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31 octobre 2013

La guerre des Lulus : des enfants dans la Grande Guerre

Cet album d'une nouvelle série raconte le quotidien de quatre orphelins français oubliés derrière les lignes allemandes entre 1914 et 1918.
 
Lucien, Lucas, Luigi et Ludwig sont en vadrouille dans la forêt qui borde leur orphelinat, l'abbaye de Valencourt, lorsque la menace allemande devient si réelle qu'il faut évacuer séance tenante l'établissement.
 
Alors qu'un frère s'aperçoit que les quatre garçons manquent à l'appel, un soldat français s'interpose : le religieux n'a plus le temps de retourner à l'abbaye. Il faut fuir !

Commence alors pour les Lulus une existence clandestine : ils doivent se résoudre à rester cachés, car bientôt l'armée ennemie occupe l'abbaye - et mange les confitures des bons pères...

Très intriguée par cette idée de montrer la Grande guerre à travers les yeux d'enfants abandonnés par deux fois - par leurs parents et par l'orphelinat, j'ai pourtant mis un peu de temps à prendre celui de lire cette BD (que j'ai pourtant dévorée !).
 
Les bouilles des Lulus sont adorables, le dessin d'Hardoc tantôt tendre, espiègle ou inquiétant. Et l'intrigue élaborée par Régis Hautière vous entortille, impossible de lâcher l'album. Vraiment une optique intéressante et originale à l'heure où centenaire approchant oblige, le rythme des parutions sur la Première Guerre mondiale augmente sensiblement.

C'est une façon aussi pour les parents de sensibiliser leurs enfants en douceur. Ceux-ci semblent touchés : au Salon du livre de Saint-Étienne, l'album a ainsi récemment reçu le prix du conseil municipal des enfants.

Par pitié pour l'impatience du lecteur, à la fin de l'album vous trouverez quelques pages d'extraits, en avant-première, du prochain tome à paraître : «Hans».

Autant vous dire que j’ai grandement hâte !

29 octobre 2013

L'âme humaine sous le socialisme : entre utopie et esthétisme, tout le génie de Wilde

Oscar Wilde
Oscar Wilde. À l’évocation de son nom, ce sont d’abord des images qui surgissent. Un presque bel homme (il est massif), d’une élégance rare, les cheveux longs. Une photographie de lui vient à l’esprit, il est enveloppé dans une toge, il a une rose entre les mains. Sur une autre, c’est une canne - sans doute à pommeau d’argent. Les portraits de l’extravagant dandy sont connus. Les oeuvres aussi : «Le portrait de Dorian Gray» au premier chef, roman fantastique dans lequel la beauté d’un homme reste intacte alors que son portrait vieillit.
La beauté est un thème central dans l’oeuvre de Wilde. En quelque sorte, c’est elle qui causa sa perte, en la personne de Lord Alfred Douglas, dont le père courroucé par leur liaison précipita la déchéance de l’écrivain, qui mourut en France en 1900.

L’esthète est très connu du grand public pour son esprit, lequel lui fit écrire des choses comme «Il est tentant de définir l’homme comme un animal rationnel qui se met toujours en colère lorsqu’il est supposé agir en accord avec les préceptes de la raison», ou bien «Je réprouve les longues fiançailles. Elles permettent à chaque fiancé de connaître le caractère de l’autre avant le mariage, ce qui, à mon avis, n’est jamais judicieux.»

Maintenant, prenons ce Carnet de l’Herne intitulé «L’âme humaine sous le socialisme». Sans doute, il y a erreur, cela ne peut pas être Wilde l’auteur, c’est une farce spirituelle comme les affectionnait l’Irlandais. Absolument pas. Rappelons que Wilde était un homme de principes, notamment défendus lors des controverses nées à la parution du «Portrait de Dorian Gray». L’homme aux multiples paradoxes inventa donc un titre dans lequel cohabite le concept d’ «âme», pas vraiment un concept matérialiste, avec celui de «socialisme»...

«L’âme humaine sous le socialisme» peut donc dérouter, pourtant, c’est du pur Oscar Wilde : l’écrit est généreux, idéaliste - en plus, il se termine sur une phrase magnifique : «Le nouvel Individualisme est le nouvel Hellénisme». «The Soul of Man under Socialism» a initialement trouvé place en 1891 dans la revue «The fortnightly Review» - pas n’importe laquelle des revues anglaises, une des plus prestigieuses, fondée par Anthony Trollope en 1865.

«Par suite, on a cru que le point important était d’avoir, et l’on a ignoré que le point important, c’était d’être.»

Dans cet essai, Wilde affirme des convictions utopiques dans la lignée des socialistes réformateurs comme Robert Owen et William Morris : la fin de la propriété privée, le droit à la liberté, au bonheur, à l’originalité, la nécessité d’un progrès techniques profitant aux travailleurs, etc.
Petites précisions : les socialistes réformateurs d’alors voulaient changer la société. Aujourd’hui, le terme de «réforme» s’entend dans un sens bien moins fort qu’autrefois !
Par ailleurs, lorsque j’emploie le terme utopique, je fais bien référence à l'utopie dans son sens de «plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun», de «système de conceptions idéalistes des rapports entre l'homme et la société, qui s'oppose à la réalité présente et travaille à sa modification».
 
 
Ces précisions posées, revenons à l’essai : Wilde s’inscrit ainsi dans l’esprit socialiste de son temps, avec un très beau texte. D’abord révolté par les injustices criantes observées et raillant bonne conscience («recommander l’économie aux pauvres, c’est chose à la fois grotesque et insultante») et charité, prônant la désobéissance (aujourd’hui il ajouterait le qualificatif de «civile»), la fin de toute propriété privée, l’amour libre («quand disparaîtra la propriété privée, le mariage, sous sa forme actuelle, devra disparaître») il en vient rapidement également à parler d’art.
Car cet essai est aussi une nouvelle occasion pour Wilde de défendre ses positions esthétiques. On comprend bien que si Oscar Wilde promeut de telles positions anarchistes, s’élevant contre toute forme d’autorité ; c’est aussi que cela lui permet de rappeler que l’art doit être libre, l’artiste ne travailler sous aucune contrainte, notamment celle de plaire au peuple, «qui n’aime pas la Beauté», car «le public a toujours, et dans tous les siècles été mal éduqué». Wilde, dans la lignée d'Hegel, est définitif : il est en faveur de «l'art pour l'art».

Vous constatez que je ne résiste pas au plaisir de vous citer de nombreux passages de l’oeuvre : Wilde est aussi bon polémiste qu’il est excellent romancier, homme de théâtre ou critique. Et c’est pourquoi, pour vous engager à lire et relire cet essai, je vais encore vous le citer. «L’oeuvre d’art est faite pour s’imposer au spectateur ; le spectateur n’a point à s’imposer à l’oeuvre d’art.» Alors, laissez «L’âme humaine sous le socialisme» s’imposer à vous !

«L’âme humaine sous le socialisme» d’Oscar Wilde - Carnets de l’Herne 2013

Ouvrage reçu gracieusement dans le cadre de «Masse Critique», opération organisée par Babelio.

27 octobre 2013

The bitch is back : Lita Ford monte le son en live

Lita Ford

Pour cette chronique musicale, je ne sais vraiment pas par où commencer. Je vous ai déjà parlé de Lita Ford, que, si vous êtes plutôt jeunot, vous avez découvert dans le film biographique (pardon, le biopic) consacré aux Runaways. Kristen Stewart incarnait Joan Jett, et vous avez découvert Lita Ford sous les traits de Scout Taylor-Compton. Bon, pour les autres c’est une toute autre histoire : vous connaissez les Runaways, vous appréciez - ou pas la carrière solo de hard-rockeuse de Lita Ford (elle fait débat).
Pour ma part, j’avais été enthousiasmée par son dernier album - sorti l’année dernière, un disque que j’avais aimé pour ses chansons efficaces, son enthousiasme communicatif, enfin je vous renvoie à ma chronique ici.
La pochette aussi était de circonstance, Lita n’a plus 20 ans ni même 40, et les poses affectionnées de la chanteuse, années 80, plus ou moins Flashdance, avaient été écartées au profit d’un visuel en noir et blanc, presque sobre.

Bon. Clairement, là, pour le live issu de la tournée du dernier album susmentionné, on peut dire que la faute de goût n’a pas été évitée. Cette pochette est certainement une des plus catastrophiques que j’ai jamais vue (dans le monde du hard rock s’entend, mais c'est déjà beaucoup/trop).
 
Ce bazar rouge et noir, dont émerge à peine Lita brushée comme une poupée, tenant une guitare rose (sérieusement ?), un titre usé, «The bitch is back», soyons clairs, tout cela est catastrophique. Et encore, par égard pour elle, je ne publierai ici que des photos de concert, les photos de promo, barbie hard-rock de plastique, sourire colgate et tutti quanti sont atroces.

La pochette improbable quand on regarde les photos du show...

La musique, maintenant que l’emballage est déchiré. Ce live a donc été enregistré pendant la tournée que Lita Ford a mené suite à la sortie de «Living Like A Runaway». Lita ouvre le show avec la reprise du classique d’Elton John «The Bitch is Back». On en vient à excuser le titre de l'album, même si on songe toujours au lynchage du graphiste qui a pondu le logo de Lita un soir d'ivresse à la Guinness.
Par rapport à l'album studio, évidemment on gagne le plaisir du live, même si on sent la chanteuse davantage forcer que dans les enregistrements de concerts.

Par rapport à l'album studio, on a forcément un son plus crade, presque punk même, la guitare parfois noyée sous sa saturation, la batterie exagérée. La salle ne devait pas être de celles que l’ex-Runaways a dû remplir au temps de sa splendeur...

Les néophytes gagneront en plus un «Close my eyes forever», autrefois chanté avec Ozzy Osbourne, et «Kiss me deadly», standard absolu de Lita.
Pour la suite, l’impensable et improbable est arrivé : Lita Ford et Cherie Currie (également ex-Runaways) ont enregistré ensemble un single pour les fêtes, «Rock This Christmas Down» - si c’est pas l’esprit de Noël, ça. Fâchées pendant une éternité, elles se seraient réconciliées, si je ne me perds pas dans la chronologie, peu après le divorce de Lita. Bref, je ne manquerai pas de vous en reparler !

Lita Ford

«The bitch is back» de Lita Ford - SPV/Steamhammer 2013

25 octobre 2013

Le plus drôle de McSweeney's : Galdor, personnage de Tolkien ou meuble Ikea ?


Voilà, ce livre-là, je le voulais. Je sentais que j’allais rire, que ce serait fin, élégant, et simultanément que ça serait complètement barré. Il a fallu qu’on me sorte le dernier d’un dessous de table à la librairie Compagnie. C’était un bon début pour un contact avec une anthologie pareille, de textes choisis parce que refusés ailleurs, trop bordeline, trop originaux, trop irrespectueux.
 
Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de passer devant cette couverture, devant ce collage ultra-réussi. Dans ce cas-là, sûrement, vous vous êtes approchés, vous avez touché l’ouvrage, un poche chic conçu comme un beau livre -couverture cartonnée renforcée, papier de qualité, graphisme sophistiqué- et ri à la quatrième de couverture.
 
À vous je n’ai rien à dire car après ça, vous ne pouviez pas ne pas emporter « Le plus drôle de McSweeney's » avec vous, pour continuer à vous bidonner, entre références tradi et d'autres piochées aux cultures plus populaires, notamment la SF.
 
Exceptionnellement, je vais donc intégralement citer la quatrième de couverture. Ce n’est pas mon habitude, mais vous allez comprendre…Il y a des choses qui ne se résument pas.
En avertissement, je citerai les mots de Dave Eggers, le fondateur de la déjà légendaire revue littéraire (elle a été créée en 1998 à San Francisco) : «Vous allez être envahis par une telle joie que vous risquez d'avoir envie de vous cogner la tête contre un mur dans le jardin.»

Donc, cette 4ème : 

«Vous avez toujours rêvé de savoir :
Comment Jean-Paul Sartre répondait à ses interlocuteurs lorsqu'il travaillait au standard des urgences de la police ?

Ce qui se passe dans la tête de Robert Plant pendant les solos de Jimmy Page ?

La vérité sur le séjour de Jorge Luis Borges chez les scouts ?

Ce qui se passe dans l'atelier d'écriture d'Homer Simpson ?

Quels sont les rapports qu'entretient Winnie l'Ourson avec ses collègues de bureau ?

Ce qu'on peut faire à Denver, Colorado, quand on est mort ?

Ce que révèle Noam Chomsky dans son commentaire audio du Seigneur des anneaux ?

Ce que montre un examen détaillé du broyeur d'ordures de l'Étoile de la mort de La Guerre des étoiles ?

Quels sont les dix plus mauvais films de tous les temps, selon Ezra Pound ?»

Voilà. Sachez que les auteurs apportent des réponses désopilantes, que leur humour est extraordinaire, très Woody Allen, je suis certaine qu'il doit adorer ; et qu'à côté, les Boloss des Belles lettres peuvent vraiment aller se rhabiller. Alors, oui, c'est peut-être moins accessible. Mais certaines contributions sont copiées, comme le quizz qui propose de décider si les noms à suivre sont ceux de personnages de Tolkien ou de meubles Ikéa.
A noter qu'un bel ouvrage comme ça, ça s'achète pour soi, mais aussi pour offrir (Noël, déjà dans deux mois...).
 

24 octobre 2013

Liebster Award : réponses, de plus ou moins bonne foi !

 
Bon. La lecture de ce post est à réserver, c’est certain, aux fans de tags et de détails incertains sur les blogueurs.
Théoriquement, le principe du Liebster Award est «de récompenser les blogs que l’on aime ayant moins de 200 abonnés sur Hellocoton et de les faire connaître mais surtout d’en savoir plus sur ceux et celles qui sont auteurs des blogs». Comme j’ai la chance, ou la malchance, d’avoir environ 140 abonnés sur Hellocoton (c'est fluctuant), je peux donc participer.

Alors justement, d’en savoir un peu plus, oui, pourquoi pas. Mais voilà, la première fois que j’ai été nominée pour ce Liebster Award, après avoir spontanément accepté, je n’ai pas pu tenir ma promesse. En effet, chère Laura de The Infinite Life, tes questions, heu, comment dire ? Il aurait vraiment fallu que je tourne sacrément autour du pot pour ne pas répondre franchement.
Car soyons honnêtes : si oui, le but est de donner davantage de détails à nos lecteurs sur nos petites personnes, de là à leur raconter notre vie (dont, en général, ils se fichent éperdument), il y a un pas. Et je t’avoue, Laura, tes questions étaient sympas, mais leur ensemble était trop intime.

Deuxième acte, je suis récemment nominée par Les futilités de Lili. Là, les questions sont plus faciles, moins perso, so, allons-y gaiment.

Rappel des 5 règles de ce tag :
1 – Écrire 11 choses sur soi.
2 – Répondre aux 11 questions de la personne qui vous a nommé.
3 – On tague 11 autres personnes et on leur pose 11 questions.
4 – On met le lien vers leur blog dans notre article.
5 – Et enfin on les informe sur leur page.

C’est vrai qu’à ce stade, vu le temps estimé pour tout ça, il faut se motiver grandement, ce qui explique, en partie, mes dérapages contrôlés.

Règle n°1 : Écrire 11 choses sur soi

1- C’est pas simple.

2- Promis je ne sabote pas complètement le principe même de ce tag, je m’y mets.

3- Tenez, un truc sur ma taille. Je fais 1m60. Du coup je peux mettre des talons super hauts, mais en fait…

4- Comme souvent, je suis assez chargée, ce n’est pas assez le cas.

5- Vous êtes en train de trouver que je ne joue pas le jeu, et j’ai envie de vous dire, c’est pas faux. Mais je gagne du temps, non ? Allez, des révélations, du chaud, du show.

6- Il y a ce WE à Milan que j’essaie d’organiser depuis deux ans - projet sans cesse remis à plus tard. Il faut dire qu’un WE à Milan comporterait forcément une belle soirée à la Scala. Cela complique l’organisation. Vous avez vu, dès qu’on s’y met vraiment, on s’emmerde un peu, non ?

7- Pour Noël, j’aime bien regarder «La vie est belle», de Frank Capra. C’est cucul, mais c’est le genre de choses qu’on révèle dans les tags, non ? Et puis j’y pense parce que dans deux mois c’est Noël, et que donc je le regarderai.


8- Avant j’irai acheter des gâteaux allemands à l’Épicerie du Bon Marché. J’adore acheter des trucs là-bas, et à Noël, j’aime particulièrement aller m’acheter des gâteaux importés à coût énergétique certainement trop élevé, mais l’ambiance est super, comme la déco. C’est un peu embêtant, en ce moment il y a des travaux, j’espère que ça sera fini pour l’achat des gâteaux. Et là, vous êtes super contents qu’il y ait onze choses à dire sur moi, hein.

9- J’ai une soeur, et je suis sûre qu’elle va être ravie de voir son existence mentionnée ici. C’est ma petite soeur. Maintenant qu’elle travaille en Angleterre, cela devient de plus en plus ridicule de la qualifier de «petite» mais enfin que voulez-vous ? On ne se refait pas.

10- Je tiens le bon bout. Si ça se trouve, je vous ai déjà perdus.

11- Pour d’autres considérations passionnantes sur mon prénom ou mon âge, je vous renvoie vers le précédent tag auquel j’ai répondu.

Lili, ne m’en veux pas. Tu comprends bien que je ne pouvais décemment pas faire exactement ce qu’on attendait de moi dans un tag pareil ? Néanmoins, pour tes questions, j’ai fait un effort de bonne volonté (presque). Lis-donc.

Règle n°2 : Répondre aux 11 questions de la personne qui vous a nommé

1. Si vous aviez assez d’argent pour ne pas travailler, que feriez-vous ?

Remarquez toute l’ambiguité de cette question : si vous aviez assez d’argent pour ne pas travailler, donc si vous ne faisiez rien, que vous viviez de vos rentes, que feriez-vous ? C’est pas un peu contradictoire, ça ? Vais-je tomber dans le panneau, te dire que je m’initierais à la sculpture sur bois, voyagerais à travers le Brésil ou m’occuperais d’enfants déshérités ? Nope. Je garde ça pour moi ! Je sais, pour les révélations, ça commence mal.

2. Qu’emporteriez vous sur une île déserte (pas de personnes, juste 1 ou 2 objets) ?

Bon, ça c’est facile. Je n’emporte qu’un livre de Dostoïevski, et un couteau suisse. Le premier parce que je risque de m’ennuyer, et un gros livre compensera, le second est qu’un couteau, pour me défendre et manger suffira bien. Chacun sait que, comme dans «L’île mystérieuse» de Jules Verne, tout se mettra ensuite en place facilement, de ma poche tomberont les ingrédients permettant de faire pousser blé et centrale hydraulique (si je me souviens bien).

3. Si vous aviez un pouvoir magique, que feriez vous (pas un souhait, hein, un pouvoir) ?

C’est compliqué ta question. Tu ne pouvais pas l'imposer, le pouvoir magique ? Là je dois choisir le pouvoir et ma façon de l’exercer. Je reviens après quinze tomes de théorie générale du gouvernement des hommes ? Sans déconner, je prends mon taser géant et je l’actionne sur tous les machos, misogynes, bref sur tous les gros cons de la Terre.

4. Quel est votre loisir préféré ?

Lire. Comment pourrais-je répondre autre chose ? De toute façon, vous ne me croiriez pas.

5. Qui est votre héros ou héroïne favori(te) ?

Moi. Sinon, quel intérêt ?

6. Qui est votre héros ou héroïne dans la vraie vie ?

Voir question précédente.

7. Quel don de la nature aimeriez vous avoir ?

Là encore, c’est ennuyeux, entre l’inné et l’acquis, il y aurait bcp de choses à dire. Je vais donc, avec entrain, choisir la facilité et dire : de beaux cheveux, ce que je n’ai assurément pas.

8. Quelle est votre série préférée ?

The Big Bang Theroy. La seule série où les héros répondent ce genre de réponses à ce type de questions.

9. Quelle est votre citation préférée ?

Allez, avec tout ce sérieux, vous avez droit à une petite blague, celle-ci de Montaigne, que j’aime beaucoup : «Si haut que l’on soit placé, on n’est jamais assis que sur son cul.»

10. Sucré ou Salé ?

Assurément la question la plus difficile. Mais le gazpacho c’est salé, non ?

11. A qui avez-vous envie de dire « Je t’aime, là, tout de suite maintenant » ?

À Oscar Wilde. Je suis sûre qu’il trouverait cela drôle. Enfin, j’espère. Oscar ?

Règle n°3 : On tague 11 autres personnes et on leur pose 11 questions
 
Alors là évidemment, maintenant que j’ai fait la maligne, il faut moi-aussi que je pose mes questions à moi. Pour éviter de vous demander de parler de votre vrai job, surtout si vous êtes au chômage, ou de votre enfant, surtout si vous n’arrivez pas à en faire, bref, j’opte pour des questions consensuelles (ou pas). Le but est que vous riiez un peu (j’espère).

1- Pour qui votes-tu ? Non ça c’était pour rire.
1- Cadre ou Scotch ?
2- Parfum ou Eau de Cologne ?
3- Un magazine, journal, fanzine auquel tu es addict ?
4- Festival de Cannes : tu aimes, tu t’en fiches, dis-nous tout.
5- Une anecdote drôle sur ton blog ?
6- Une anecdote pas drôle sur ton blog ?
7- Pas de chance, tu te réincarnes en insecte. Lequel ?
8- Pourquoi n’y a-t-il pas de «livres dont vous êtes le héros» pour les adultes ?
9- Pour quelle série limitée as-tu fait un effort (physique, financier…) récemment ? Moi j’ai entassé des Coca Marc Jacobs dans mon sac à main, par exemple.
10- Les blogueurs ont-ils le temps de faire du sport ? À part MarieLuvPink, on sait que oui.
11- Bonus. Grâce à moi, transgression, pas de onzième question. Tu peux choisir de conclure comme tu veux.

Les onze heureux élus, car oui, il n’y a pas que des filles, et je rêverais que Barty réponde.

Donc :

Bon courage !

22 octobre 2013

À la chasse au Papillon de Siam !

Récit d’aventures, récit poétique, récit enchanteur. «Le papillon de Siam» de Maxence Fermine, paru aux éditions Albin Michel il y a trois ans est sorti en poche cet été.

Le romancier fait revivre une légende des aventuriers, celle d’un Français téméraire, Henri Mouhot, qui «découvre» la cité maudite d’Angkor, ses «quatre lions sculptés dans le granit».
Alors, les joyaux architecturaux ne peuvent qu’être le fait d’Occidentaux ou révélés par eux, c’est donc par les expéditions de Mouhot que le public, qu’il soit académique ou non, se trouve face à ces reproductions d’une architecture impensable la veille encore.

«Même dans une cage dorée, on ne peut empêcher un papillon de prendre son envol.» Le jeune Henri est très tôt tourmenté par le démon du voyage. Passionné par tout ce qui est au-delà des frontières de Montbéliar, l’intrépide jeune homme part d’abord pour la Russie avant de sillonner l’Asie du Sud-Est (Royaume de Siam, Laos, Cambodge).

«Le papillon de Siam» est un livre court, qui se dévore, (j’oserais presque dire, en un battement d’ailes…), exaltant en quelques chapitres maîtrisés la vie extraordinaire d’un homme à la recherche d’un papillon, mais «tout à la fois naturaliste, ethnologue, hydrographe, cartographe, géographe et botaniste».

À l’heure où s’ouvre au Musée Guimet une exposition («Angkor : Naissance d'un mythe»), qui fait la part belle -et semble-t-il exclusive -à un autre Français : Louis Delaporte, il est d’autant plus intéressant de se plonger dans cette biographie romancée d’Henri Mouhot.
Pour certains érudits, son rôle fut éminent. Ainsi en 1960, Georges Cœdès, spécialiste de l’Extrême-Orient explique : «Il y a tout juste cent ans que le naturaliste français Henri Mouhot visita les ruines d’Angkor. Cet évènement est à l’origine des études khmères, car bien que Mouhot ne fût pas le premier Européen à voir Angkor au XIXe siècle, c’est le récit de son voyage qui attira pour la première fois l’attention sur ses monuments, et éveilla la curiosité du monde savant concernant leur âge, leur origine et leur histoire

Sus au papillon sacré !

궜 «Le papillon de Siam» de Maxence Fermine - Le livre de poche 2013

궜 Georges Cœdès , «L'avenir des études khmères», in : Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 104e année, N. 1, 1960. pp. 367-374

궜 Un autre aventurier sur le blog : l'exploratrice Mary Kingsley

20 octobre 2013

Parade’s End : what is it ?

For short. Une mini-série américano-belgo-britannique, 6 épisodes de 45 minutes, tout juste disponible en DVD chez Koba. La réalisatrice, Susanna White, s'est entourée de jeunes acteurs prometteurs (Benedict Cumberbatch, Rebecca Hall et Adelaide Clemens), sans oublier une petite caution star (Rupert Everett).

Keywords. Première Guerre Mondiale, amours contrariées, aristocratie, évolution des moeurs, droits des femmes.
 
Benedict Cumberbatch est Christopher Tietjens.

Ford Madox Ford. C’est l’auteur anglais, mort en 1939, dont s’est inspiré le scénariste Tom Stoppard pour écrire la série. Je ne connaissais pas cet écrivain, selon Wikipédia évoqué dans «Paris est une fête» (mais je ne m’en souviens pas, argl). Le titre de la série vient de son roman éponyme, «Parade's End» («Finies les parades») disponible chez Carcanet Press. Explication ? A la toute fin de la série, dernier épisode, on annonce aux soldats qui ont survécu, lors de leur ultime rassemblement : il n’y aura plus de parade. Avant cela, on aura suivi les errements du personnage principal, Christopher Tietjens, être de convictions qui lutte héroïquement contre son inclinaison coupable envers une jeune suffragette naïve ; alors qu'il s'obstine à la chasteté conjugale, condamnant son épouse légitime à de multiples aventures (oui, je me moque un peu).
Rassurez-vous, les tranchées vont tout changer au royaume d'Angleterre, comme partout.

Rebecca Hall incarne Sylvia.

«Downton Abbey». Mais oui alors, tout cela, cela ne vous rappelle donc rien ? Bien évidemment, je me suis tournée vers «Parade’s End» dans un moment hautement pénible, celui où pour la centième fois, je constatais qu’il n’était toujours pas légalement possible de regarder la troisième saison en VOST.
But, but, but, si les ingrédients de base sont les mêmes, le changement de monde entre le XIXème persistant, et le XXème, l’aristocratie et ses privilèges plus ou moins décadents, la rupture induite par la Grande guerre, de l’amour, des turpitudes sociales, eh bien,… On ne prend pas assez de plaisir à ce visionnage. Entendons-nous bien : je n’ai pas vraiment vu le temps passer, c’est une belle fresque historique qui propose des reconstitutions de qualité, servie par un jeu excellent (on déteste quasi instantanément la peste qu’incarne Rebecca Hall).
Mais voilà, en comparaison, cela semble une pâle copie de «Downton Abbey». Too bad.
 
Adelaide Clemens joue Valentine.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Peut-être en avez-vous vu la diffusion sur Arte avant l’été !

17 octobre 2013

De bonnes raisons d’aller voir Braque au Grand Palais – et d’autres de s’abstenir.

Disons le franchement, encore une fois j’ai failli ne rien écrire après la visite d'une exposition. Travail toujours ingrat, tâche forcément mieux assumée par un journaliste spécialisé, et travail assez agaçant puisque ne suscitant chez mes lecteurs que de rarissimes commentaires. Cette fois, je me jure de vous faire réagir. Allons-y gaiment.

  
De bonnes raisons d’y aller :

- La dernière expo Braque, vous n’étiez pas né ou absent de Paris (1973-1974 à l’Orangerie), la prochaine, vous serez donc sûrement mort.

- Vous étiez persuadé que les oiseaux stylisés, c’était forcément Matisse. Cette exposition vient, rien que par la force de son affiche, améliorer votre connaissance de l’histoire de l’art.
 
- Du coup, forcément, vous allez en apprendre, sur le fauvisme, le cubisme, l’abstraction, bref, Braque, c’est de la peinture, de la sculpture, des collages, grandes révisions de l’histoire de l’art au XXème en perspective, extraordinairement rentable cette exposition.

-  Braque, né en 1882 et mort en 1963 se réalise pleinement en travaillant avec Picasso. Pourtant, lorsqu'il revient blessé du front de la Grande guerre, leur amitié se brise. Où on comprend aussi comme un courant artistique, cela tient beaucoup à la camaraderie... Pendant la Seconde Guerre Mondiale, travaillant dans l'atelier construit par Paul Nelson, il s'essaie à la sculpture. Cet épisode de sa vie m'a fait penser au film de Fernando Trueba, «L’artiste et son modèle».
 
Georges Braque, L’oiseau noir et l’oiseau blanc,1960 © Adagp

De bonnes raisons de s’abstenir :

- Une expo où le Tout Paris se presse, cela implique d’entendre les gens répondre au téléphone pour préparer le brunch du lendemain pendant que vous tentez de vous approcher des œuvres. Personne n'a rien à dire sur ces dernières, car la promiscuité empêche de dire la poésie de celles-ci.

- Car oui, non seulement vous faites la queue, votre billet coupe-file en main (comme tout un chacun), mais en plus, il y a trop de monde (sauf si vous y êtes allés le lendemain de la nuit blanche, ça ne compte pas).
 
- Le prix du ticket coûte le prix d’une petite monographie d’introduction à l’artiste, par exemple « Le petit Dictionnaire Braque du cubisme en 50 objets », par Dominique Dupuis-Labbé, que vous pouvez lire chez vous, sans enfant brailleur ni vieille personne empiétant sur votre espace vital. Ça fait réfléchir.

Image de mes sources réalisée à partir de l'application mobile "La fabrique cubiste avec Georges Braque" sur Iphone
 
Je vous laisse, maintenant, à votre arbitrage ! Et ceux qui ont vu l'exposition, j'attends vos avis, bien sûr.

Jusqu'au 6 janvier 2014.

Georges Braque
Grand Palais, Galeries Nationales
3 Avenue du Général Eisenhower
75008 Paris

15 octobre 2013

Une place à prendre : chroniques de la détresse ordinaire en Angleterre


On ne présente plus guère l’auteure de la série Harry Potter. Sa propre histoire est un conte de fées (J.K.Rowling était mère célibataire au chômage…), et son nom s’est étalé en grosses lettres un peu partout. Chez quelques réfractaires à la sorcellerie à haute dose, elle n’avait pas encore suscité d’engouement, et c’est donc avec entrain qu’elle a dû s’atteler à les séduire. D’où « The Casual Vacancy », titre traduit par « Une place à prendre ». Paru l’année passée chez Grasset, le gros volume est en ce mois d’octobre lancé par Le livre de poche.


photo © vivelaroseetlelilas

On n’a guère de mal à reconnaître le talent de l’écrivaine : elle capte littéralement son lecteur dans les filets de ce roman fleuve. Très rapidement, on est catapulté à Pagford, petite bourgade située en Angleterre – enfin théoriquement, car la ville est imaginaire. Dans cette petite ville que l’on dirait selon une expression en vogue «  à taille humaine », il y a une vieille abbaye, de vieux us et coutumes, de vieilles bonnes habitudes. Et puis une cité jeune, problématique : les Champs. Frontière spatiale, frontière psychologique, frontière juridique aussi : les Champs relèvent à la fois de Pagford, et de Yarvil, la ville voisine, plus grande, en un mot, la rivale.
 
Dans un périmètre restreint, J.K.Rowling dessine une géographie de la haine, oppressante, qui fait de ce livre un thriller social haletant. Jusqu’à la mort de Barry Fairbrother, un homme politique engagé et intègre, les rancunes étaient là, tapies, les jalousies, cachées, les violences, sourdes. Bien sûr, son décès accidentel les ramène sur la place publique : il va falloir que Barry soit remplacé, et par qui ? Une place à prendre, on l’a dit… Une place à prendre, en politique comme dans les cœurs ! Mais non contentes d’être affichées, haines et jalousies sont décuplées sans cet homme qui agissait comme un filtre social sur tout un chacun. Il n’y a plus son amitié pour rassurer les hommes, charmer les femmes. Sa verve est absente pour maintenir les aides sociales aux Champs, d’où il venait.
Et alors qu’à Pagford on se positionne à l’annonce de cette mort, d’étranges messages sont publiés sur le forum de la ville : le Fantôme de Barry Fairbrother aurait son mot à dire, et autant l’homme vivant faisait consensus, autant son fantôme accroît la zizanie… Les phénomènes surnaturels sont certes la spécialité de J.K. Rowling, mais en l’occurrence, il ne s’agit absolument pas d’un spectre.
Peut-être vous souvenez-vous d’un livre dont je vous ai parlé il y a quelques mois, « La dernière conquête du Major Pettigrew ». Dans ce livre, il était aussi question, de nos jours, d’une bourgade britannique moyenne, avec son lot de médisances, de nouveaux riches, de racisme ordinaire. J’avais trouvé l’intrigue longue, l’histoire trop gentillette.

Ici, malgré le suspens qui nous taraude, j’aurais tendance à reprocher un peu l’inverse, preuve que l’on est jamais tout à fait content, comme lecteur. Car J.K. Rowling ne fait pas dans la dentelle (enfin plutôt dans la broderie anglaise), elle ne nous épargne aucune violence physique, sexuelle, verbale actuellement en cours dans n’importe quelle ville européenne de ce type. Et parfois, cette écriture réaliste file sacrément le bourdon.
 
C’est pourquoi, bien que j’ai dévoré le livre en trois jours, me déplaçant même chez moi d’une pièce à l’autre bouquin à la main pour savoir si Terri allait replonger dans la drogue ou Simon frapper à nouveau son fils, cette atmosphère pesante sinon sordide n’est pas à recommander aux âmes sensibles...


Vous avez la possibilité de gagner chaque jour jusqu'au 27 octobre des exemplaires du livre en vous connectant sur la page Facebook du Livre de poche, ici.


14 octobre 2013

Petit Larousse des Grands Philosophes : révélation du gagnant !

Alors, d'abord, inévitablement : incroyable participation pour une encyclopédie des grands philosophes. Honnêtement,  cela m'a vraiment agréablement surprise, cet intérêt pour la philo !
J'avais vraiment envie de vous faire découvrir l'ouvrage et ça, je crois que c'est fait.
Alors maintenant, évidemment, un seul d'entre vous va recevoir le livre chez lui - c'est la loi du concours.

photo © vivelaroseetlelilas

Excel a tiré le 16ème mail au sort entre tous ceux reçus, et c'est François-Xavier, qui habite Versailles, qui le lira avec attention bientôt. A ce propos, cher François-Xavier, je suis ravie que tu reçoives le livre qui, comme tu es en L, t'aidera sans doute beaucoup. Mais sache que c'est le hasard, et à ce propos, je tiens à remercier pour tous les gentils mots que j'ai reçus, qui m'ont touchée (merci d'organiser le concours, j'adorerais redécouvrir la philo, toussa toussa)... même si, quand je dis que je tire au sort, je tire au sort. Sinon, ça ne serait pas juste.
 
Alors bravo à François-Xavier, et merci à Céline, Paola, Laurie, Lucille (oui beaucoup de filles !), Pierre, Youssef, Ludo, Nicolas... je ne peux pas tous vous citer. Sachez que la saison des concours n'est pas prête de se terminer, alors revenez vite, et les déçus du tirage peuvent compulser l'ouvrage en bibliothèque - ou l'acquérir !

«Le petit Larousse des grands philosophes», d'Hélène Soumet et al. - Larousse 2013

12 octobre 2013

Rentrée littéraire 2013 #5 : Cécile Coulon, Le rire du grand blessé

La valeur n’attend point le nombre des années, et on peut en trouver un exemple flagrant en la personne de Cécile Coulon, qui n’a pas terminé ses études de Lettres Modernes mais publie, en cette rentrée littéraire 2013, son -déjà- sixième texte.

«Le rire du grand blessé» est un court roman, 132 pages d’urgence à dire l’autoritarisme terrible vers lequel nos sociétés occidentales se dirigent à grand vitesse.

«Le rire du grand blessé» est donc un roman d’anticipation noir, une dystopie dans la veine des maîtres du genre, les critiques l’ont dit, Ray Bradbury n’est jamais loin et l’ombre d'Aldous Huxley comme de George Orwell planent.

Mais Cécile Coulon invente sa propre histoire, celle d’un membre exceptionnel du Service National, police qui veille à l’organisation de lectures publiques («Manifestations à Haut Risque») pendant lesquelles sont déclamés des textes calibrés pour plaire à de grandes masses.
En effet dans cet État - volontairement innommé -, à cette époque - volontairement indéterminée -, la littérature a disparu. Seuls sont autorisés des livres «Frissons», «Haine», «Fous Rires», etc. 
 
Les membres du Service National sont engagés à de nombreuses conditions, leurs aptitudes physiques étant déterminantes, mais la condition sine qua non est fondamentale : ils doivent être analphabètes. Ainsi, leur gestion de ces divertissements chronométrés est implacable.
Un jour, un jeune homme pauvre à la volonté de fer devient 1075 au moment de son intégration dans le Service National…

«1075 détestait les hommes libres, parce qu'ils ne possédaient rien, et qu'ils en étaient fiers.»

Je me refuse à divulguer des éléments supplémentaires de l’intrigue : ce roman est un des plus réussis que j’ai lus depuis quelques temps, un de mes coups de coeur de la rentrée littéraire, et vraiment, je vous le conseille. Mais comme je l’ai indiqué, il est court, tient presque de la forme brève avec ses petits chapitres condensés, ramassés, percutants, et je ne voudrais pas gâcher le plaisir du suspens.
Le régime totalitaire imaginé par l’auteure n’advient pas à cause d’une crise financière, il est l’enfant de la peur, et, vous le découvrirez, l’enfer étant pavé de bonnes intentions, le fruit pourri du dévoiement d’une idée humaniste.

«Le rire du grand blessé», Cécile Coulon - Viviane Hamy 2013

Cécile Coulon

«Enfin venaient tous les gosses qui avaient grandi sans passer par la case alphabet ; des petites frappes rusées, rapides, prêtes à tuer pour se retrouver sur le parking d’un stade. La promesse d’un salaire, d’une reconnaissance sociale à la hauteur des humiliations vécues effaçait les douleurs à venir. Peu importait. Ils avaient tous entendu parler d’un type comme eux, promis à la chute, devenu riche à ne plus savoir quoi faire de l’argent, l’espace, le pouvoir qu’on lui avait octroyés en contrepartie de son ignorance.»

6 octobre 2013

Mauvais Genre : questionnement du masculin et du féminin durant les années folles

Lorsque j’ai vu la couverture de cette BD et son bandeau rouge, j’ai tout de suite su de quoi il retournait. En effet, intéressée par les questions de genre, cela m'a rappelé la publication des travaux l'ayant inspirée.
 
Sous le titre de «La garçonne et l'assassin», Fabrice Virgili et Danièle Voldman, deux historiens, se penchaient dans un ouvrage universitaire mais au sujet extravagant sur un couple hors normes.
 
Ce livre de microhistoire (rappelons qu’il s’agit d’un courant de l’histoire dont l’étude porte sur les individus et les petites communautés humaines) est celui de Paul Grappe et Louise Landy. Ce couple fascinant montre, encore une fois, que la réalité dépasse toujours la fiction.
 
Pourquoi ? Mais parce que tout de même, dix ans de travestissement d’un déserteur, cela semble tellement incroyable qu’il faut bien l’érudition de chercheurs et leurs archives pour que l’on puisse y croire.


Louise et Paul se marient peu avant la Grande Guerre. Paul, traumatisé par les tranchées et les gueules cassées, déserte au bout de quelques mois. Fatalement contraint à la clandestinité, il se travestit, aidé en cela par sa femme, qui l’accompagne également dans ses sorties érotiques au bois de Boulogne. Alors que battent les années folles, Louise et Suzanne ce sont finalement deux garçonnes colocataires, pour qui tout bascule à nouveau lorsque les déserteurs sont enfin amnistiés et que Suzanne peut redevenir Paul…
 
Ce qui ne va pas sans mal, sans heurts pour Paul, qui renoue avec la virilité. Il s’explique dans la presse, en disant d’abord qu’au moment de l’aministie, il a été délivré de la tyrannie des jupes. Mais ensuite, combien cela est complexe de «redevenir un homme» lorsqu’on a passé tant de temps à copier la démarche, les attitudes et comportements féminins qu'ils en sont devenus naturels : on ne peut s’en défaire facilement. Et puis, c’est sa jeunesse aussi, puisque Paul fut Suzanne Landgard de 24 à 34 ans... Cependant, il n'échappe pas à une fin tragique : très alcoolique, violent, il finit tué par Louise lors d'une énième altercation.
 
 
Il était assez logique qu’un artiste ait envie de s’inspirer de destins aussi romanesques.
 
Chloé Cruchaudet a relevé le défi de l’adaptation haut la main dans «Mauvais Genre», un titre qui recèle toutes les ambiguïtés de Paul, mais aussi celles de Louise…

La BD, roman graphique par la beauté de sa mise en forme, variée, ses cases estompées ou inexistantes (de vrais pastels !), l’attention portée à un dessin soigné, méticuleux, est une très grande réussite.
Alors, oui, l'auteure prend quelques libertés. Mais les adaptations libres de cette qualité donnent envie de jouer les prolongations, et l’on n’en sait que davantage gré à Chloé Cruchaudet.

«Mauvais Genre» de Chloé Cruchaudet - Delcourt Mirages 2013

«La garçonne et l'assassin» de Fabrice Virgili et Danièle Voldman - Payot 2011

Edit : L'album a reçu le prix Landerneau BD 2013. Cette année le jury était présidé par Joann Sfar. L'album a également reçu le Grand Prix de la Critique 2014 de l'ACBD, notamment devant Annie Sullivan & Helen Keller, ainsi que le prix de la meilleure BD 2013 décerné par le magazine Lire.