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7 septembre 2013

La beauté terrible de Frida Kahlo : la boulversante biographie de Gérard de Cortanze


C’est un autoportrait aux cheveux coupés. Frida est assise sur une chaise, une chaise simple mais presque dorée. Elle est habillée comme un homme, chemise, costume ample et sombre. De longues mèches de cheveux noirs parsèment le sol brun et Frida tient encore ses ciseaux dans une main, s’apprêtant à lâcher les derniers cheveux coupés de l’autre.
Cet «autoportrait aux cheveux coupés» est un des multiples de l’artiste. Il tranche avec la couverture du livre que lui consacre Gérard de Cortanze, qui, en utilisant les mots de Yeats, appelle Frida Kahlo «la beauté terrible».

Au contraire, la couverture de la biographie montre une femme se coiffant avec superbe, la féminité triomphante.
Frida Kahlo a été ces deux femmes, et bien d’autres encore. Avec ses peintures, elle n’a eu de cesse d’interroger sa personnalité, son intériorité, d’exposer ses fantasmes et ses douleurs. Des douleurs, comme sa beauté, terribles.

L’artiste mexicaine, adulée aujourd’hui, a longtemps été cantonnée dans l’ombre de l’ogre Diego Rivera, mari indigne à laquelle elle voua toute sa vie une passion masochiste. Incroyable rescapée d’un atroce accident de tramway, la colonne vertébrale brisée, elle vécu corsetée au sens propre - ce qui ne l’empêcha jamais de créer, même allongée, alitée, des toiles inoubliables.




C’est cette vie passionnée mais souvent triste à pleurer que Gérard de Cortanze fait revivre dans un essai brillant, récemment paru au Livre de poche.
Ce n’est pas, contrairement à «Fragonard, l’invention du bonheur», une histoire romancée ; ainsi, pas de détours lorsqu’il s’agit pour l’auteur de prendre position : nous savons lorsqu’il s’écarte d’une biographie précédente, et ses thèses sont exposées avec précision. J’ai été particulièrement intéressée par les développements consacrés à la parenté présumée de la peinture de Frida Kahlo avec le surréalisme, ce que réfute avec vigueur l’auteur : « La peinture de Frida Kahlo, tout comme les gravures de Posada, excèdent les codifications surréalistes. Les mythes précolombiens, les rites afro-américains, le goût du baroque, les masques du syncrétisme religieux, propres à l’Amérique latine […] font partie de la vie quotidienne, participent d’un même courant culturel qui lie mythe et réalité, raison et imagination, rêve et état de veille.»

Cette érudition n’est absolument pas un frein à la lecture, disons-le d’emblée : elle sert un récit vif, enlevé, admiratif de la femme combative qu’a été Frida Kahlo : une écriture subjuguée par la peinture d’un des artistes mexicains les plus fascinants.

Il ne me reste, comme vous, bien informée, qu’à courir à l’exposition qui va s’ouvrir à Paris à l’Orangerie, en octobre. Un évènement qui propose de découvrir les oeuvres rassemblées du couple : nul doute que l’on y verra les feux flamboyants de la passion de Frida éclipser les oeuvres de son prosélyte de mari, pour le meilleur et surtout le pire.



5 commentaires :

  1. Fascinante note de lecture Camille.
    Je vais courir acheter ce livre !
    Merci

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  2. Une lecture épatante. J'ai vraiment dévoré ce livre avec passion ! Je crois que cette femme ne cessera jamais de me fasciner. J'ai ajouté un lien vers ton billet sur mon blog.

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  3. Frida fait partie de ces femmes qui toutes leur vie on essayer de refréner leur moi intérieur. Elle n'y est jamais arrivé d'ailleurs, elle avait en elle une richesse créative et artistique bien trop importante pour être caché, même pour faire plaisir la bienséance, à sa famille ou pour ne pas faire de l'ombre à un homme. A chaque tentative elle finissait par souffrir à vouloir s'oublier et outre cette souffrance physique du à sa colonne vertébrale brisé elle souffrait de la souffrance psychologique des femme qui essaye de cacher leur nature sauvage et profonde. Elle c'est d'ailleurs souvent perdu dans les affres de l'alcool, du sexe et du masochisme amoureux. Et a chaque fois son souffle créatif à exprimé ses doutes, ses peurs et ses souffrances sur la toile, pour nous laisser de sa vie tumultueuse et passionnée des œuvres intenses.
    Merci pour ces articles toujours aussi passionnant, j'ai toujour plaisir à vous suivre.

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