit musée virtuel fort appréciable : je m’y perds le soir, alors qu’il n’est plus possible d’entrer nulle part. Les tableaux sont accompagnés de morceaux choisis avec soin, mais si vous souhaitez vous concentrer sur la lecture du texte, la contemplation du tableau, vous pouvez couper le son. Il y a donc à la fois la liberté du regard, de lire ou de se faire lire le commentaire, et celle de se laisser totalement guider.

Impossible de parler de l’app sans évoquer le jeu qui en fait vraiment partie. Celui-ci teste vos capacités de mémorisation agréablement, en vous faisant associer les œuvres classiques qui accompagnent les tableaux de Goya, Dali, Manet...  Plusieurs niveaux de difficultés, donc vous pouvez choisir de vous envoyer des fleurs un soir et de vous creuser davantage le lendemain matin. Cette fonctionnalité, ludique et innovante, vous changera d’  «Angry Birds» !
 
Pour prolonger la visite, je vous invite à revenir demain sur le blog, où je présenterai une interview de Françoise Barbe-Gall, qui a gentiment accepté de me rencontrer pour parler de la nouvelle galerie en préparation – et de bien d’autres choses !
 

6 décembre 2013

Tout ce qui brille ... scintille ! + concours années folles

Comme d’autres époques fascinantes, nous n’en finissons plus de rêver aux années folles, celles qui nous semblent aujourd’hui de magnifiques tourbillons élégants et raffinés. Bien sûr, on ne manquera pas de dire que coincées entre celle qui devait rester la « Der des Der » et la crise de 29, ces années furent assez courtes et la joie sans doute parfois forcée.
Mais comme le personnage d’Owen Wilson dans «Midnight in Paris», nous n’en voulons rien savoir, nous rêvons à cet âge d’or, à ce Paris où on dansait follement à la Coupole, où Montparnasse et Montmartre rivalisaient de fêtes et d’audaces.
Et à New-York, donc ! Érection des premiers gratte-ciels, édification des empires de la finance, de la mode et de la presse, et là aussi, le jazz, Cole Porter, les longs colliers de perle et les robes à sequins, les turbans. Des romans, «Les règles du jeu» d’Amor Towles par exemple, des BD, je pense au «Journal de Frankie Pratt», se complaisent pour notre plus grand plaisir dans cette nostalgie d’un passé fantasmé.

photo © vivelaroseetlelilas

C’est avec la même délectation que l’on lit « Tout ce qui brille » d’Anna Godbersen, tout juste sorti au Livre de poche. On suit quelques semaines trois jeunes filles, deux provinciales débarquant un beau jour de leur Ohio, et une habituée des mondanités cosmopolites de la grosse pomme. Ce premier tome d’une saga qui s’annonce prometteuse prend plaisir à décrire les vêtements des jeunes filles, leurs coupes de cheveux (on s’attarde moins sur les garçons, c’est essentiellement le jeune public féminin qui s’y retrouvera), aussi bien que la ville la nuit, sa beauté industrielle. Certes, rien d’original ici : ballades inaugurales en (belle) voiture, grandes espérances, premières claques d’un monde tout autant machine à rêves qu’à cauchemars. Mais peu importe le déjà-vu, car c’est au contraire ce que l’on recherche dans un roman comme celui-ci : une confortable distraction qui nous tient en haleine, c'est un excellent feuilleton.
Et on s’attache vite à Letty, incroyablement naïve, qui s’imagine star du jour au lendemain ; comme à son amie d’enfance Cordelia, qui retrouve son bootlegger de père, un trafiquant devenu presque notable grâce à la Prohibition. La riche et capricieuse Astrid elle aussi a ses secrets…et ses amours.

Je vous propose de les découvrir en vous faisant gagner ce premier tome ! Il y a 5 exemplaires en jeu grâce au Livre de poche, n’hésitez pas à tenter votre chance !
Il suffit de m’envoyer votre adresse postale à l’adresse du blog : vivelaroseetlelilas[@]gmail.com ; je tirerai rapidement les gagnants au sort.

Concours ouvert du 6 décembre au 17 décembre 2013 minuit, réservé à la France métropolitaine.


Merci aux Éditions du Livre de Poche.

Edit du 18/12/2013 : Les gagnantes sont Coraline, Noémie, Lili, Déborah et Moua. Bravo à toutes les cinq et merci d'avoir été aussi nombreuses -et même nombreux!- à avoir participé !!

5 décembre 2013

Annie Sullivan & Helen Keller : se sauver l'une l'autre

Cette rentrée, j’ai été happée par plusieurs romans graphiques de très grande qualité. Particulièrement touchée par cet album consacré à Helen Keller et à son éducatrice, et ne voyant pas qu’on lui fasse une grande publicité malgré ses nombreuses sélections pour des prix prestigieux, je lui fais une petite place ici.
 
De quoi s’agit-il ici ? Helen Keller, ce nom vous dit certainement quelque chose. Née en 1880 dans l’Alabama -le sud des États-Unis, dans une famille où reste vif le souvenir de la guerre civile, la petite Helen Keller tombe malade puis devient sourde, muette et aveugle à dix-neuf mois. Pendant des années, elle communique avec ses parents par gestes, presque comme une bête. C’est ce que j’ai ressenti à la lecture de la BD, qui montre vraiment l’isolement total de la petite fille. Pour ses six ans, ses parents engagent Annie Sullivan comme gouvernante.
Je ne connaissais pas son rôle dans l’histoire d’Helen Keller, dont j’avais surtout entendu parler comme d’un miracle américain : sourde, muette, aveugle mais diplômée, … – cependant je n'étais pas au fait des détails de son histoire extraordinaire. C’est Annie Sullivan qui va sortir Helen de son isolement mental en appliquant les méthodes modernes de l’Institut pour aveugles Perkins dont elle a bénéficié.
 
Les relations de la gouvernante avec la famille d’Helen sont néanmoins difficiles. Annie porte en elle une histoire atroce : la mort de sa mère, l’abandon paternel, la mort de son petit frère dans un hospice indigne ou elle-même passa quatre années avilissantes. Terriblement révoltée, très jeune, Annie ne peut s’intégrer véritablement à cette famille conservatrice.
Elle s’attache énormément à sa jeune élève et souhaite la réussite de celle-ci visiblement autant pour Helen que pour elle-même, après des années de dépréciations, de moqueries, de difficultés.

Les deux femmes en 1893

L’angle choisi par Joseph Lambert pour raconter l’apprentissage d’Helen est vraiment original. Il ne s’agit pas d’une simple biographie, de toute façon la littérature sur cette histoire mondialement connue et célébrée par une journée de commémoration outre-Atlantique est très abondante. Il montre comment l’apprentissage d’Helen est ardu, et ne nous épargne pas le passé sinistre de sa gouvernante. De ce fait, c’est la rencontre de deux personnalités hors du commun qu’il met en scène, une rencontre et une relation de pouvoir aussi.
Car Annie souhaite une emprise totale sur l’enfant, certes pour ses progrès, mais aussi pour, enfin, avoir quelque chose à elle. Ce n’est pas un ange gardien, et c'est parfois gênant. Ses méthodes sont  presque brutales, vues depuis le XXIème siècle. L’auteur nous laisse ainsi la possibilité de nous interroger sur cette relation exclusive qui dura tant que vécu Annie.
 
Quant au dessin, il est sans complaisance pour le lecteur : la souffrance d'Helen et d'Annie se ressent jusque dans le tracé volontairement hésitant des cases. Je n'ai pas eu de coup de cœur particulier pour le trait de Joseph Lambert, d'un réalisme parfois morbide, ni pour ses personnages aux visages déformés. Mais il est indéniable que ce dessin sert son propos. Un auteur talentueux à suivre !

© Joseph Lambert