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31 octobre 2012

Bojan Šarčević : exposition monographique à l'IAC

Dans une ancienne école de Villeurbanne, on trouve un Institut d’art contemporain. Actuellement, dans cet institut, il y a une exposition. Cette exposition, c’est celle de l’artiste franco-bosniaque Bojan Šarčević. Dans un quartier résidentiel, l’irruption soudaine d’un bâtiment coloré montrant de l’art contemporain fait surgir la création dans la ville. Cela n’a sans doute pas déplu à l’artiste...
 
Éventuellement, Bojan Šarčević - vue de l'exposition IAC 2012
 
L’Institut nous indique que «le titre de l’exposition, L’ellipse d’ellipse, par son évocation d’une figure géométrique curviligne, consiste à la fois en un jeu de mots et en une manière d’indiquer, dans cette exposition, la mise en perspective des préoccupations fondamentales de l’artiste, présentes depuis le début de son travail». Pour que cela soit plus parlant, revenons un instant à la définition de l'ellipse : « omission d'un ou plusieurs mots dans un énoncé dont le sens reste clair ». Ce qu’il faut comprendre, c’est que les oeuvres de Bojan Šarčević sont pleines de sous-entendus,  d’allusions, d’évocations… Ou bien suis-je en train de laisser l’intitulé de l’exposition dominer mon propos ? Certaines oeuvres peuvent paraître très premier degré ! Je pense ainsi à cette pastèque remplie par un morceau de viande crue. Le message est peut-être subtil, il n’empêche que les réactions dans l’exposition sont fortes et contrastées...

Installations, sculptures, vidéos, Bojan Šarčević est un touche à tout. Comme toujours dans les expositions monographiques, il est passionnant de découvrir le travail d’un artiste dans sa diversité. Diversité des formes, des inspirations, diversité dans le temps. Deux oeuvres m’ont paru parmi les plus intéressantes. «Comme des chiens et des vagues» en premier lieu. Elle est composée d’une sculpture noire graphique, et d’un ensemble de photographies encadrées. Les tirages montrent de jeunes filles habillées de motifs faisant écho à la sculpture, et l’enchaînement de l’accrochage des photographies sur le mur de l’exposition fait vivre ces clichés comme un petit film, avec grâce, entre onirisme (est-ce un ballet ?) et réalisme (des ballerines peut-être, mais dans une villa abandonnée...). L’accrochage lui-même est graphique, et devant cette œuvre complexe on a la sensation d’une maîtrise totale des techniques artistiques : la sculpture, l’installation, la photographie, le stylisme, la mise en scène, tout se mêle et l’on note les correspondances en s’émerveillant du talent de l’artiste.
 
En second lieu, «Éventuellement» est au premier regard une suite d’étagères avec des plateaux de cuivre. En fait, son nom prend tout son sens au fur et à mesure de la déambulation : toutes semblables et différentes, elles représentent pour moi les possibles, les probabilités, avec des assemblages tous différents et d’une grande beauté dans le dépouillement.

Par ailleurs, les vidéos, très poétiques, valent également toute l’attention du visiteur. Mais toutes les productions présentées ne m’ont pas autant plu. D’autres pièces flatteront des sensibilités différentes de la mienne. Faites-vous votre propre opinion, l’exposition se tient jusqu’au 18 novembre.

Jusqu’au 18 novembre 2012

Institut d’art contemporain
11 rue Docteur Dolard

69100 Villeurbanne

25 octobre 2012

Le Journal de Frankie Pratt : un charmant roman graphique et rétro

Roman graphique rétro et féminin, «Le journal de Frankie Pratt» est vraiment une des lectures qui m'a le plus ravie ces derniers temps.
Sorti il n'y a pas même un mois, c'est d'abord la beauté de l'objet qui m'a séduite sur une table de nouveautés. Car c'est avant tout un très beau livre, relié, au papier épais. À l'intérieur, il est composé comme un scrapbook.

Devenu très populaire, le scrapbook se compose d'un album photo «augmenté», mis en scène, où la photo côtoie les petits souvenirs : billets de voyage, de sorties, tous ces petits témoignages de ce que l'on a apprécié. 
Cette technique fonctionne ici à merveille : les années vingt se prêtent au collage de «réclames», tickets et emballages de l'époque en fac-similés. C'est donc tout un monde qui nous enveloppe immédiatement lorsqu'on feuillette le livre une première fois, avant même d'en entamer la lecture.

Particulièrement agréable à regarder, le « Journal de Frankie Pratt » est aussi un récit enlevé de la romancière Caroline Preston.

Elle nous plonge dans le quotidien, les rêves et les amours d'une étudiante de l'Université de Vassar, aux États-Unis, née en 1902. Une étudiante différente des autres : boursière, Frances (pour l'état civil seulement) ne voit pas son avenir dans le mariage, mais dans l'écriture. Elle lit Fitzgerald et d'ailleurs, ses amis Allegra et Oliver sont des personnages typiques de la «génération perdue». Forcément, Frankie va rencontrer Joyce à Paris, lorsqu'elle habite au-dessus de la mythique librairie de Sylvia Beach.
Mais pour savoir ce qui l'amène là, il va falloir vous plonger à votre tour dans ce tourbillon où les garçonnes sont reines !

22 octobre 2012

"W./E. : Wallis & Édouard" : à (re)voir avec émotion !

Eh oui, Madonna a réussi son pari. Certes, le film a été déprécié par toute la critique, avide de lui dénier la capacité de réaliser une œuvre cinématographique de qualité, par on ne sait quel mouvement d'un snobisme caricatural - et tellement prévisible. Et pourtant, "W./E. : Wallis & Édouard" est un beau film !
Faut-il voir dans ce rejet, également, le rejet d'un film de femme ? Le rejet d'une écriture de l'Histoire du point de vue des femmes ? Je ne prêterai pas à toutes les critiques ce rejet-là. Néanmoins, parfois, une certaine misogynie - plus ou moins latente - est perceptible.

"W./E. : Wallis & Édouard" raconte en effet deux histoires entrecroisées. Celle de Wallis Simpson et de son histoire d'amour avec le prince Édouard, devenue affaire d'État, et celle de Wally Winthrop qui, plusieurs décennies plus tard, trouve réconfort et courage dans l’évocation de la vie de l’amante du prince.
Il faut lire les critiques masculines pour comprendre qu’ils méprisent le personnage de cette femme méprisée et battue par son mari...

Andrea Riseborough est Wallis.
 
Estimer comme le journaliste de Première que Madonna est fascinée par les princesses est ridicule. Le film rend hommage aux femmes qui trouvent, malgré leurs doutes et leurs peurs, le courage d’être libres dans un monde d’hommes…Et si cela est si évident, c’est que le jeu des acteurs est parfait. Tous excellent, et si cela n’avait pas été le cas, tous les décors et les costumes (extraordinaires) n’auraient servi à rien… Par ailleurs la musique aussi doit être saluée : Abel Korzeniowski a créé une bande-son émouvante, qui évoque parfaitement la romance complexe et saturée des deux protagonistes. Madonna, ici aussi, a bien choisi.
 
Il faut espérer que la sortie du DVD donne au film le public qu'il aurait dû trouver lors de sa sortie en salles...

"W./E. : Wallis & Édouard" de Madonna avec Abbie Cornish, James D'Arcy, Andrea Riseborough, Oscar Isaac, Richard Coyle, James Fox, Judy Parfitt - StudioCanal 2012

18 octobre 2012

Niek van de Steeg : Yellow Cake § Black Coffee

Petite Maison de la Matière Première  - Niek van de Steeg
Attention, c'est bientôt terminé ! Jusqu'au 28 octobre, c'est une exposition monographique de Niek van de Steeg qui se tient au centre d'art Le LAIT à Albi. Si le centre d'art vaut pour lui-même la visite (installé dans les anciens moulins albigeois), l'exposition séduira ceux qui apprécient quand les oeuvres d'art contemporain se saisissent de problématiques économiques.
En effet, la créativité de l'artiste n'est pas de celles qui, gratuites, sont "de l'art pour l'art".

Ainsi, "la machine à café" est très intéressante. On l'appréhende d'abord en entrant dans une salle où sont exposées des toiles représentant des cercles concentriques marrons -pour vous les figurer, imaginez la coupe d'un tronc d'arbre. Dans la pièce attenante, vous comprenez que la production de ces toiles est en quelque sorte "automatisée", puisqu'une machine à café produit les tableaux avec un système de goutte à goutte. Des paquets de cafés, plus ou moins équitables ou bio, plus ou moins datés, sont posés sur une étagère. Si je trouve que le travail de l'artiste est ici passionnant, c'est qu'il créé un mécanisme formant de beaux motifs (on se surprend à aimer une "peinture" puant le café) et, en même temps, nous fait réfléchir non seulement aux conditions de production des œuvres, mais à la notion de conditions de production tout court.


Et puis, clou de l'exposition ! Comment résumer la machinerie de la "Fondation de la Maison pour la Matière Première", grande installation composée de textes, sculptures, pièces en céramique ou en verre, vidéo, images dessinées ou peintes ? Peut-être en disant que cet ensemble s'intéresse à l'entreprise avec une démarche que l'on pourrait rapprocher de celle de Yann Toma avec Ouest Lumière : création de logo, exposition de maquettes, de pièces emblématiques. Et surtout, brouillage de la frontière réalité-fiction, posant à sa manière de plasticien une question bien actuelle : qu'est-ce qui est réel dans notre économie ?
Certes, d'autres œuvres sont plus opaques, ainsi la réactivation du "Pavillon à vent", avec des "traces" permettant seulement d'imaginer une installation précédemment montrée ailleurs... Frustrant dispositif.

Mais il faut se faire une idée, et qui sait, préfèrerez-vous "Le pavillon à vent" à "La machine à café" !

Jusqu'au 28 octobre 2012

Centre d'art Le LAIT
Moulins Albigeois
41 rue Porta
81000 Albi

15 octobre 2012

Moonrise Kingdom : le DVD de la rentrée !

Si vous avez gardé votre âme d'enfant, et que "Paul et Virginie" est un de vos livres préférés, il est certain que vous avez adoré "Moonrise Kingdom", sorti en mai dernier. Et si votre fin d'année était chargée, alors rattrapez-vous avec le DVD, sorti juste pour égayer les premiers jours d'octobre. Plongée dans une carte postale sixties, le film de Wes Anderson raconte une histoire d'amour et de différence de deux enfants, un orphelin qui démissionne de son camp scout et une passionnée de fantasy, armée de ses ciseaux de gauchère. Elle préfère voir le monde à travers ses jumelles, et lui trouve que c'est de la poésie. Le film de Wes Anderson en est sans aucun doute.

Au milieu d'une actualité triste à pleurer et de faits divers sordides, c'est un conte de fées bienvenu.

"Moonrise Kingdom", de Wes Anderson, avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bruce Willis, Edward Norton... - StudioCanal 2012

12 octobre 2012

Beth Hart fait enfin Bang Bang Boom Boom !

J’aime les Américaines atypiques. Celles qui font bien davantage rêver que des filles dont la réalité n’apparaît pas vraiment comme certaine.
Après Candye Kane, je vous propose, si ce n’est déjà fait, de découvrir Beth Hart, que l'on compare à Amy Winehouse.
Beth Hart est une surdouée de la musique, une pro du violoncelle, elle peut improviser au piano - et bien évidemment, elle compose. C'est une femme qui connaît aussi bien la musique classique que les musiques urbaines.

Elle peut jouer Janis Joplin ( dans «Love, Janis», c'est elle !), et chanter avec Slash («Mother Maria»). Et ça y est, la consécration mondiale va arriver.

 
Beth Hart ne l’a pas particulièrement cherchée, se perdant parfois dans l'alcool, elle faisait groove quand elle avait envie, soul à d’autres moments. Entre rock et blues, mariée à son roadie Scott et sobre, elle trouve cependant avec «Bang Bang Boom Boom» un équilibre des styles que l’on admire - forcément.

Et cette consécration est bien méritée ! Pour ses quarante ans,  je suis sûre que Beth va avoir un beau cadeau d’anniversaire : les places de sa tournée 2013 vont s’arracher.

Edit. Vous pouvez désormais retrouver également une interview de Beth Hart ici.

«Bang Bang Boom Boom» de Beth Hart - Mascot / Wagram 2012

Tournée française en mars 2013



10 octobre 2012

Zizi Chauve-souris : Cheveux rester !

Guillaume Bianco - couverture Zizi
Une charmante nouvelle série bédé vient de débuter avec « Zizi Chauve-souris», une petite fille qui ne fait qu'un avec la chauve-souris qui a élu domicile dans son abondante et indisciplinée chevelure.
 
Zizi et sa chauve-souris sont un peu comme Calvin et Hobbes, souvent repliés dans leur monde, un monde où sont tapis les monstres gobeurs d'yeux d'enfants et même le Grand-Garou.
 
Mais Zizi a aussi une mère célibataire, veut un téléphone portable, et sa chauve-souris se moque des réponses glanées sur les forums internet.
 
Avec de petits strips en finesse, les auteurs Lewis Trondheim (à la plume) et Guillaume Bianco (au dessin) créent une héroïne sympathique et attendrissante.
 
Tout n'est pas original, de certaines réflexions attendues de la bêbête à la couleur forcément rousse des cheveux de la rebelle, mais c'est très plaisant. Pour tous !

«Zizi Chauve-souris - T1 : Cheveux rester», Lewis Trondheim et Guillaume Bianco - Dupuis 2012

7 octobre 2012

La hussarde : nouvelle revue féminine

Le tout premier numéro de «La Hussarde», jolie revue-livre, livre-revue (pas très loin des mook books) est sortie récemment.

Késkecé ? Sous-titrée la nouvelle revue féminine, et éditée par Rue Fromentin, la revue se veut décalée par rapport aux magazines dits féminins tels Biba, Grazia, Glamour... D'où vient cette idée d'une revue qui, détournant les codes habituels, propose en recette de cuisine un «apéritif qui tue» à base de Forlax pour écourter une réunion de famille, raconte le glam rock via Poison Ivy et Lux Interior et incite les jeunes filles «à dire non aux vampires» ?

Tout simplement de la parution de «Je hais les jeunes filles, 20 ans, anthologie», l'année dernière.
 
Cette compilation, que j'ai personnellement dévoré, a rendu nostalgique des filles qui, comme moi, n'ont pas connu un magazine réellement impertinent, écrit par des femmes qui ne faisaient pas que lire des communiqués de presse, avec des questions comme : «Faire semblant d'être quelqu'un quand on n'est pas grand chose». Bref, les conceptrices de la Hussarde se réclament du vieux mag' «des filles en arrêt Prozac» et cela fait du bien. L'article «Il n'y a pas de femme artiste» peut soulever de grands débats, le cœur du magazine, culturel, est d'une lecture passionnante et agréable, et la fin est hilarante.
Vivement le n°2 !

La Hussarde, nouvelle revue féminine, n°1 «Il n'y a pas de femme artiste» - Rue fromentin 2012
«Je hais les jeunes filles, 20 ans, anthologie», Ouvrage coordonné par Marie Barbier - Rue fromentin 2011