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29 novembre 2012

Lubitsch : Haute Pègre en DVD !

Cette réédition est un bonheur : découvrir un film de Lubitsch est toujours un moment délicat, subtil comme ses comédies douces et amères, parfois jusqu'au rire tragique ("To be or not to be", "Ninotchka"...).
"Haute pègre" ("Trouble in paradise"), réalisé en 1932, était un des films préférés du réalisateur, qui estimait "n'avoir rien fait de mieux du point de vue du style". Et si aujourd'hui il n'est sans doute pas le mieux connu, c'est pourtant un bijou, ciselé comme ceux qui sont subtilisés par un couple d'Arsène Lupin. Car le duo formé par Gaston Monescu et sa compagne Lily est un couple de voleurs de haut vol, qui vit presque aussi bien que les aristocrates qu'ils plument. Bien sûr, ceci engendre un certain nombre de complications, notamment amoureuses, entre Venise et Paris...

La censure à laquelle Lubitsch devait veiller l'oblige à multiplier les allusions : le spectateur d'aujourd'hui est charmé devant ses pitreries de cinéaste malin ! La morale est d'ailleurs laissée de côté avec tout autant de maestria, et si vous prenez le temps de regarder ce chef-d’œuvre, vous verrez que les plus voleurs ne sont pas forcément ceux que l'on croit...
Qui se déguise ? Qui est qui, véritablement ? Quelle est la réalité, où est l'apparence ? Par delà le vaudeville distingué, Lubitsch s'amuse des codes et retourne personnages et intrigues classiques, une fois de plus.

Haute Pègre, de Ernst Lubitsch avec Herbert Marshall, Miriam Hopkins, Kay Francis - DVD Flair 2012

© Les Grands Films Classiques

Bonus ! Saviez-vous que le film «You've Got Mail» («Vous avez un message») avec Meg Ryan et Tom Hanks est tiré du film de Lubitsch «The Shop Around the Corner» («Rendez-Vous») ?

26 novembre 2012

Woody Allen : une réédition double dose chez Points2

“ Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien. ”
On connaît l’humour de Woody Allen, un humour jaune, une réflexion sarcastique et désespérée sur l’existence oscillant entre blagues juives et dérision à l'anglaise, qui lui fait estimer que Dieu n’existe pas (cherchez donc un plombier le dimanche).
Sa célèbre ironie ne s’est pas seulement déployée tout au long de sa filmographie, elle est également disponible en concentré dans ses livres ( «L'erreur est humaine» , «Adultères» ... ).

Depuis quelques jours sont ainsi réédités dans un volume Points2 (la nouvelle collection facilement lisible d’une seule main dans une rame de la ligne 13 à l’heure de pointe - enfin, peut-être pas tout à fait) «Dieu, Shakespeare et moi» suivi de «Pour en finir une bonne fois pour toute avec la culture».
Dans le premier, vous pourrez entre autres trouver un pastiche des lettres de Van Gogh à son frère Théo, et dans le second l'un des textes les plus drôles réécrit la biographie du Comte de Sandwich.
 
Puisqu’être heureux c’est forcément « aimer souffrir », on peut toutefois en rire avec cette nouvelle réédition. Incroyable mais vrai, Woody est devenu tellement culte qu'il n'est même plus besoin, comme pour les précédentes éditions, de présenter une photo de lui en couverture.
Des lunettes suffisent : 

22 novembre 2012

♫ Interview de Beth Hart ♫

Beth Hart - photo du site bethhart.com
Beth Hart, je vous en parlais à l'occasion de la sortie de son dernier album, "Bang bang boom boom". La chanteuse américaine à la voix rocailleuse et à l'enthousiasme bouillonnant m'a accordé une interview lundi dernier par téléphone. Voici l'essentiel de la retranscription de Beth Hart, résultat selon le magazine Elle de l'équation Bettie Page + Janis Joplin.

Alors, comment vas-tu ? Es-tu heureuse d’être à nouveau à Paris ?
Oui nous sommes très contents d’être à Paris, nous connaissons bien la ville avec mon mari Scott, nous venons depuis des années, c’est une ville incroyable !

On connait tes positions pro-Obama, as-tu été rassurée par la réélection du Président ?
Oui ! Nous avons voté pour lui, nous étions tellement contents, quand nous avons su nous avons ouvert la fenêtre, nous avons crié son nom, c’était la fête, des amis sont venus, tout le monde avec les enfants criait «Obama, Obama», c’était génial, incroyable !

Revenons à toi ! Quelle est ta chanson préférée sur cet album ?
Forcément c’est «Baddest blues», parce que c’est une chanson inspirée par ma mère, par les sentiments et difficultés qu’elle a traversé au moment de son divorce avec mon père, forcément je l’aime beaucoup, et puis elle est un peu en écho à «Don’t explain», qui était une de mes chansons préférées sur l’album de reprises que j’ai fait avec Joe [Bonamassa].

Un certain nombre de chansons sont vraiment «rétro», l’esprit cabaret plane vraiment sur l’album, je pense au single bien sûr mais aussi à des chansons comme «Swing my think back around». Qu’est-ce qui t’a donné l’idée de faire ces chansons «vintage» ?
Eh bien quand j’ai commencé à écrire ces chansons j’étais justement en promo à Paris, c’était l’année dernière, j’entendais ces petits orchestres qui jouent, qui me rappelaient des choses entendues enfant, et je suis rentrée, je me suis mise au piano, j’ai cherché quelques mélodies, je les ai mises sur mon Ipod… J’étais très contente d’avoir écrit mon premier solo de piano (NDLR : pour «Swing My Thing Back Around») ! C’est plus tard à la maison j’ai écrit les paroles. Ce sont des chansons en écho à mon enfance, à ce que j’entendais par ci par là...

Donc tu écris les chansons toi-même ? Qu’est-ce qui t’inspires ?
Oui j’ai écrit pas mal de chansons moi-même, forcément «Baddest Blues», à propos de ma mère, ou «Swing my thing back around», «Spirit of God»...
Ce qui m’inspire le plus ce sont sans doute ces gens qui doivent faire face à de grandes difficultés, je suis inspirée par le courage de personnes comme ma mère, par les gens qui se battent, qui vont par-delà les coups durs de la vie.

Tu as une belle voix, très forte qui donne la chair de poule. Tu me fais penser à Billie Holiday et Nina Simone bien sûr mais aussi Janis Joplin… Tu penses qu’il faut avoir eu une vie difficile, comme elles et toi d’ailleurs, pour chanter comme ça ?
Merci beaucoup ! En fait pas spécialement, peu importe qui tu es, la vie est difficile, et pour l’inspiration, la musique ce sont les deux, joie et peine qui comptent, pour les artistes de toute sorte ! Ce qui compte c’est d’aller au-delà des malheurs, sinon il faut effacer sa mémoire… En tout cas il faut faire aussi honnêtement que possible.

En mars dernier j’ai eu l’occasion de voir Candye Kane en concert, une autre chanteuse américaine de blues qui a une voix et une histoire extraordinaires… Tu la connais ? Qui apprécies-tu actuellement ?
Non je ne vois pas qui c’est, en fait je n’écoute pas en majorité d’artistes vivants, mes références sont plus anciennes, ce sont plus des artistes que j’écoutais déjà petite, qui m’ont marqué, Aretha Franklin, Etta James, des jazzmen comme Jimmy Smith... même si j’adore Amy Winehouse elle était phénoménale !!

Est-ce que tu penses que faire du blues, du rock ou juste faire de la musique est plus difficile pour les femmes ? Est-ce que tu trouves que c’est dur de se faire une réputation dans ce monde d’hommes ?
Non je ne suis pas tellement d’accord, ce n’est pas un monde d’hommes, c’est un monde d’hommes et de femmes à la fois, ce qui est important c’est ce en quoi tu crois, tu y crois tu travailles et tu fonces, tu le fais ! Ce qui est important c’est d'être en accord avec toi-même !

En ce moment tu tournes, comme ça se passe ?
C’est vraiment génial, j’adore être en tournée, nous commençons par l’Europe, nous faisons pas mal de dates et nous retournons aux États-Unis, et nous revenons en Europe !

Et pour la suite ?
Eh bien je vais prendre du temps pour me reposer, mais aussi pour écrire, en janvier on enregistre un deuxième album avec Joe [Bonamassa] ! Oui j’aime être occupée, à nouveau très occupée, ce sera le même principe que sur «Don’t explain», avec des chansons diverses, j’espère pas mal de jazz !


Tournée française en mars 2013 : 
 
14 mars - Beauvais  / Festival Blues Autour du Zinc
16 mars - Strasbourg / La Laiterie
19 mars -  Bordeaux / Rocher de Palmer
21 mars - Lyon  / Le Transbordeur
23 mars - Clermont-Ferrand  / La Coopérative de Mai
25 mars - Conflans-Sainte-Honorine / Théâtre Simone Signoret - COMPLET !
26 mars – Rouen (Cléon) / La Traverse
28 mars – Paris / Olympia
30 mars – Marseille / Espace Julien

19 novembre 2012

À la Une du New York Times : le documentaire indispensable sur la presse

Grâce au mois du film documentaire, «À la Une du New York Times» m’a été fort opportunément suggéré par une table à l’entrée de ma bibliothèque.
C’est donc avec un certain retard par rapport à sa sortie en salles (il y a quelques mois) que j’ai visionné le film dont le sujet est toujours d’une brûlante actualité. Grâce au journaliste David Carr, charismatique et atypique, un tableau très vivant du quotidien d’un journal durement frappé par les bouleversements numériques nous est dévoilé. Le cinéaste Andrew Rossi, en suivant David Carr de conférences en reportages, donne à voir la fin d'un monde, celui qui a connu son apogée sous le règne de patrons de presse comme William Randolph Hearst (Citizen Kane, c'est lui) et qui est ébranlé par les scandales et l'Internet depuis quelques années. Le New York Times doit licencier, composer avec Wikileaks, se réinventer et tenter d'imaginer la place du journaliste de demain. À voir les trois écrans (minimum) que celui d'aujourd'hui gère déjà sur son bureau, une seule chose est certaine : cela ne sera pas simple.

«À la Une du New York Times», de Andrew Rossi, Studio Canal 2012
Une critique du Monde est aussi disponible ici.

16 novembre 2012

Accabadora : la Sardaigne secrète !

"Accabadora" de Michela Murgia a été très apprécié lors de sa sortie il y a environ un an, lors de la précédente rentrée littéraire. Moi-même assez déçue par de gros livres prétentieux ("La théorie de l'information" de cette année était à l'époque le "Brut" de Dalibor Frioux), j'ai trouvé dans ce récit touchant un certain réconfort.

Le livre nous plonge dans le quotidien d'un petit village sarde dans les années 50. Une vieille femme, Tzia Bonaria, recueille Maria, une enfant "de trop". Fascinant personnage : il est inspiré d'une pratique attestée d'euthanasie en Sardaigne, reposant sur une femme qui aidait les mourants à partir sur demande de leur famille.

Plongée poétique dans le temps - mais lequel exactement dans ce monde immobile, tout de tradition - avec une extraordinaire "sorcière", c'est aussi le portrait d'une femme forte et courageuse.
 Un très beau livre, désormais disponible en poche.

13 novembre 2012

Un Tim Burton en vaut-il un autre ?

À ma gauche, "Dark Shadows", sorti il y a quelques mois en salles et désormais en DVD. À ma droite, "Frankenweenie", actuellement au cinéma. Et cette question : "un Tim Burton en vaut-il un autre ? ". Ceci étant, il est bien évident que si je pose la question avec cette innocence feinte c'est que je suis bien convaincue de la réponse à y apporter. Non, évidemment. Après l'immense regret qu'a suscité chez ma petite personne "Dark Shadows", fantaisie niaiseuse, mielleuse et so glam rock qu'elle en était très glam mais plus très rock, j'ai frémi (de bonheur) devant le retour aux sources, le back to black, back to basics que constitue, au contraire, "Frankenweenie". "Frankenweenie" c'est du vrai Tim Burton, avec des morceaux de "Beetlejuice" et "Edward aux mains d'argent" dedans.
Quand "Dark Shadows" nous servait une histoire moralisatrice dans laquelle la vile populace manquait de respect à ses patrons fondateurs (diable !), "Frankenweenie" nous offre une stimulante illustration de la célèbre formule de Rabelais, "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", accolée à une jolie défense d'un enseignement émancipateur. Sans compter les innombrables références aux vieux films d'épouvante, l'histoire du petit Victor et de son chien passionne les enfants et sert de beau prétexte pour parler de différence aux adultes.

À croire qu'en cette année 2012, Tim Burton est un peu schizophrène...

"Frankenweenie", de Tim Burton, actuellement en salles
"Dark Shadows", de Tim Burton, avec Johnny Deep, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green... DVD Warner Bros 2012

10 novembre 2012

Irène Némirovsky : Suite Française adapté au cinéma !

Irène Némirovsky, fonds du NYTimes
La rumeur enflait, mais là, elle semble bien confirmée, car le Livre de poche, éditeur des «Œuvres complètes» d'Irène Némirovsky a annoncé sur son site internet le tournage prévu.

«Suite française» va donc être adapté au cinéma l'année prochaine. Le roman fleuve de l'écrivaine sur grand écran !
Cette magistrale fresque romanesque sera transposée au cinéma par le réalisateur britannique Saul Dibb («The Duchess»).


 Dans ce grand récit de l'Occupation et de l'exode, Michelle Williams devrait interpréter la pianiste Lucile Angellier, mais on annonce également Kristin Scott Thomas ou Sam Riley.

Rappelons que le texte est inachevé : la romancière, juive, est arrêtée en 1942 et déportée à Auschwitz-Birkenau où elle meurt assassinée.

Sur le blog vous pouvez trouver plusieurs billets la concernant : à propos de la sortie des «Œuvres complètes», évoquant la redécouverte des «Dialogues comiques», ou celle de «la Symphonie de Paris».

Bonne lecture !

6 novembre 2012

«Life’s a Beach», so is Martin Parr ?

«Life’s a Beach». Quel titre bien choisi ! Toute la photographie de Martin Parr est là : une blague que selon son niveau de langage, on trouve plus ou moins vulgaire.

La photographie de Martin Parr nous la connaissons tous. C’est ce que nous voyons lorsqu’un car de touristes se déverse devant un monument et qu’en descend une trentaines de bedonnants, appareils photos autour du cou, shorts et chaussettes dans les tongs.
Couleurs criardes, tons saturés, postures désavantageuses -voire ridicules, accentuation des travers.

Quelques jours après avoir passé en revue les photographies de Martin Parr exposées à la Bibliothèque municipale de Lyon, j’ai toujours le même sentiment. C’est la première fois que je visitais une exposition lui étant entièrement consacré : n’ayant aperçu que des fragments de son travail lors d’expositions collectives, il fallait me donner les moyens d’ajouter à ces aperçus un peu plus de matière pour être sûre de mon sentiment. Un sentiment d'exaspération. Oui, la post-post-modernité, c’est moche. Oui, le touriste/plagiste moyen est laid, s’agglutine de façon moutonnière et prend en photo sa petite-fille avant de regarder l’arc-en-ciel qui illumine la plage. Oui, la société de consommation est absurde. Mais je n’arrive pas à croire à sa profession de foi, son discours de regard tendre sur les gens.

Martin Parr prétend redonner de la dignité quand je ne vois que moquerie cruelle des dupés de la Terre. En prétendant « jouer un rôle de critique sociale et politique » tout en divertissant, il ne fait que se plier aux règles de la société du spectacle, celle qui nous fait «vivre et penser comme des porcs» (Gilles Châtelet) et nous «distraire à en mourir» (Neil Postman).
Une pirouette intellectuelle ou tout simplement, une belle supercherie.

Jusqu'au 29 décembre 2012

«Life’s a Beach»
Bibliothèque municipale de Lyon
30 bd Vivier-Merle
69003 LYON