barre horizontale




31 janvier 2013

Alceste à bicyclette : jubilatoire !


Le journal du dimanche : « drôle, intelligent, léger et profond à la fois ». Le Monde : « Intelligent et drôle ». Le Parisien : « Jubilatoire ».
Oui, le nouveau film de Philippe Le Guay avec Luchini mérite tous ces qualificatifs.
Après « Les femmes du 6ème étage », on repart bien volontiers sur les chemins pour une promenade à bicylette, avec ces bons copains...
Y avait Fernand y avait Firmin
Y avait Francis et Sébastien
Et puis Paulette...


 
Bref, revenons à Alceste. Alceste est le personnage principal du Misanthrope de Molière. C'est le Misanthrope, donc. Donc, c'est Luchini, enfin, Serge ici. Vous suivez ?
 Quel avantage a-t-on qu' un homme vous caresse,
vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
et vous fasse de vous un éloge éclatant,
lorsque au premier faquin il court en faire autant ?
(Le Misanthrope, acte I, scène 1, Alceste)


Serge est un acteur retiré. Agacé par le monde du spectacle, vieilli, il s'est retiré sous sa tente. Sur l'île de Ré, là où par hasard il s'est vu léguer une maison d'un oncle qui y vivait en ermite et dans les habitudes duquel Serge s'est coulé au sortir de la dépression. Un jour, le flamboyant Gauthier Valence, génial Lambert Wilson, vient lui proposer un rôle dans le Misanthrope. Pièce qu’il veut monter rapidement, lassé de ses rôles populaires mais figés dans des séries télés. Bon à partir de là, difficile de raconter sans soulever le rideau rouge de la scène de théâtre, sans dire ce qui se joue derrière la diction des alexandrins. C’est bien de théâtre qu'il s’agit, de rôles, du métier d’acteur, du métier de jouer, de paraître. Il s’agit d’ego, de reconnaissance, d’espoir, de compromissions et de trahison.
Jusqu'à la chute, splendide !

Luchini est Alceste ! (photographie de Myriam Touzé)
 
Alceste à bicylette, un film de Philippe Le Guay avec Fabrice Luchini et Lambert Wilson - actuellement en salles

28 janvier 2013

Tir aux pigeons : l'aristocratie anglaise dans la Seconde Guerre Mondiale

«D'après Fred, lui et et l'homme de la rue ne faisaient qu'un, ce qui était étrange si on pensait que, hormis la grand-rue de Windsor et celle d'Oxford, il n'avait quasiment jamais été dans une rue.» (p.40)

Je vous faisais (éventuellement) découvrir Nancy Mitford à l’occasion de la sortie en poche de «Charivari» au printemps dernier.
Pourquoi en reparler déjà ? Les éditions Christian Bourgois viennent en fait tout juste de publier «Tir aux pigeons» («Pigeon Pie»).
Et si je ne me trompe pas, l’oeuvre était jusqu’alors inédite en français, seuls «Charivari» et «La poursuite de l’amour» étant régulièrement réédités !
Voici ce que nous promet la quatrième de couverture du roman :

«Londres, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Lady Sophia Garfield rêve de devenir une belle espionne. Ne pouvant cependant passer son temps à démasquer des ennemis, Sophia exerce son sens patriotique dans les bureaux de l'hôpital Ste Anne... tout en conservant ses loisirs aristocratiques. Elle va ainsi régulièrement prendre le thé au Ritz, échafaude avec malice des plans pour séduire le fringant Rudolph Jocelyn et en éloigner sa rivale, la princesse Olga Gogothsky.»

 
Nancy Mitford en 1931. Photographie : PA Archive

L'intrigue est passionnante, et on se laisse tout à fait prendre au jeu de ce roman d'espionnage bien particulier !

L’humour noir, et so british de Nancy Mitford rend même la Seconde Guerre Mondiale risible, à certains moments. N’épargnant personne, ce livre de 1940 est un petit bijou satirique. L'auteure rappelle en exergue de l’ouvrage son écriture juste terminée pour Noël 39. Une façon bien à elle de se faire pardonner ce que certains pourraient trouver comme une approche un peu trop légère du conflit.
Pourtant, à la veille de la guerre la propre famille de l'auteure se déchire, comme beaucoup de foyers anglais. Sur six filles, Jessica, une soeur communiste qui s'est enfuie de chez elle, deux soutiens d'Hitler (Unity et Diana), Nancy, passionnée par la France, bref, un roman que la vie de ces soeurs Mitford !
De nombreuses biographies, comme «Ces extravagantes soeurs Mitford» d'Annick Le Floc'hmoan sont disponibles. Vous pouvez aussi lire ce dossier sur evene. Par ailleurs, n'hésitez pas à lire les livres de Stéphanie des Horts, qui sont tout à fait dans la même veine. Sur le blog, retrouvez «La Splendeur des Charteris» et «Le diable de Radcliffe Hall».

Un autre extrait, pour le plaisir, :
«Sophie dit qu’il devait y avoir quelque chose qui clochait quelque part. Si la duchesse de Devonshire, par exemple, était livrée à ses paysans pour qu’ils en fassent ce qu’ils voulaient, il ne faisait aucun doute qu’ils la mettraient dans leur meilleure chambre et lui serviraient une tasse de thé.» (p.58)

25 janvier 2013

L'exposition de Robert Coutelas aux Beaux-Arts de Chartres illustre la déliquescence du musée !

Mes nuits de Robert Coutelas - 1971/1979 - Panneau de 18 cartes (de 15 à 16 x 8 à 8,9)


L’exposition «Le monde de Robert Coutelas 1930 - 1985» est présentée au Musée des Beaux-Arts de Chartres. Robert Coutelas est un artiste singulier. Refusant les concessions, malheureux et suicidaire, il a construit une œuvre à l’écart du monde. Il peint la nuit à partir de la fin des années 60 des cartes à jouer. Ces cartes représentent son travail le plus connu, elles ont voyagé jusqu’au Japon et auraient été remarquées par Malraux. Pour cet artiste presque caricatural du Montparnasse des années 60, peintre mineur, dépressif, l’essentiel est de ne rien concéder au marché de l’art, une obsession qui l’affame. Il peint sur de petits objets, sur le dos d’affiches que des amis lui apportent. Art naïf, art tragique. Huiles, terres cuites, tarots, petites sculptures tous les supports sont représentés dans cette exposition monographique.

Mais comment dire si l’on aime l’ensemble ? Que peut-on apprécier vraiment dans cette exposition ? L’accrochage est à pleurer. Le papier peint se décolle alors que la manifestation, commencée seulement depuis le 25 novembre, est censée durer presque un an ?!

Les conditions véritablement indignes de l’exposition font douter de la volonté de montrer quoi que ce soit. La pauvreté de l’installation atteint le grotesque. Y a-t-il quelqu’un qui soit détenteur du droit moral de l’artiste, ici ? Comment la Fondation qui possède les œuvres en question peut-elle laisser faire ça ? Plutôt le ridicule que l’oubli absolu ?
Malgré elle, cette exposition illustre la déliquescence du Musée des Beaux-Arts de Chartres. Un Musée dans lequel les cartels sont parfois aussi grands que les œuvres, d’affreux papiers A4 posés à côté de petits formats de Chardin, œuvres coincées près de dispositifs d’aération, chefs-d’œuvre sans écrins. Ah si, pardon, un bureau plaqué d’ébène, à décor de marqueterie de laiton et d’étain, lui, est concerné par un dispositif de médiation correct : une plaquette de papier glacé est disponible pour chaque visiteur,... éditée par la Banque mécène qui a payé la restauration du meuble. Tout est à pleurer.
Des rumeurs circulent : le Musée des Beaux-Arts de Chartres vivrait ses dernières heures, avant de devenir un hôtel. De grand luxe, puisque c’est l’ancien palais épiscopal, placé contre la cathédrale,…

À pleurer, je le répète.

Jusqu'au 30 octobre 2013

«Le monde de Robert Coutelas 1930 - 1985»
Musée des Beaux-arts
29, cloître Notre-Dame
28000 Chartres

21 janvier 2013

Comment garder le moral, même par temps de crises... Recettes de Patricia Delahaie

Même si je ne suis pas le genre à être rivée aux anniversaires, un certain nombre de dates comptent, quand même. Et la fin de l’année et le début de la suivante, avec leur cortège d’injonctions aux bonnes résolutions, ça me donne envie de faire des listes, au moins mentales, de me faire de promesses et de me donner des buts.

Par un heureux effet du hasard (ou pas !), Patricia Delahaie publie ce mois-ci un petit livre inédit au Livre de Poche qui vient discuter de ça (et pas que). «Comment garder le moral même par temps de crises» nous parle sur le ton de la confidence de ces petites choses qui finissent par faire une montagne et de ces moments où elle s’avère difficile à déplacer. Analyse des émotions, trucs et astuces des gens heureux, gestion du stress... Les variations d'humeur sont passées à la moulinette de sa bienveillance dans cet essai au style alerte et enlevé.


La dernière partie : «Face à la vie», est la plus didactique. Qu’attendez-vous de vous ?  Que voulez-vous vraiment ? Ce chapitre sur la cohérence de soi est tout à fait intéressant. Une dernière partie, qui, finalement, donne les conseils que l'on sent les plus pertinents du livre pour se trouver et s’aider soi-même.

L'ouvrage de Patricia Delahaie n’est pas là pour soigner les très gros problèmes, comme elle le dit elle-même : «certaines blessures ne peuvent être pansées -et pensées- qu’en psychothérapie» . Il est là pour panser la petite plaie du jour, celle qui reste salement accrochée au ventre malgré une verveine-menthe. Il est là pour remplacer votre meilleure amie trop loin ce mois-ci ou parce que vous ne pouvez pas décemment rappeler votre frère pour lui dire qu’on vous a volé votre place dans la queue au Super-U.

Et, ça, c’est plutôt agréable. Un livre-doudou pour bien commencer 2013 !

«Comment garder le moral même par temps de crises» de Patricia Delahaie - Le livre de poche 2013

19 janvier 2013

Milarepa : un conte d'Eric-Emmanuel Schmitt

MilarepaPetit conte inspiré par le bouddhisme, « Milarepa » ressort au Livre de Poche en ce début 2013. C’est un tout petit Siddhartha (H. Hesse), un conte à lire en un voyage de train, qui se dévore comme une légende. Vraiment très court, donc je vais vous en dire très peu sur le livre !

Eric-Emmanuel Schmitt nous emmène loin, de Montmartre au Tibet. Il nous raconte l’histoire de deux hommes, Milarepa, et Svastika, il y a bien longtemps… L’un semble le mal incarné, l’autre le bien. Sont-ils si différents ? Petite échappée de sagesse, on peut reprocher au récit d’être trop bref. Mais enfin on méconnaîtrait alors le but de l’auteur, qui a écrit ce monologue en pensant aux ambitions théâtrales d’un comédien de ses amis.
Envie de froid (heu…), de sacrifice, envie de vengeance et de sang au XIème siècle, en 63 pages ? Eh bien voilà, vous l’avez. Bonne lecture !

«Milarepa» de Eric-Emmanuel Schmitt - Le livre de poche 2013

17 janvier 2013

҉ Réédition de Madame Solario ҉


à l'époque, le livre scandaleux est anonyme !
Incroyable mais vrai, ce roman culte est réédité ! Rembobinons quelques instants... "Madame Solario" était adapté l'année dernière au cinéma, par René Féret. Marie Féret jouait à la perfection l’inaccessible Nelly Harden, la mystérieuse Natalia Solario, et Cyril Descours Eugène, son frère par trop proche. La vieille aristocratie européenne profite de ses dernières heures de gloire au début du XXème siècle. Mais même les plus velours les plus épais et les couloirs les plus longs ne peuvent couvrir totalement le bruit des drames et des secrets de famille...

Dans ma critique, je vous le disais : impossible de trouver le roman de Gladys Huntington, à part dans le grenier de votre grand-mère ou dans une bibliothèque. Pour le lire, j'avais dû trouver un vendeur d'occasion, à Lisbonne. Mais comme le disait un récent article de Slate, en fait, contrairement aux idées reçues, les adaptions cinématographiques profitent à leurs oeuvres originelles. En l'occurrence, tadam, "Madame Solario" est donc réédité aux Belles Lettres. Aujourd'hui ce 17 janvier 2013. Pour vous, sans trouver de vendeur à Lisbonne, mais dans votre librairie. Sisi. Achetez-en deux, l'indisponibilité peut reprendre pendant trente ans, après. Je vous aurais prévenu. Et vous errerez, sur les rives du lac de Côme, hanté par Nelly-Natalia.
 
N'hésitez-pas à relire le billet que j'ai consacré au film de Féret, ni à écouter l'émission "une vie une oeuvre" consacrée à l'écrivaine longtemps anonyme de ce livre culte, enregistrée à l'occasion de cette réédition.

la réédition : avec le nom de l'auteure !
 
Madame Solario de Gladys Huntington - Les belles lettres 2012
 

"Sous la dure lumière qui tombait du plafond, ils demeuraient immobiles, elle sur le pied du lit, lui les bras croisés sur le dossier de sa chaise. Mais aucun éclairage ne pouvait être défavorable à la jeune femme - ni d'ailleurs à lui. Dans les intervalles de silence, l'attitude de Harden donnait à entendre qu'il ne comptait pas obtenir d'elle une réponse immédiate, mais qu'il préparait seulement le terrain pour en arriver là, et que sa patience était infinie." p.167, éd. Le livre de Poche, 1963


Madame Solario - Film de R Féret 2012

14 janvier 2013

L'exposition Street Art qui déplace les foules au Musée de la Poste

Installation de Ludo - 2012
Rarement on aura vu autant de monde au Musée de la Poste. L’appétit est grand pour cette exposition qui a créé le buzz lors de son annonce sur les réseaux sociaux et qui dépasse visiblement toutes les prévisions les plus optimistes en terme de fréquentation.

«Au-delà du Street Art» présente des œuvres d’artistes très connus du grand public comme Bansky ou Miss.Tic, mais aussi d’autres qui le sont un peu moins comme Dran ou Ludo.

Cette exposition propose, avant de se focaliser sur la jeune génération, de rappeler les origines de cette pratique avec une série de photographies et d’œuvres de pionniers (Ernest Pignon-Ernest notamment, évidemment !).
Puis viennent les créations de divers artistes : Bansky, C215, Dran, Invader, L'Atlas, Ludo, Miss. Tic, Rero, Shepard Fairey, Swoon et Vhils, qui pour six d'entre eux ont réalisé une œuvre inédite à l'occasion de la manifestation. Leur talent n'a souvent d'égal que leur humour et leur engagement.

Évidemment, c’est ce qui vaut au premier chef le déplacement au Musée, même si on apprécie aussi la remise dans leur contexte de travaux qui, dans la rue, ne disposent évidemment pas de cartels. Et c’est ce qu’il faut répondre à ceux qui se plaignent de payer pour des créations par ailleurs autrement gratuites : une meilleure connaissance de ce qu’on apprécie n’est pas négligeable !

La planche de timbres : COLLECTOR !


À découvrir jusqu’au 30 mars 2013.


L’Adresse Musée de la Poste
34 bd de Vaugirard
75015 PARIS
 
Retrouvez Ernest Pignon-Ernest sur le blog ici.

Pour lire un avis déçu sur l'exposition, vous rendre .

11 janvier 2013

La grande bleue ou la condition ouvrière

On peut avoir du mal à rentrer dans ce livre difficile. Difficile car la conjoncture économique est salement morose. La crise partout. Alors se plonger dans dix ans de travail à la chaîne...
Le roman de Nathalie Démoulin n'est pas attachant. On voudrait qu'elle se rebelle son héroïne puisque le livre nous fait voir la vie par ses yeux. On voudrait qu'elle se batte plus tôt, qu'elle fasse tout autrement. Mais c'est que nous on a 26 ans en 2013, et que l'héroïne, elle, en a 17 en 1967 répondrait l'auteure.
 
En attendant, «on» s'accroche et «on» reprend le récit des mésaventures de Marie, de tout ce qui ne lui arrive pas et de ce qui va peut-être lui arriver.
Les siennes de mésaventures, de souffrances, et celles de sa famille, de son frère trop aimé, Yvan, qui revient moitié dingue d'Algérie, de ses copines d'enfance et d'atelier. Les rares joies.

Le procédé narratif du «on» persistant, permanent, m'a parfois agacée. Mais un livre qui ne fait pas que parler de soi, mais des autres, mais de tant d'autres, c'est rare. Qui parle du collectif, de lutter ensemble, de vivre ensemble. De la grande bleue : d'espoir un peu. Il mérite d'en parler, il mérite d'être lu.
 
«La grande bleue» de Nathalie Démoulin - Au Rouergue 2012

Vous pouvez trouver quelques mots de l'auteur ici.

9 janvier 2013

La place royale : la fureur de vivre à la Comédie Française

Actuellement est donnée une œuvre de jeunesse de Corneille à la Comédie Française : «La Place Royale».
Je crains qu’à l’heure où j’écris ces lignes, les places ne soient rares, surtout avec Denis Podalydès dans le rôle titre, celui d’Alidor.
Mais enfin, ces dernières années, les pièces montées au Français ont souvent été montrées deux saisons de suite, donc ceci peut rester d’actualité un peu plus longtemps que prévu.

«La Place Royale» de Corneille, donc. Une écriture de 1634, un lustre toujours éclatant.

Voici la présentation qu’en fait le théâtre : «Place des Vosges, à Paris. Angélique et Alidor sont unis par une passion réciproque. Si tout va pour le mieux, c’est sans compter l’extravagance d’Alidor qui aime moins sa maîtresse qu’il n'idolâtre sa liberté. Le philosophe amoureux manœuvre donc pour se défaire d’Angélique et la donner à Cléandre, son meilleur ami.»
 
Cela commence trop mal pour se terminer assez bien. Et si la pièce est censée être une comédie, et que l’on rit, l’on songe avec ce décor années 60-70 à «la Fureur de vivre» et devant ces manipulations amoureuses au couple Sartre-Beauvoir. Quant au monstre d’égoïsme qu’est Alidor, il tend un miroir à une incapacité tout à fait actuelle de concevoir le compromis et l’existence de l’autre dans le couple dont jusqu’à l’idée même devient insupportable.
Terriblement et tristement moderne.

Jusqu’au 13 janvier.

Comédie Française - Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier
75006 PARIS

7 janvier 2013

Jean-Christophe Rufin : Sept histoires qui reviennent de loin

J'essaie de chroniquer régulièrement, mais c'est vrai, parfois - rarement - j'ai quelques mois de retard !
Les histoires qui reviennent de loin dont je parle aujourd'hui ont été publiées en 2011 chez Gallimard, et je les ai acquises à leur sortie en poche à la rentrée littéraire dernière. Et je ne les ai savourées que tout dernièrement, à la faveur de quelques jours de repos.
Pourquoi ce titre à ce recueil de nouvelles ? L'auteur s'en expliquait dans un entretien : «Ces histoires "reviennent de loin", soit qu'elles nous emmènent loin, vers des pays exotiques ou d'autres cultures, soit qu'elles reviennent du passé.»
Sept nouvelles donc, un tour du monde d'histoires universelles et particulières, autant de "petits romans" comme dit la quatrième de couverture.
Ceux qui apprécient l'écrivain depuis la parution de «L'Abyssin» seront heureux comme des rois : le talent de conteur de Jean-Christophe Rufin nous transporte aisément à travers le temps et l'espace, les rêves et les cauchemars.

«Cette ville, décidément, nous ressemble : le plan des rues, à angles droits, lui donne une apparence de raison, mais elle contient les édifices les plus hétéroclites, témoins des erreurs et des espoirs du passé.»

«Sept histoires qui reviennent de loin» de Jean-Christophe Rufin - Folio 2012


4 janvier 2013

Tabou : I had a farm in Africa...

Tabou - Miguel Gomes
 
Meilleur film de l’année 2012 pour bien des journalistes ciné, prix de la critique internationale au dernier festival de Berlin, «Tabou» de Miguel Gomes est incontestablement une très grande réussite. D’abord, il y a la magie du noir et blanc, qui donne immédiatement un cachet incroyable, une élégance à l’image. Les contrastes, qui déjà structurent très fortement le film, n’en sont que plus marqués. Entre passé et présent, Afrique et Europe, passion et désenchantement du monde, amour et regrets. Entre les deux parties du film, de nos jours d'abord et puis pendant les sixties.
Ensuite, bien sûr, le jeu impeccable des acteurs. Une évidence à dire, mais sans cela il n’y a pas de bon film. Enfin, mais surtout, mais totalement, cette histoire d’amour passion, d'amour interdit, qui vient troubler la moite quiétude de la fin de règne portugaise sur une colonie - peu importe laquelle. «I had a farm in Africa», les premiers mots dans «Out of Africa» de Karen Blixen résonnent forcément à nos mémoires lorsque s’ouvre la deuxième partie du film, plongée dans les années 60 dans ce coin perdu de l’Afrique Méridionale où les dominés commencent à ourdir une révolte...
Et il y a ce bébé crocodile, cadeau aberrant, qui ne cesse de s’enfuir... Tout un symbole !

Tabou, de Miguel Gomes ; avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Carloto Cotta - actuellement en salles

Vous pouvez aussi lire les belles critiques du Monde et du New Yorker.

2 janvier 2013

Le Monument aux Mains de Jérémy Gobé

Très belle année 2013 à vous tous qui me suivez régulièrement - ou non. Vous avez été plus nombreux en cette fin d'année 2012 et je vous en remercie, cela n'aurait guère de sens de continuer sans vous, anonymes et bienveillants lecteurs :) Meilleurs voeux !

Un lieu très agité, très urbain que la place Bellecour. Mais il suffit de s'approcher de la Fondation Bullukian pour s'abstraire du tumulte lyonnais. En ce moment, ne faire que rentrer dans la cour pour apercevoir ce lieu partenaire de la Biennale d'art contemporain serait tout à fait dommage : l'exposition présentée dans les murs de la Fondation vaut le détour.
 
 
Jérémy Gobé, un jeune artiste de vingt-six ans, a été sélectionné par le prix nouvellement créé de la Fondation Bullukian. Il expose ici une série de sculptures inédites et des travaux réalisés pendant sa résidence lyonnaise. Le tissu est omniprésent, le blanc aussi, le drapé, on pense à la sculpture antique et à la céramique, à Madame Grès très vite - forcément. La beauté plastique des oeuvres est fascinante, mais les créations de l'artiste ne s'y résument pas. Elles sont en effet tout autant tissées par des histoires familiales, personnelles et sociales, qui ont été confiées à Jérémy Gobé.
  
N'hésitez pas à pousser la porte : l'entrée est libre.

Jusqu'au 16 février 2013
  
Fondation Bullukian
26 Place Bellecour
69002 Lyon