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27 mars 2013

L’artiste et son modèle, portait de l’artiste en vieil homme

Nous sommes en 1943, à la frontière espagnole, dans un petit village. Un vieux sculpteur, Marc Cros (Jean Rochefort), peine à retrouver l’inspiration.
Il est connu, reconnu, mais est arrivée la vieillesse, avec ses amertumes d’homme et d’artiste. Sa femme (Claudia Cardiale) repère une réfugiée des camps franquistes (Aïda Folch) égarée dans leur village du Sud. Elle la convainc de devenir le nouveau modèle de son mari. La jeune fille accepte.

Ce film est magnifique. C’est une déclaration d’amour à la création de cette époque, un superbe hommage à cette période de l’entre-deux-guerres dans laquelle vit encore mentalement le sculpteur.
Mais l’action se déroule durant l’Occupation. Cela n’est pas sans conséquences, sans implications, évidemment. L’artiste est vieux, il y a eu 14-18, ça devait être la der des ders,… alors il a une sculpture à terminer, et c’est tout. Est-ce bien tout ?

Au moment où s’est terminée l’exposition «L’art en guerre» au MAM de la Ville de Paris, ce film est une belle introduction à la question de savoir si «simplement» créer, c'est résister, si l’acte de création constitue en soi un acte de résistance. Une des questions qui était également sous-jacente à une partie de la récente exposition sur le film de Carné, «les Enfants du Paradis», à la Cinémathèque Française.

L'Artiste et son modèle - © Fernando Trueba P.C

Encore une fois, bien sûr, l’utilisation du noir et blanc sublime l’oeuvre. Lors de l’avant-première à laquelle j’ai assisté, le réalisateur Fernando Trueba l’a bien dit : il ne concevait pas son film autrement, toutes les photos d’artistes dans leurs ateliers, les Matisse, les Picasso, toutes ces photos qui l'ont inspiré sont des photos en noir et blanc, contrastées. C’est comme un saut dans ces images qu’il aime. Ce qu’il a voulu faire, et a réussi, et nous fait partager.

«L’artiste et son modèle», de Fernando Trueba, avec Jean Rochefort, Aïda Folch, Claudia Cardinale, Gotz Otto - actuellement en salles


L'Artiste et son modèle - © Fernando Trueba P.C

26 mars 2013

Palm Springs : le pastel californien exposé au Bon Marché


Certes dans les faits ce n’est pas vraiment encore le printemps, et si cette saison était réellement arrivée, les installations (vitrines et fresque notamment) du Bon Marché auraient véritablement pris sens. Néanmoins on peut aussi le voir autrement et rêver au soleil  de la côte ouest devant ces évocations de la fin des années 60 début des années 70, en plein American Dream. 
Pour l’ambiance, on pense à Dustin Hoffman cultivant son oisiveté sur le bord de la piscine parentale dans «Le Lauréat». Cet «esprit de Palm Springs» est présent dans des vitrines vraiment amusantes, assumant un côté artificiel : les mannequins s’expriment dans de larges bulles de BD, silhouettes encadrées par des polaroids - ce qui crée un effet de second degré réellement amusant.

Comme souvent lors des thématiques convoquées par le grand magasin parisien pour susciter l’intérêt, la curiosité de ses clients -voire au-delà ?-, l’installation réalisée dans la passerelle qui relie les deux bâtiments est une grande réussite. Il s’agit cette fois-ci d’une fresque, intitulée «Poolside Gossip» («Discussions de bord de piscine»). Elle a été réalisée par Malika Favre, illustratrice française (mais qui vit et travaille à Londres). Son style, qualifié logiquement par le Bon Marché de minimaliste m’a fait songer à celui d’Aurore Petit dont j’avais parlé au moment de la sortie de «Nonoche» d’Irène Némirovsky.


© Malika Favre

Malheureusement, je n’ai pas été assez rapide pour prévenir du clou du spectacle : l’exposition, désormais close, «Palm Springs 1960 par Robert Doisneau» qui se déroulait dans la Galerie du grand magasin.


© Atelier Robert Doisneau

Les vitrines et la fresque sont visibles jusqu’à la fin de ce mois de mars… il reste quelques jours !
Vitrines du Bon Marché
Poolside Gossip : La Passerelle de l’Appartement de Mode du Bon Marché
24 Rue de Sèvres
75007 Paris

24 mars 2013

«Le temps des trains plutôt que le temps des morts.»

«Suite à un accident grave de voyageur» est … Mais qu’est-il au juste ? Roman ? Nouvelle ? Forme brève, c’est certain, 64 pages.
 Comment pourtant décrire ce livre ?

C’est un essai qui prend la forme de la littérature, ou la littérature qui prend la forme de l’essai. Peu importe. C’est un livre dans lequel l’auteur, Éric Fottorino, raconte à la première personne du singulier son émotion à l’annonce du décès des suicidés du rail.

C’est un livre qui parle de ces gens qui choisissent de se faire déchiqueter par un train. Plus particulièrement, de ceux qui se tuent sur la branche du RER A qui se termine à Cergy Le Haut.
Cette ligne, je la connais bien. Comme lui, j’ai longtemps habité près d’une de ses dernières stations. Comme tous les Français, mais surtout les Franciliens, je la connais bien, cette annonce : «Suite à un accident grave de voyageur, le trafic est interrompu/perturbé…». Ces accidents, ce sont souvent ceux de «ce non-lieu qu’est la banlieue».
 
«Les gens qui n’ont rien dans le cœur pensent que les suicidés n’ont rien dans le ventre.» p.42

Ce livre est, à sa façon, un manifeste contre l’indifférence à ces morts innommé(e)s. Des morts dont on tait à la fois le nom et la réalité du décès. Ces mots, «manifeste contre l’indifférence», sembleront sûrement à certains grandiloquents, ce sont simplement les miens pour dire ma propre émotion à lire ces lignes qui évoquent ces «accidents graves de voyageurs». Des lignes qui donnent une dignité, un visage à ces disparus.
En écho à Durkheim, Fottorino rappelle que le suicide est un fait social. Et rend hommage à ces morts que l'on refoule.

«L'accident de personne n'est vraiment l'accident de personne.» p.30

22 mars 2013

Michela Murgia : La guerre des saints

Née à Crabas où se déroule l’intrigue de ce second roman, Michela Murgia est une écrivaine comme j’aime les découvrir.  
Son roman «Accabadora» m’a plu, transportée, et ne me quitte plus depuis que je l’ai lu. Certains livres vous restent chevillés quelque part dans le coeur, au corps, dans le crâne, c’est selon, mais ils vous restent.
Alors je me suis précipitée sur «La guerre des saints», qui m’a énormément plu aussi, même si sa brièveté, forcément, m’a un peu frustrée.

Publié aux éditions du Seuil en janvier dernier, il faut dire que ce texte était à l’origine une simple recension d’une double procession lors d'une fête paroissiale parue dans le Corriere della Sera. «Le Monde des livres» a rapporté qu’Enaudi, l'éditeur turinois de Michela Murgia l’a convaincue d’en faire un livre, «L'Incontro» (la réunion en français).

«À cet instant, Maurizio avait cessé de se demander ce que l’emploi de ce «nous» signifiait à Crabas. Ce n’était pas un pronom comme ailleurs, mais la citoyenneté d’une patrie tacite où le temps partagé se déclinait à la première personne du pluriel». (p.27)


Comme dans «Accabadora», nous sommes en Sardaigne. À Crabas, je l’ai dit. C’est un village où ni les choses ni les gens ne changent, et où les petits garçons jouent aux mêmes jeux dans les années 80 que ceux auxquels sans doute leurs parents, leurs grands-parents et aussi leurs aïeux ont joué. L’époque importe, bien sûr : c’est pour des raisons économiques qu’un jour, les parents de Maurizio laissent à ses grands-parents l’enfant qui ne passait jusqu’alors que les étés dans le village de la famille. Le père va chercher du travail «sur le continent» (déchirement…). Mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est de savoir quel est le jeu, et qui mène la partie. Maurizio, Franco et Giulio ont leurs règles, leurs codes. Les adultes en ont d’autres. L’éventualité, puis la réalité de la fondation d’une deuxième paroisse dans le village, et c’est un nouveau jeu qui commence…
La façon intemporelle de raconter de Michela Murgia fait songer à une autre jeune romancière, qui elle aussi délaisse toute fioriture, Claire Keegan.

«Désormais, dans les bars du centre, même les vieillards se cataloguaient mutuellement en déclinant leurs appartenances paroissiales, bien qu’ils eussent tous préférés mourir noyés plutôt que d’être surpris en train de pénétrer dans l’une des deux églises». (p.72)


Jeu social, jeu politique, jeux de pouvoir : Michela Murgia signe un livre optimiste, puisque ce sont les enfants qui sifflent la fin de la récréation.

20 mars 2013

Le rire selon Yue Minjun à la Fondation Cartier

Je ne pensais pas poster ce billet : difficile à écrire, et puis j'étais en retard, et puis carrément dépassée par le temps.

Et alors la Fondation Cartier a décidé de prolonger jusqu'au 24 mars l'accrochage consacré à l'artiste Yue Minjun, et moi de poster au moins quelques lignes pour convaincre les Parisiens qui ne se sont pas rendus à la Fondation de se dépêcher de le faire.

L'exposition, évidemment monographique, suit l'itinéraire du peintre de façon chronologique. Organiser l'absurde ? L'artiste fait partie du mouvement né de la répression de Tien'anmen, le "réalisme cynique".

D'abord au rez-de-chaussée, les toiles les plus anciennes, les plus vives. Des images colorées du chinois Yue Minjun on voit surtout le rire, forcément : à cause de la vingtaine de dents qu'ont les personnages, en haut ET en bas. Ce rire qui prend énormément de place, qui obnubile le spectateur - en plus, il est venu pour ça, l'intitulé de l'exposition contient l'expression "fou rire", quand même.
 
Cependant de tableau en tableau et de toile en toile, on remarque peu à peu que les personnages ne font pas que rire, ils ferment les yeux aussi. Toujours en fait.
 

Great Joy - Yue Minjun - 1993
  
Totalitarisme, dictature, violence du collectif, assujettissement au contrôle social, rapidement le malaise nous étreint : les concepts ne sont pas tapis dans un coin de la toile, ils surgissent, ils s'imposent, mais, mais... dans un éclat de rire ! Yue Minjun avec ce rire (forcé ?) interpelle subtilement : le rire est-il une défense ? Ressort-il du déni ? Est-il une forme de tentative de détournement de la censure chinoise ?

L'exposition se poursuit au sous-sol avec des œuvres façonnées par l'humour ironique, voire féroce de l'artiste envers les dirigeants (les siens, mais aussi ceux de tous les temps, de toutes les époques) : les toiles évoquent les vanités, toutes les vanités, vanité de l'art bien sûr, vanité de l'existence, de l'action politique mais aussi des nouvelles technologies.
Yue Minjun propose au visiteur de réviser son rapport au temps de même que son rapport à l'image, rappelle comme sa manipulation est facile -et qu'il faut, sans cesse, se le répéter.

Et cet humour, acerbe, noir, ces plaisanteries désenchantées (désespérées ?) sont servies par une peinture non seulement extrêmement talentueuse, mais qui joue aussi avec l'histoire de l'art et ses codes, ses poncifs, ses chefs-d’œuvre consacrés.
  
The Death of Marat - Yue Minjun - 2002

Ceci dit, sa satire sociale est de plus en plus terrible à mesure que le temps s'écoule, ses œuvres les plus récentes le disent. Les aplats de couleur se foncent, les chairs des corps sont plus (dé)structurées, parfois semblent véritablement arrachées vives. Les visages se brouillent. Les identités s'effacent... Inexorablement.

Yue Minjun, l'ombre du fou rire, exposition prolongée jusqu'au 24 mars 2013
Fondation Cartier pour l’art contemporain
261 bd Raspail
75014 PARIS

Dans un tout autre genre figuratif, n'hésitez pas à vous intéresser au travail de Kehinde Wiley, qui s'amuse des maîtres et pastiche aussi leurs classiques.

18 mars 2013

8 raisons pour lesquelles vous allez adorer Demoiselles en Détresse

Huit raisons essentielles justifiant le visionnage de «Demoiselles en détresse» («Damsels in Distress») de Whit Stillman, depuis peu disponible en VOD (le DVD semble tarder à arriver en France…) :
  
1- Vous n’avez pas eu le temps de voir «Foxfire», sur un gang de filles. En même temps, vous craigniez que cela soit quelque peu déprimant. Eh bien, «Demoiselles en détresse», c’est aussi un film sur un groupe de filles, mais c’est plus joyeux. Cependant, ne vous inquiétez pas, elles se méfient quand même grandement de la gent masculine.

2- Ce sont des filles qui rêvent de changer le monde (et surtout les garçons) avec du savon. Génial, non ? Le réalisateur avait envie de s’intéresser à la mixité des universités américaines. En effet, cette mixité paraît évidente, mais elle génère aussi des conflits : dans certains campus, les hommes ne sont pas forcément prêts à renoncer aux identités masculines qui y ont longtemps prévalu sans réserve et sans partage.

3- Il y a Adam Brody (ou Analeigh Tipton) qui joue dans le film. Raison presque suffisante à elle-même selon votre genre.

4- Finalement, est-ce que le plus important dans la vie n’est pas de savoir nommer les couleurs d’un arc-en-ciel ? Ou de lancer une mode de danse ?
  
Le groupe au complet ! © Media Films

5- C’est celui qui le dit qui y est… Violet, Heather et Rose offrent un soutien psychologique aux étudiants qui n’en ont pas tous forcément besoin (via un Centre de Prévention du Suicide, sisi), et parfois, comme Amélie Poulain, en oublient qu’il faut aussi qu’elles s’occupent d’elles-mêmes quand il n’y a personne pour le faire.

6- Le tournage a eu lieu dans un lieu assez extraordinaire, imaginé il a deux siècles comme une sorte de maison de retraite pour les marins fatigués (c’est donc la première maison de retraite aux États Unis de la marine marchande). Le «Snug Harbor Cultural Center and Botanical Garden» conserve sa vingtaine d’édifices originaux inspirés par des architectures très diverses (grecque, néoclassique, victorienne...) et un parc incroyable. Le décor du film est donc presque un personnage à part entière.

Analeigh Tipton est Lily. © Media Films
 
7- Pour rester dans la thématique de l’ambiance, l’esthétique -revendiquée- vintage, preppy du film est vraiment réussie. On est proche du dernier Wes Anderson, «Moonrise Kingdom» : l'atmosphère rétro est là aussi pour symboliser l’enfance et l’innocence, l’Université étant le dernier rempart avant la vie -véritablement- adulte. Il faut dire qu’il y a paraît-il une vraie attirance sur certains campus américains, aujourd’hui, pour les années d’après-guerre, une espèce de regret d’un âge d’or...
  
8- Le réalisateur Whit Stillman a résumé le film ainsi : “We're mumblecore with better diction.”
note : le « mumblecore» est le nom donné aux États-Unis aux films indépendants à petit budget essentiellement consacrés aux relations des 20-30 ans.

Greta Gerwig est Violet, meneuse de bande et accro à la danse. © Media Films

13 mars 2013

Automne : variation sur l'universelle mélancolie suscitée par l'arrière-saison

«Automne» («Dockwood»), est un roman graphique plus qu’une BD. Cette œuvre a récemment obtenu le prix «Révélation» au 41ème Festival de la bande dessinée d’Angoulême, très belle distinction.

Sur le thème de ce que l’arrivée d’une nouvelle saison change dans la vie des gens, Jon McNaught continue à tracer son chemin d’une fausse simplicité
, déjà à l’oeuvre avec l’album «Dimanche», dénué de contexte et au référentiel géographique flou.

«Automne» semble de prime abord tout aussi épuré que «Dimanche» mais en fait, il ne faut pas s’y laisser prendre : il s’agit plutôt d’un ensemble suranné, mélancolique, qui rend le récit intemporel. Il pourrait se dérouler aujourd’hui mais hier et aussi demain, ici ou là, dans ce pays-ci mais aussi dans un autre pays : la vaisselle se fait à la main, à l’époque du lave-vaisselle, comme pour souligner que les changements de techniques n’ont pas tant qu’importance que cela dans ce qui fait l’essence de l’existence. Des gestes simples, travailler, se nourrir, s’occuper des autres. Et l’automne est partout faite de ces tons marrons et bleus délavés.

Jon McNaught
  
L’épure est donc un leurre, l’omniprésence publicitaire est là pour la démentir : les panneaux de réclame qui miment le rythme des saisons sont autant de mensonges qui invitent, incitent au bonheur. Bonheur démenti par la solitude ambiante, l’incompréhension entre les gens, la monotonie d’une petite ville suburbaine… Pour l’auteur le bonheur est plutôt à rechercher dans la contemplation des véritables variations des saisons : celles de la Nature, en ville dans les espaces interstitiels où réside la beauté et où on peut la repérer, si on y prête attention.

Jon McNaught
 
Avec un art délicat de l’ellipse et de la suggestion, «Automne» propose ainsi un graphisme et une histoire d’une émotion sensible. On est forcément admiratif du travail sur les ombres, sur les contours, les reflets (eau, surfaces, vitres, tout est prétexte à renvoyer, à faire miroir).

Certains reprochent à l’auteur la brièveté de l’album, la liberté qu’il laisse à l’interprétation du lecteur. Je prends cette liberté comme celle que donne Gide à la fin des Nourritures Terrestres : «Nathanaël, à présent, jette mon livre.»


«Automne» de Jon McNaught - Nobrow 2012, réédition 2013


Album lu dans le cadre de l'opération "La BD fait son Festival" organisée par PriceMinister. Dans ce cadre, je dois attribuer une note, chose que je ne fais pas d'habitude mais qui est nécessaire cette fois-ci. Ce sera 17/20 pour Automne !

Note : les planches sont en anglais car j'ai préféré utiliser les propres clichés du site de l'auteur.

12 mars 2013

MONO INC. : quelques lettres à faire connaître en France !



Je n'adore pas Wikipédia, ce n'est franchement pas mon référentiel préféré. Je reste méfiante vis-à-vis de cet outil, pour tout un tas de raisons qui n'ont pas à être exposées ici. Mais en l'espèce, l'article consacré au groupe allemand Mono Inc. par l'encyclopédie en ligne a tout bon.

Les influences sont là, indubitables, évidentes : HIM, Sisters of Mercy, les gothiques cold wave et évidemment électroniques (je rappelle : un groupe al-le-mand)... et aussi les Cure et les Smith, plus près de nous Placebo et Metallica.


Le single que sort Mono Inc. le 22 mars est de cette trempe, et donc, ne se refuse pas si on aime Siouxsie et si la musique de Joy Division est de celle qui nous fait frissonner.
Deux titres pour cet EP : "My Deal with God" et "A better way to die". Pour ceux qui connaissent le groupe, pas de changement dans la ligne gothico-alternative adoptée, continuité totale dans le sillage du dernier album "After the war" (2012) !

J'avoue avoir trépigné de joie d'entendre les mélodies en avant-première ! Mais vous pouvez faire pareil en vous rendant sur leur site.

"My Deal with God", Mono Inc. - Rookies & Kings 2013

11 mars 2013

♥ Tout sauf l’amour : Rencontres au 21ème ciel ♥

Très jolie bande-dessinée que «Tout sauf l’amour», écrite par Toldac et Pierre Makyo et dessinée par Frédéric Bihel.

Histoire contemporaine, où les relations amoureuses peuvent être favorisées par l’agence matrimoniale «Rencontres au 21ème ciel», adroitement dirigée par le jeune neurologue José Alcano.
 
Le hasard, ou plutôt, la malchance place sur son chemin une jeune femme traumatisée, très névrosée, Nina, qu’il doit absolument aider.
Réussira-t-il à lui faire trouver l’amour ?

J’ai trouvé l’album bien fait, élégant, peut-être un peu prévisible et c’est pour cela que je n’en dirai guère plus sur l’histoire. Mais l’on s’attache à ses personnages, originaux, et à la délicatesse qui émane du scénario. Le dessin, fluide, réaliste, fait alterner véritables petits tableaux et succession rapide de cases réduites et brèves.

Sans être mièvre, cette BD romantique interroge par ailleurs avec légèreté l'impact que l'on attribue à la génétique dans les associations amoureuses, contrairement à des films de SF plombants comme «Timer» de Jac Schaeffer.
 
© Toldac,  Pierre Makyo & Frédéric Bihel
Je suppose que le livre rencontrera un franc-succès auprès des Grenoblois : eux, si fortement attachés à leur ville, à leur région trouveront sans doute bien agréable que cette fois, Grenoble soit le cadre d’une œuvre graphique de cette qualité !

8 mars 2013

Pauline Détective : hommage coloré à Agatha Christie

«Pauline détective» était sorti en tout début d’octobre dernier. On n’a guère parlé de ce film resté peu de temps à l’affiche. Sortie du DVD et donc deuxième chance, je me décide à regarder cela de plus près.

Surtout que, souvenez-vous, Marc Fitoussi, le réalisateur de «Pauline détective», a réalisé en 2010 le fameux «Copacabana», avec Isabelle Huppert et sa fille - qui avait beaucoup plu à la critique - et à moi aussi.
Bref, ici en Italie le soleil chauffe plus fort qu’à Ostende où se déroulait l'intrigue de «Copacabana».

Qu’en est-il de l’histoire ? « Plaquée par son petit ami, Pauline se laisse entraîner par sa sœur dans un palace de la Riviera italienne. » Cela aurait pu commencer assez mal, surtout avec une affiche aussi soleil-je-t-aime.
Oui mais voilà la suite du synopsis : « Au lieu de savourer les joies du farniente, elle (Pauline, donc) se persuade qu’un crime a été commis dans l’hôtel et s’improvise détective, embarquant dans ses investigations un séduisant maître-nageur… ».


Dans une atmosphère à la fois actuelle et rétro, notre héroïne Pauline, parfaitement incarnée par Sandrine Kiberlain fonce ainsi bille en tête dans des raisonnements inspirés par son travail de journaliste spécialisée dans les faits divers. Esthétique, amusant, le film divertit en accumulant les saynètes qui se rajoutent à l’intrigue principale (le crime qui aurait été commis dans l’hôtel de luxe, que l’on finit même parfois par oublier tant on s’amuse). Les personnages sont tout à fait caricaturaux, notamment la sœur de Pauline, Jeanne (Audrey Lamy), starlette de série B à l’égo surdimensionné, mais cela participe au charme du film.


© Haut et Court
  
Il faut dire que la qualité des dialogues fait beaucoup pour donner de l’épaisseur aux personnages ; Marc Fitoussi a d’ailleurs expliqué l’importance d’avoir choisi Sandrine Kiberlain pour obtenir ce rendu : «Sandrine a l’art de faire résonner toutes les nuances d’une réplique, d’en faire cingler l’ironie ou d’en exalter la saveur, mais avec une fluidité très naturelle - et cette élégance qui fait d’elle la parfaite incarnation de la Parisienne, mais aussi d’une héroïne de screwball comedy.»
Le réalisateur ne fait pas non plus mystère d’autres motivations : la filiation avec le glamour hollywoodien et les adaptations d’Agatha Christie est complètement assumée.
Et si réussie…

Je vous recommande chaudement cette comédie fine et légère, absolument charmante et surprenante !

«Pauline détective», un film de Marc Fitoussi avec Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy et Claudio Santamaria - DVD Studio 37, 2013

© Haut et Court

6 mars 2013

Week-End Royal : Apologie de l'homme politique en manipulateur polygame

Apologie de l'homme politique en manipulateur polygame, oui, vous avez bien lu  : mais quelle ori-gi-na-li-té !!!

Le film de Roger Michell, «Week-end royal», avait tout du film rétro qui sentait bon le récit de la grande Histoire par la petite. Mais c'est une déception sans nom, un piège tendu au spectateur que désormais, mes chers lecteurs avertis, vous pourrez éviter.

Synopsis : «Juin 1939, le Président Franklin D. Roosevelt attend la visite du roi George VI et de son épouse Elizabeth, invités à passer le week-end dans sa propriété à la campagne. C’est la première visite d’un monarque britannique aux Etats-Unis. La Grande-Bretagne se prépare à entrer en guerre contre l’Allemagne et espère obtenir l’aide américaine. Les bizarreries et l’étrange mode de vie du président étonnent les souverains. En ce week-end royal, pris entre les feux de sa femme, sa mère et sa secrétaire, les affaires internationales ne sont pas vraiment la priorité de Roosevelt davantage intéressé par sa relation avec sa cousine Daisy.» Relation adultère qui est loin d'être la seule que mène le Président.
Le portrait de Franklin D. Roosevelt en homme de pouvoir fantasmant la royauté, usant de vils procédés pour soumettre le roi Georges VI par des travestissements mesquins de cordialité donne envie de citer la façon dont Régis Debray qualifie ce type de diplomatie : « quand le rapport de force se noie dans la décontraction, prénom, tutoiement et tapes dans le dos ».

Quant à ce portrait ridicule et insultant fait d’Eléonore Roosevelt, cantonnée au rôle de femme marginalisée, moquée et résignée, juste capable de rappeler son existence par quelques petites provocations qui n’en portent que le nom… Comment le cinéaste a-t-il osé, alors qu’on sait le rôle de cette féministe dans les relations internationales, les droits des minorités ?
Non seulement on s’ennuie, mais en plus, le film accumule les mensonges historiques.
 
© Diaphana Distribution

 Et pour terminer, bien sûr, une morale de l’acceptation pour Daisy, vous vous souvenez, la narratrice, la cousine adultère… Elle accepte, elle se soumet, admet le harem et la nécessité du whisky pour le supporter. Il y aura bien quelques câlins des autres maîtresses pour la tendresse, comme dans tout harem, n’est-ce pas ?

Bref, à quoi donc sert ce film insipide ? Mais quel objectif diantre le réalisateur poursuivait-il en tournant cette chose anecdotique et évitable ?

À côté de  «Week-end royal», «Coup de foudre à Notting Hill», un autre film de Roger Michell passe donc pour un pamphlet féministe.
© Diaphana Distribution
 
«Week-end royal», de Roger Michell ; avec Bill Murray, Laura Linney, Samuel West, Olivia Colman - actuellement en salles

4 mars 2013

Daily Sketch Crossing : l'artiste Emmanuelle Ly se livre !

Connue principalement sur la toile pour son projet «Daily Sketch Crossing (D*S*C)», Emmanuelle Ly semble être une artiste très secrète. Sur son blog, rien n’indique vraiment qui elle est, d’où elle vient, et comment elle va. Depuis des mois que je suis le mouvement de ses crayons, ma curiosité est donc aiguisée par ce refus de la transparence ambiante...
 
Vous ne connaissez pas son style, pourtant aisément reconnaissable ? Voyez le dessin qu'elle a réalisé à l'annonce du décès de Daniel Darc :
 
Emmanuelle Ly
 
Je me suis ainsi lancée sur la piste de cette artiste intrigante qui protège son identité mais affirme son humour noir. Elle déploie des personnages mutiques, donne forme à des dessins muets et sombres, souvent radicaux, parfois humoristiques, assez régulièrement grinçants (voire pire si affinités). Je suis impressionnée par sa capacité à travailler la typographie, le graphisme sous toutes ses formes, les clins d’œils aux techniques manuelles (découpages, origami, tags), mais aussi (surtout?) par sa culture artistique, sidérée par le nombre de références qu'elle fait à l'art contemporain...

 
Elle a accepté, avec une grande gentillesse de répondre à mes questions, malgré ma timidité devant son talent et la qualité évidente de son travail.
En plus, vous découvrirez au cours de l'interview deux dessins qu'elle a réalisé spécialement pour vivelaroseetlelilas, c'est dire si j'ai - et vous aussi - de la chance.
En plus, c'est une artiste modeste (si, il y en a, chers râleurs).

 
1- Elle a fait une belle école à Dijon.
 
Après une licence LLCE espagnol à la fac, j’ai décidé de réaliser un rêve que je gardais en tête depuis longtemps. J’ai donc passé le concours d’entrée à l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Dijon et j’ai obtenu mon DNSEP avec les félicitations du jury en 2011 !
Yan Pei Ming et Orlan ont enseigné là-bas et aujourd’hui il y a d’autres artistes de grande renommée qui y officient comme Didier Marcel, Philippe Cazal, Robert Milin, Marc Camille Chaimowicz, Lydie Jean-Dit-Pannel ou Germain Huby.
 
2- Elle maîtrise de nombreuses techniques.

Je m’essaie simplement à la pratique de divers médiums, je recherche celui qui sera le plus juste pour porter au mieux mon propos, cela peut passer par le dessin, la peinture, la sculpture, la photographie, la vidéo ou l’installation sonore…
Quand je reste cantonnée à un seul support, j’ai quelque fois du mal à me renouveler. Apprendre à désapprendre, tel est mon challenge !

3- Elle a déjà exporté ses crayons à l’autre bout du monde.
 
En quatrième année, j’ai eu la chance d’effectuer un échange international en Argentine.
Passionnée par les langues, j’ai renoué avec mon cursus universitaire passé, j’ai rencontré des personnes formidables et visité des endroits inoubliables aux paysages à couper le souffle ! L’ Amérique latine est vraiment stimulante en tous points !

4- Elle réussit sur son blog, chaque jour, à crayonner, dessiner, proposer un gif animé qui nous parle, nous fait sourire ou inquiète. Une productivité impressionnante.

Emmanuelle Ly

Daily Sketch Crossing (D*S*C)
est un rhizome illustré qui grandit quotidiennement où chaque billet d’humeur peut fonctionner seul ou être associé à un autre dessin. Je poste un sketch par jour, ensuite libre au regardeur de l’interpréter comme il le sent.
Ce projet est né en 2009 quand j’ai découvert le book crossing, une pratique qui consiste à faire circuler des livres gratuitement dans la nature. A mon tour, je me suis mise à diffuser et faire circuler mes dessins un peu partout en les libérant dans l’espace public.
Mon projet a évolué il y a un an quand je me suis mise à faire des gifs animés, c’est là qu’est apparu mon blog.
 
 5- Bien qu’elle travaille également la couleur, ce projet «Daily Sketch Crossing (D*S*C)» ce sont des nuances de gris, de noir. Elle doit aimer les dominos.
 
Depuis longtemps, je m’intéresse au dessin, à l’estampe, la gravure et le copy art.
Si j’ai choisi ce langage minimaliste en noir et blanc c’est d’abord pour des raisons pragmatiques. Quand j’ai commencé à faire circuler mes dessins, il s’agissait simplement de dessins-photocopiés.

Emmanuelle Ly - Inédit pour vivelaroseetlelilas

6- Même, Soulages doit compter pour elle.

Et tant d’autres !
J’apprécie les artistes conceptuels qui travaillent sur les déclinaisons, les modulations sérielles. J’aime la dévotion obsessionnelle, rigoriste et ascétique de Wolfgang Laib, Roman Opalka ou On Kawara, les expérimentations radicales d’Yves Klein, les Statements de Lawrence Weiner, les réflexions de Joseph Kosuth …et d’un autre côté, je suis très inspirée par les mythologies personnelles d’artistes qui se racontent en mettant en scène leur quotidien.

7- Sûrement, un certain nombre d’artistes contemporains lui sont chers.
 
Mais en ce qui concerne mes influences artistiques générationnelles c’est plutôt complexe car j’affectionne tellement les listes qu’on en arriverait à un certain vertige (Vertige de la liste, Umberto Eco), je risque assurément de verser dans le name dropping !
Il y a le parcours de Florent Ruppert et Jérôme Mulot qui m’intéresse beaucoup, eux aussi sont passés par l’Ensa de Dijon.

8- Elle doit cacher quelques cartes maîtresses derrière son blog…

Actuellement, je réfléchis à des propositions d’éditions de Daily Sketch Crossing (D*S*C), j’ai des commandes d’affiches et flyers, je collabore à des micro-éditions qui sortiront prochainement, je projette d’ouvrir une boutique en ligne Bigcartel (ou Etsy), je travaille également sur un projet en rapport avec mes racines cambodgiennes…

Emmanuelle Ly - Inédit pour vivelaroseetlelilas
Et puis il y a des dossiers encore sous le sceau de la confidentialité car il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, ça pourrait porter la guigne !

9- Si elle se décrivait en quelques mots…

Je suis une insatiable curieuse de tout…et aussi scorpion ascendant scorpion, c’est pour ça que j’adore faire cohabiter les contraires !

Merci Emmanuelle ! Tu as été tellement généreuse avec laroseetlelilas que je te dispense de ma dernière question, que je n'ai jamais réussi à améliorer.

Chers lecteurs, vous connaissez désormais l'imminence des nouveaux projets d'Emmanuelle Ly. Je suis sûre que vous les attendrez avec autant d'impatience que moi ! Je ne manquerai pas de vous tenir informés :)

Évidemment : illustrations reproduites avec l'aimable autorisation de l'auteure.

Note : Merci à Adeline pour son aide face à mes difficultés techniques lamentables.
Définitivement, l'HTML n'est pas mon ami.