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28 septembre 2013

Rentrée littéraire 2013 #4 : Yves Tubergue, Le crépuscule d’un monde

C’est cette France «de 36 à 68 chandelles», comme la chantait Ferrat, qui est l’objet du livre d’Yves Tubergue : «Le crépuscule d’un monde», publié chez Plon.
Ce roman se veut l’écho de la classe ouvrière, dont les ouvrages de sciences sociales se demandent si elle existe encore. L’auteur répond par les errements existentiels et autres hésitations morales de David Martin, fils d’un ouvrier tué lors d’une marche en 68, descendant d’un grand-père artisan et d’un arrière-grand père qui se remémore avec autant d’ironie que de nostalgie les luttes de 36.
David a aussi un oncle qui est parti sous le soleil de la corruption marseillaise, et qui à la fois attire et répugne le jeune homme. L’oncle René pense qu’ «On n’améliore pas la condition ouvrière. Elle est ce qu’elle est depuis toujours, pour toujours. On y crève ou en s’en échappe. On n’y échappe pas, tu entends, on «s’en» échappe, et il n’y a pas deux solutions. Tu te démerdes sans regarder sur les moyens.»

David tente de suivre ce conseil auprès de lui, pendant quelques temps, mais n’y parvient pas. David ne parvient d’ailleurs à rien. Il ne reste pas plâtrier auprès de son grand-père, ne parvient pas, dans les premiers temps du roman, à penser à son père, il ne parvient pas non plus à rendre son amoureuse heureuse, ni sa mère d’ailleurs. Il y a des choses qu’il ne parvient pas à faire, d’autres qu’il refuse de faire, de rester à l’armée par exemple, alors qu’il est un des rares pour qui c’est une expérience positive.

Et le lecteur ? Le problème, c’est que si David ne parvient pas à grand-chose, l'auteur ne parvient pas non plus à nous passionner.
Alors si j’ai bien compris que ce «Crépuscule d’un monde» est une sorte de requiem pour le monde ouvrier, d’hommage à ces hommes et ces femmes qui ont accepté, qui acceptent encore d’être soumis à la discipline de la chaîne, d’hommage ému à ces familles pour qui le début du mois n’est guère plus brillant que sa fin, il reste l’intérêt de l'intrigue
. L’intrigue, ce n’est pas rien dans un roman, n’est-ce pas.

Ainsi tous les bons sentiments que je peux partager avec l’auteur, toutes ses descriptions incroyablement réalistes et touchantes du quotidien ouvrier n’y font rien : je me suis franchement ennuyée. Les rebondissements bégayants, le coup de foudre le soir du 10 mai 1981, bref je ne vais pas développer davantage : malgré tout l'intérêt que l'on peut porter à ce sujet des luttes sociales, il reste qu'on cherche dans une œuvre romanesque autre chose que dans un ouvrage de sociologie.
 

26 septembre 2013

Colours In The Dark : Tarja porte toujours haut le romantisme noir

Tarja. Replaçons le décor d’origine. Fin des années 90.
Après un premier album qui alerte l’oreille des spécialistes métal, «Oceanborn» dissipe l’hésitation : Nightwish, groupe de métal symphonique, est bien la figure de proue d’un courant qui n’aura de cesse de diviser, entre détracteurs du métal-sympho-forcément-à-chanteuse-superbe et amateurs de vocalises sur métal plus ou moins «néo» (plus ou moins affranchi des années 70, fondatrices à en devenir envahissantes).
 
Le clivage s’installait : jusqu’ici, les chanteuses de métal ou de hard-rock faisaient comme les mecs, de Doro à Lita Ford : bières et blagues de cul assénées d’une voix cassée par des excès revendiqués, futals de cuir usés.
 
Avec Tarja et puis, très rapidement, Sharon den Adel (Within Temptation), Simone Simons (Epica), Liv Kristin (Leaves’ Eyes), c’est l’affirmation de la féminité de chanteuses lyriques stars, maquillées, décolletées, photoshoppées. La belle dans un monde de bêtes ? La bataille continue entre métalleux, comme sur les sites spécialisés dans les études de genre.

Revenons à Nightwish. Après la parution de «Once», en 2004, une tournée triomphale, l’éviction grossière et ingrate de la chanteuse Tarja Turunen par le reste du groupe crée une rupture entre les fans. Il y a ceux qui continuent d’écouter Nightwish - et ceux qui choisissent Tarja. J’ai choisi Tarja.

Chose que je n’ai guère regretté : «My Winter Storm» comme «What Lies Beneath» sont des albums somptueux et après tout, c’est elle qui a chanté pour l’anniversaire de l’indépendance de la Finlande.

Maintenant que le décor d’origine, comme l’actuel, est à peu près dressé, il faut dire que depuis quelques semaines est sorti le troisième album de la chanteuse, «Colours In The Dark». J’avais quelques inquiétudes, parce que son titre comme les annonces prédisant des «éléments nouveaux» dans le style de la chanteuse m’inquiétaient presque. En effet, si Tarja passe pour réactualiser régulièrement ledit style, cela n’est repérable que pour les passionnés, alors si de véritables évolutions... bref. Inquiétude cependant rapidement évacuée : l’album s’ouvre par un titre calqué sur le Boléro de Ravel. On est donc en terrain connu, et, bien heureusement, rien de nouveau sous le soleil (noir). La majorité des titres, comme celui-ci, sont efficaces, avec des refrains entraînants... jusqu’au spleen.

Même lorsque les titres sont presque pop, cela reste dark («500 letters», et évidemment le très énergique «Never enough»). On ne peut pas en dire autant de certains groupes de la mouvance goth-sympho - dont on taira, par amabilité, les noms. Les ballades sont également de grande qualité, évoquant des duos passés inoubliables, comme sur «Walking with the angels» avec la blonde Doro. À propos de duos, dans un pied de nez magnifique à Nightwish, Tarja chante avec Sharon den Adel de Within Temptation -rivaux éternels- sur le single éponympe de l’EP du groupe “Paradise (What About Us?)» qui sortira demain.
 
Tarja & Sharon
 
Certainement peu objective à propos d’une artiste que j’admire depuis si longtemps, je comprends assez mal les critiques à propos de morceaux comme «Mystique voyage», chanson mélancolique qu’il faut prendre le temps d’apprécier et dont le psychédélisme n’est pas si marqué qu’on veut bien le dire - que les contempteurs se replongent dans les volutes de véritables morceaux de ce genre, et reparlons-en.

Par ailleurs, ce qui ne gâche rien, comme sur ses deux précédents albums solos, Tarja bénéficie d’une production impeccable, léchée, derrière laquelle on devine son perfectionnisme exacerbé.
Enfin, pour les pénibles, Tarja poste désormais des photos d’elle sans make-up sur Facebook. Et alors que sévit la mode de la licorne et du papier irisé, on salue l’abandon de la saturation en bleu et violet de toute image la représentant.



Dates de tournée en France :  
4 novembre - Paris / Bataclan
3 février 2014 - Toulouse / Bikini
4 février 2014 - Marseille / Espace Julien
6 février 2014 - Lyon / Transbordeur

«Paradise (What About Us?)» - Within Temptation, BMG Rights 2013

24 septembre 2013

Le petit Larousse des grands philosophes : la rentrée de la sagesse ! + concours

C’est la rentrée, vous avez pris plein de bonnes résolutions, vous vous êtes inscrits au sport, vous vous remettez à la muscu, bravo. Et la petite gym de l’esprit ?
Si vous avez oublié de vous en soucier, Larousse a pensé à vous avec un très bel ouvrage, un «beau livre» bien comme il faut, belle maquette, textes clairs (merci aux auteurs), illustrations bienvenues.

«Le petit Larousse des grands philosophes» n’est pas un ouvrage universitaire d'approfondissement, c’est véritablement un livre-panorama que l’on peut feuilleter au hasard, pour (re)découvrir un philosophe. L’histoire de la philo est en effet déroulée depuis ses origines grecques ou chinoises jusqu’à Michel Foucault, et nul besoin de se souvenir par coeur de ses cours de terminale : la pédagogie des introductions aux grands courants vous y replace tranquillement…
Néanmoins, pour les aspirants bacheliers le livre sera tout aussi profitable, tous les philosophes au programme y figurent en bonne place !

photo © vivelaroseetlelilas

Le côté vintage, tout à fait rassurant de la couverture, cette peinture de Diderot par Van Loo et l’étiquette évoquant de célèbres confitures vous donne définitivement envie de tourner les pages de ce bel aide-mémoire, infiniment plus glamour qu’une certaine collection noire et jaune.

Bien qu’un tel ouvrage puisse paraître ambitieux, «Le petit Larousse des grands philosophes» a l’immense mérite de nous aider à replacer les philosophes dans l’histoire de la discipline. Comme les chapitres sont courts, ce vaste panorama permet vraiment au lecteur d’appréhender facilement les accords et désaccords conceptuels, et c'est ce que j'ai le plus apprécié.

Et c'est ce que je vous propose de (re)découvrir avec moi, car grâce à Larousse vous pouvez gagner un exemplaire de ce beau livre ! 
Point de question cette fois-ci : envoyez-moi tout simplement vos coordonnées postales à mon adresse, vivelaroseetlelilas[@]gmail.com, et la chance sera peut-être avec vous !

Vous avez jusqu'au mardi 8 octobre pour rendre votre copie...

«Le petit Larousse des grands philosophes», d'Hélène Soumet et al. - Larousse 2013

22 septembre 2013

Interview de Patricia Reznikov - La Transcendante , Rentrée littéraire 2013 #3 bis

Après le billet sur «La Transcendante» de Patricia Reznikov, l’auteure se livre ici au jeu des questions réponses…
Merci encore à elle et bonne lecture !


1- Votre choix de « La lettre écarlate » pour guider votre héroïne, Pauline, se fait plus évident à mesure que la lecture progresse. Mais sans trop en dire sur ce lien, ce livre occupe-t-il depuis longtemps une place éminente dans votre bibliothèque ? Y a-t-il un autre livre de Hawthorne que vous aimez ?

J’ai découvert « La lettre écarlate » lorsque adolescente je lisais les grands classiques de la littérature anglo-saxonne. Elevée dans une maison bilingue, où l’on parlait le français et l’anglais, par des parents férus de littérature, j’ai eu accès très tôt aux grands auteurs des deux cultures. « La lettre écarlate » reste pour moi un chef-d’œuvre absolu qui m’a profondément marquée à cause de son caractère universel, de son approche du bien et du mal, de sa vison profondément tragique et romantique et de son extraordinaire humanisme. C’est un roman très « américain », mais aussi paradoxalement très européen puisque Hawthorne a situé l’histoire d’Hester Prynne, son héroïne, dans un Boston encore très fruste, dans les années 1640, une génération à peine après l’arrivée des pèlerins du Mayflower. Ses habitants sont encore des Anglais qui ont bravé l’Atlantique afin de recommencer une vie au Nouveau Monde et de pratiquer leur foi librement. Ils y ont crée une communauté puritaine, austère et exigeante, qui devient elle-même rapidement intolérante et violente. Ce sont des hommes et des femmes neufs, mais pétris d’anciens préjugés. Il faut imaginer ces bostoniens en vêtements du XVIIe siècle, dans un Boston de rues boueuses et de maisons très simples, dominé par l’église en bois. La merveilleuse Hester, mise au ban de cette communauté parce qu’elle a osé aimer un homme, condamnée à porter cette lettre d’infamie cousue sur son sein -le A écarlate pour « Adultère »-  et qui doit trouver en elle les ressources nécessaires pour ne pas sombrer, pour réinventer sa vie, parle à toute adolescente qui se sentirait différente,  incomprise, ou amoureuse, ce qui est souvent le cas à cet âge !
« La maison aux sept pignons » est un autre très beau roman de Hawthorne, écrit juste après « La lettre écarlate ». Il y aborde le thème du mal trans-générationnel, de la culpabilité, de l’expiation. Si l’on se rend à Salem, ville de naissance de l’écrivain, à quelques kilomètres de Boston, on peut voir cette fameuse maison encore debout. Elle appartenait à l’une de ses cousines. Il s’en est inspiré pour créer une atmosphère de mystère et de malédiction très envoûtante.

2- À la fin de « La Transcendante », Pauline raconte « La lettre écarlate ». C’est une forme de thérapie, car elle sait très bien que son interlocuteur connaît ce livre. Néanmoins conseilleriez-vous de lire « La Transcendante » si l’on n’a pas lu le livre de Hawthorne ?

L’hommage à « La lettre écarlate » constitue un parmi plusieurs thèmes que j’aborde dans le roman. Je crois que mon livre est suffisamment indépendant du chef d’œuvre de Hawthorne pour pouvoir être lu seul. Mais il constitue aussi, j’espère, une introduction possible, modeste et forcément subjective à l’œuvre, à la vie de Hawthorne et de ses amis transcendantalistes et à l’environnement intellectuel et littéraire extraordinaire de l’Amérique des années 1850. Si je fais finalement raconter le roman par Pauline c’est, comme vous l’avez si justement dit, aux fins d’une thérapie. Mais c’est aussi, outre le plaisir égoïste d’approcher de l’œuvre au plus près, pour permettre au lecteur de comprendre de quoi il s’agit, de s’imprégner de la puissance et de la poésie du récit de Hawthorne.
 

graphisme © vivelaroseetlelilas

3- « La lettre écarlate » selon Georgia, est un livre sur la souffrance. Mais c’est aussi un livre sur l’art : la lettre qu’arbore Hester à sa sortie de prison est magnifique. Comme chaque artiste, selon Freud, elle a sublimé sa souffrance dans une œuvre. Pauline, elle, est graphiste. C’est aussi une artiste. Vous êtes-vous amusée à créer ce parallèle, ou bien est-ce votre immersion dans l’œuvre de Hawthorne qui vous y a amenée, par hasard ? Est-ce parce que Pauline, c’est un prénom qui commence comme le vôtre, et que vous avez été vous-même graphiste ?

Ce n’est bien sûr pas tout à fait un hasard si le prénom de Pauline commence par la même lettre que le mien et si j’en ai fait une graphiste, alors que j’ai été moi-même illustratrice pendant des années. Il y a toujours une grande part autobiographique dans mes livres, même si rien n’est livré de façon directe et que tout passe un processus de transformation. Il faut à mon sens pour créer une oeuvre se réinventer ! Quant à la sublimation par l’art, il est évident que la littérature, comme les autres formes d’expression, est un « lieu » qui nous permet, en tant que lecteurs, d’avoir accès au « vécu » sublimé de l’écrivain et d’y trouver des clés de lecture du monde pour mieux comprendre nos vies. C’est un miroir que nous tend l’artiste où nous nous retrouvons, dans la même humanité, dans une fraternité de destin, où nous pouvons confronter nos expériences existentielles. Nous comprenons alors que nous vivons les mêmes choses, sous les mêmes cieux, même à des siècles d’écart !

4- « La lettre écarlate » est souvent présenté comme un texte fustigeant le puritanisme de l’époque de Hawthorne. Lui-même, selon la préface de Julien Green, se lavait pourtant les mains avant de lire les lettres de sa fiancée. Cela n’a-t-il pas été ardu de passer autant de temps en si stricte compagnie ?
 
Le Nathaniel Hawthorne qu’il m’a été donné de côtoyer à travers ses œuvres, dans les éléments de biographie et sur les sites même où il a vécu, m’est apparu éminemment sympathique et humain ! C’est l’homme amoureux de sa femme Sophia avec qui il eut toute sa vie une relation merveilleuse, passionné par ses enfants, à l’écoute de leurs jeux, de leurs mots, allant jusqu’à écrire cette petite chronique touchante des trois semaines passées en tête à tête avec son fils Julian et le lapin de la famille (« Vingt jours avec Julian et Petit Lapin, par Papa ») qui m’a intéressé. C’est l’ami fidèle des Transcendantalistes, Emerson, Thoreau, Bronson Alcott, Margaret Fuller et d’autres, avec qui il partage tant de conversations, qui m’a touché. C’est aussi le jeune homme mélancolique, dont les écrits se vendent mal les premières années, puis l’homme mûr et vieillissant qui se désespère de la situation de son pays, en pleine Guerre de Sécession. C’est justement pour lutter contre la mainmise des pasteurs unitariens de l’université de Harvard dans les années 1830 que les Transcendantalistes ont souhaité une société plus libre, plus fraternelle, plus juste. Ils ont été des romantiques, des utopistes, des écologistes avant la lettre. Ils ont vécu en communauté, ont été végétariens. Ils ont été abolitionnistes et ont cru dans l’éducation et un certain féminisme. Ils ont été les premiers hippies, en somme !

5- Les Iroquois et leurs canots n’ont-ils pas été une récréation à contrario ?

En fait d’Iroquois, ce sont des Pokonohawsetts, une tribu que j’ai inventée de toute pièce en m’inspirant des tribus existant dans le Massachusetts. Si ces Pokonohawsetts sont là, c’est pour rappeler que les Etats Unis se sont fabriqués sur un génocide sans précédent, puisque tous les peuples amérindiens autochtones ont été spoliés, déplacés, décimés par les maladies apportées par les Blancs, convertis de force, parqués dans des réserves, anéantis ou assimilés. Le personnage de Blake, l’homme qui sauve Pauline des griffes du libraire-cyclope, est un philosophe qui s’intéresse aux cultures amérindiennes. Il est lui-même descendant d’immigrés russes, comme ma propre famille, et il fait le chemin à l’envers, vers les origines de l’Amérique, puisqu’il se préoccupe de la philosophie de vie de ces indiens Pokonohawsetts. Quant aux canoës, c’est une bonne manière pour Blake de proposer une promenade romantique et métaphysique à Pauline sur le mythique lac de Walden !

6- Avez-vous écrit ce livre d’après une idée récente, ou est-ce une œuvre que vous portez en vous depuis longtemps ? C’est une question tarte, mais que j’avais envie de poser !

Il n’y a jamais de questions tartes ! Je portais  cet amour pour « La lettre écarlate » en moi depuis longtemps. Mais je commence rarement l’écriture d’un livre avec une idée précise en tête. J’ai donc d’abord relu l’oeuvre avec l’idée vague de me rendre à Boston, pour me confronter aux lieux du roman et ceux de son auteur. Ce faisant, je me suis naturellement plongée dans des biographies. Les maisons, les lieux visités, tout hantés par la présence de Hawthorne et des siens, m’ont beaucoup parlé. Les lieux, l’ailleurs, les voyages, sont toujours pour moi une grande source d’inspiration. Une fois revenue à Paris, j’ai commencé à écrire sans très bien savoir ce que j’allais exactement dire de ce chef-d’œuvre. Je me suis laissée porter par l’inspiration et la magie de l’oeuvre  et j’ai laissé les  choses « remonter » à travers le filtre de mes souvenirs, de ma sensibilité, de mon inconscient. Les personnages sont apparus peu à peu, et le tout s’est « tricoté » de lui-même. C’est un processus difficile à expliquer mais qui m’émerveille toujours !

7- Votre livre, finalement, est un livre optimiste. « After all… tomorrow is another day » ?

Il me semble que je suis depuis toujours « branchée » sur le tragique de la vie. Et pourtant, mes livres sont souvent ressentis comme des livres optimistes, apaisants ! Tant mieux ! Même si je ne suis pas sûre d’être moi-même une optimiste tant le réel me paraît souvent effroyable. D’ailleurs mes personnages sont souvent des gens bancals, cabossés par la vie, à la fois blessés et extravagants parce que leur vécu douloureux les a forcé à se réinventer, à trouver en eux une force créative et leur a donné une vision particulière, « transversale » de l’existence. Mais ce dont je suis convaincue, c’est que la vie nous offre suffisamment d’expériences, belles ou douloureuses, pour nous métamorphoser et nous accomplir. Jusqu’au bout nous pouvons nous transcender, transcender la souffrance et en tirer des leçons de vie. Et nous créer nous-mêmes. Là se trouve peut-être mon optimiste… Alors, yes, tomorrow is another very interesting day…

19 septembre 2013

La Transcendante : sur les traces de Hawthorne, une bibliothérapie fervente - Rentrée littéraire 2013 #3

Récemment inscrit sur la liste du Renaudot, le dernier roman de Patricia Reznikov est un livre audacieux. Car il fait écho, plus de 150 ans après l’écriture de «La lettre écarlate» de Nathaniel Hawthorne, à ce chef d’oeuvre de la littérature américaine. Pour celles et ceux qui auraient séché les cours de Lettres, ce roman raconte l’histoire d’Hester Prynne. Reconnue coupable d’adultère, elle échappe de peu à la sentence de mort, à laquelle est substituée une peine d’infamie : l’apposition de la lettre «A» sur la poitrine, afin que chacun sache de quel crime elle s’est rendue coupable.

«La Transcendante», c’est le roman d’initiation d’une femme, Pauline, qui croit avoir tout perdu. Dans l’incendie de son appartement, tout a brûlé. Presque tout, et, c’est certain, l’essentiel : sa bibliothèque… «Tous les auteurs que j’aimais, ceux qui m’avaient aidée à me construire, ceux qui m’avaient accompagnée comme une famille, ceux qui avaient bercé mes moments de solitude, tous sont partis en fumée.» Néanmoins, le destin, ou le hasard, peu importe, a préservé un seul ouvrage : cette «Lettre écarlate» que Pauline souhaitait relire. Ne sachant comment réapprendre à vivre, Pauline part à Boston, sur les traces de Hawthorne.


graphisme © vivelaroseetlelilas
 
Au début du roman, Patricia Reznikov ne dévoile rien sur son héroïne. C’est alors que celle-ci se confronte de nouveau à l’altérité, à l’amitié, que le lecteur la découvre peu à peu.

Quel est le sens à donner à ce livre épargné par les flammes ? Pauline le cherche douloureusement, guidée par une bonne fée, Georgia, qu’elle rencontre très vite après avoir atterri de Paris, encore «hibou délogé de son trou». Georgia, une bonne fée, presque une mère pour Pauline, mais qui compose avec ses démons, elle aussi. Parfois, Pauline la retrouve grimée en homme, en élégante, et même, en petite-fille. Georgia est un très beau personnage, que j’ai trouvé extrêmement émouvant. Pauline est triste, égoïste dans sa douleur. Il est facile de se reconnaître dans son personnage, contemporain. Georgia est une pure créature de fiction, un être comme il n’en existe guère autour de nous. Elle prend Pauline par la main, au sens propre comme au figuré. Elle se dépasse pour elle. L’emmène sur les traces des Transcendantalistes, ce «mouvement qui voulait prolonger la ferveur des premiers puritains et l’ardeur libertaire de l’Indépendance». Comme le vieux professeur qu’elle est, elle convoque Emerson, elle invoque les pérégrinations de Thoreau. Pauline finit par pousser, à nouveau, la porte d’une librairie. L’espoir renaît.

Je n’en dévoilerai pas davantage sur cette intrigue. C’est à un voyage en Nouvelle-Angleterre qu’elle invite, pour marcher à notre tour dans les pas de Hawthorne, nos pas guidés par la Georgia que l’on découvrira - forcément.

Ce week-end, vous pourrez lire une interview de l'auteure !
 

16 septembre 2013

Une chanson pour ma mère : veillée funèbre délirante dans les Ardennes


Dans les Ardennes, une réunion de famille improbable (la famille, la réunion), se prépare sous la forme d’un adieu à la matriarche du clan.
Bien que fort dissemblables, les enfants de la vieille dame se retrouvent bon gré mal gré embarqués tous ensemble dans une aventure rocambolesque : le kidnapping de Dave, chanteur adulé de la mère, qui se trouve donc pris en otage par cette famille qui rêve de faire tomber quelques paillettes disco sur une fin de vie grisâtre.
 
Pour une fois, c’est une comédie qui ne se déroule pas entre le 16ème et Deauville. C’est une famille rurale, avec un prêtre ayant fait vœu de silence, un agriculteur et une femme de croque-mort. Dave, dans son propre rôle, joue l’autodérision à fond, pour  un chanteur qui fut ultra-adulé, et que l’on promène de maisons de retraite en salles de foyers ruraux pour crânes dégarnis.

Alors, évidemment, il y a deux façons de regarder ce film. Soit on boude ce scénario qui ne vend pas de rêve hollywoodien, ne présente aucune bombe au générique ni aucune bagnole hors de prix et présente en guest-star un has-been assumé. Soit on se marre à la belge avec le réalisateur, grâce au talent des comédiens, Patrick Timist, Fabrizio Rongione, Sylvie Testud, Guy Lecluyse et la vitalité ironique de Dave.
J’avais raté le film en salles. Boudé autant par la critique qui avait trouvé le long-métrage incongru, que par le public qui n’y avait visiblement pas vu de grand intérêt, il n’était pas resté sur les écrans des salles obscures. Je me suis rattrapée le mois-dernier, lors de sa sortie en VOD.
 

Les ravisseurs à la tarte.


Et, franchement, entre rires et larmes, « Une chanson pour ma mère » est un film attachant, avec des gags vraiment originaux et, oui - incongrus. Tant mieux.

10 septembre 2013

Une vie à lire : les 60 ans du Livre de Poche s'exposent !

60 ans : le Livre de Poche fête dignement cet anniversaire en investissant de ses couvertures mythiques l’espace éphémère de l’espace littéraire Louis Vuitton, qui occupe les murs laissés libres par la librairie Hune, je vous en ai déjà parlé.
60 ans donc de tirages bon marché, d’iconiques couvertures, d’aventures éditoriales et de collaborations artistiques que l’on qualifierait aujourd’hui de «pointues»…

Qu’y a-t-il donc à voir dans ce petit espace d’exposition ? Essentiellement deux choses, une belle frise chronologique, et des maquettes de couverture, présentées en collaboration avec l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (l’IMEC).

Cette frise qui court le long des murs de l’espace littéraire replace les couvertures célèbres, les succès de la maison dans le contexte de l’époque : prix littéraires, évènements culturels : prix unique du livre, films ou séries télé inoubliables (la saga des «Rois maudits»…).
Évidemment, rien d’exhaustif : sur les 20 000 titres déjà publiés, il y a fallu faire un travail subjectif de sélection, qui touche le lecteur-visiteur dans ce qu’il connaît.



C’est bien dans cette vieille édition verte que j’ai lu «la Chatte» de Colette, je m’en souviens comme c’était hier : ça fonctionne aussi pour mon voisin, qui visiblement se rappelle cette couverture presque érotique du livre de Steinbeck, «Des souris et des hommes».
Des illustrations qui ont le pouvoir de nous rappeler intensément ces moments de lecture.

Pour les bibliophiles donc !


Jusqu'au 31 octobre 2013

Une vie à lire
Espace littéraire Louis Vuitton
170 bd Saint Germain
75006 PARIS

7 septembre 2013

La beauté terrible de Frida Kahlo : la boulversante biographie de Gérard de Cortanze


C’est un autoportrait aux cheveux coupés. Frida est assise sur une chaise, une chaise simple mais presque dorée. Elle est habillée comme un homme, chemise, costume ample et sombre. De longues mèches de cheveux noirs parsèment le sol brun et Frida tient encore ses ciseaux dans une main, s’apprêtant à lâcher les derniers cheveux coupés de l’autre.
Cet «autoportrait aux cheveux coupés» est un des multiples de l’artiste. Il tranche avec la couverture du livre que lui consacre Gérard de Cortanze, qui, en utilisant les mots de Yeats, appelle Frida Kahlo «la beauté terrible».

Au contraire, la couverture de la biographie montre une femme se coiffant avec superbe, la féminité triomphante.
Frida Kahlo a été ces deux femmes, et bien d’autres encore. Avec ses peintures, elle n’a eu de cesse d’interroger sa personnalité, son intériorité, d’exposer ses fantasmes et ses douleurs. Des douleurs, comme sa beauté, terribles.

L’artiste mexicaine, adulée aujourd’hui, a longtemps été cantonnée dans l’ombre de l’ogre Diego Rivera, mari indigne à laquelle elle voua toute sa vie une passion masochiste. Incroyable rescapée d’un atroce accident de tramway, la colonne vertébrale brisée, elle vécu corsetée au sens propre - ce qui ne l’empêcha jamais de créer, même allongée, alitée, des toiles inoubliables.




C’est cette vie passionnée mais souvent triste à pleurer que Gérard de Cortanze fait revivre dans un essai brillant, récemment paru au Livre de poche.
Ce n’est pas, contrairement à «Fragonard, l’invention du bonheur», une histoire romancée ; ainsi, pas de détours lorsqu’il s’agit pour l’auteur de prendre position : nous savons lorsqu’il s’écarte d’une biographie précédente, et ses thèses sont exposées avec précision. J’ai été particulièrement intéressée par les développements consacrés à la parenté présumée de la peinture de Frida Kahlo avec le surréalisme, ce que réfute avec vigueur l’auteur : « La peinture de Frida Kahlo, tout comme les gravures de Posada, excèdent les codifications surréalistes. Les mythes précolombiens, les rites afro-américains, le goût du baroque, les masques du syncrétisme religieux, propres à l’Amérique latine […] font partie de la vie quotidienne, participent d’un même courant culturel qui lie mythe et réalité, raison et imagination, rêve et état de veille.»

Cette érudition n’est absolument pas un frein à la lecture, disons-le d’emblée : elle sert un récit vif, enlevé, admiratif de la femme combative qu’a été Frida Kahlo : une écriture subjuguée par la peinture d’un des artistes mexicains les plus fascinants.

Il ne me reste, comme vous, bien informée, qu’à courir à l’exposition qui va s’ouvrir à Paris à l’Orangerie, en octobre. Un évènement qui propose de découvrir les oeuvres rassemblées du couple : nul doute que l’on y verra les feux flamboyants de la passion de Frida éclipser les oeuvres de son prosélyte de mari, pour le meilleur et surtout le pire.



5 septembre 2013

Le single « Spectacular » de The Answer à gagner !

Clairement, vous le savez à mes billets musicaux, je ne suis pas branchouille pour la musique. Autant je suis attentive à la moindre bataille de cour de récré entre Saint Sulpice et Saint Germain des Prés, les guéguerres entre éditeurs, écrivains, autant l’actualité littéraire et artistique aussi d’ailleurs est un terrible sujet d’angoisse (vais-je réellement pouvoir aller à 5% des expositions parisiennes cette année ?), autant pour la musique, non, je reste fidèle au vrai rock, pas celui dont on nous parle en termes de « nouvelle sensation» et autres. D’où ma présence au concert des Popes, ex-Pogues, de Candye Kane, ou encore mon interview de la superbe Beth Hart.


Tout ça pour vous dire qu’aujourd’hui, je vous propose de gagner un des 5 singles de The Answer, que grâce à Base Productions, je peux faire atterrir sur votre platine – dans votre ordi – vers votre ipod, rayez la mention inutile...

The Answer a mis quelques années à se faire connaître, mais la première partie d’une tournée d’AC/DC a bien arrangé les choses il faut le dire. Influencé par le hard rock des années 70, et forcément aussi par le blues, c’est logique, The Answer suit ce chemin depuis 2006. Le groupe sort son nouvel album, « The New Horizon », à la fin de ce mois de septembre. 

En attendant, vous pouvez gagner leur tube de rentrée, le single « Spectacular », en répondant à la petite question (simple) suivante : qui est l’artiste talentueux qui a dessiné le visuel de l’album - et aussi celui du single, d'ailleurs ? 
Je tirerai 5 gagnants au hasard parmi les bonnes réponses. Vous avez 10 jours ! Jusqu'au 15 septembre, donc.

Concrètement : les commentaires seront masqués. Laissez votre adresse mail avec votre réponse, que je puisse vous contacter. Après le concours, ils ne seront pas publiés non plus (n'ayez crainte).
 
The New Horizon, sortie le 27 septembre 2013 :


Dates de tournée en France en novembre 2013 : 
5 novembre - Strasbourg / La Laiterie
19 novembre -  Lyon / Transbordeur
29 novembre - Paris / Trabendo

Edit du 16/09/13 : le tirage des 5 gagnants parmi les bonnes réponses est effectué ! Vous serez contactés par mail aujourd'hui. La bonne réponse était : Storm Thorgerson. Le célèbre graphiste est en effet décédé alors qu’il finalisait la pochette de l’album de The Answer...