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29 septembre 2012

Rien n'est trop beau : le Sex and the city des 5O's

Comme Caroline, une des héroïnes de "Rien n'est trop beau", Rona Jaffe a débuté dans l'édition tout juste sortie de Radcliffe en habitant encore chez ses parents.

Elle était bien placée pour écrire ce roman qui dépeint un New York qui change, avec ces filles qui espèrent échapper à une vie morne en ne se rendant parfois pas même compte que cela implique et engendre l'émancipation de toute une génération. Certaines sont plus ambitieuses que d'autres, certaines plus romantiques. Dans le best-seller de l'écrivaine, Caroline, Barbara, Gregg, April (et bien d'autres) sont des symboles d'une Amérique en pleine mutation. On est loin du féminisme des Débutantes : nous sommes dans les années 50, et si les femmes travaillent, elles rêvent avant tout d'un mariage qui assurerait leur confort économique et social.

Mais cette publication de 58 doit sans doute son succès immédiat à avoir abordé l'avortement, le harcèlement sexuel et la virginité, toutes choses comme dit Caroline que l'on évoquait pas entre gens bien élevés, mais qui étaient les préoccupations de millions de femmes.

Rien n'est trop beau, Rona Jaffe - Le livre de poche 2012

27 septembre 2012

Journées du patrimoine : la prison Saint Paul à Lyon

Ernest Pignon-Ernest, Prison Saint Paul 2012
 Qu'est-ce que l'enfermement ? De quoi est faite la réalité de la privation de liberté imposée en démocratie aux délinquants et criminels, et en période de guerre, d'Occupation, aux opposants, aux résistants ?
 
À l'occasion des dernières Journées du patrimoine il était possible de visiter la Prison Saint Paul à Lyon, et alors ces questions devenaient terriblement tangibles. Le lieu "prison" s'impose à vous, simple visiteur, dès que vous en franchissez le seuil. L'idée de table et la table sont deux choses différentes, comme le fait d'imaginer une cellule de 9m2 et la vision in situ d'une telle cellule. Néanmoins il ne s'agissait pas de donner à voir la prison en elle-même, satisfaisant à une curiosité morbide. Mais d'une part, de réfléchir à l'institution pénitentiaire en tant que telle et d'autre part,  penser à l'incarnation de cette institution à la fois comme un outil répressif de la démocratie, et comme un outil de violence légitime comme de violence illégitime.

Des artistes avaient été invités à opérer la transition entre la prison et l'école, puisqu'à l'issue de travaux, à l'emplacement de l'établissement pénitentiaire se trouvera l'Université catholique. Ernest Pignon-Ernest s'est particulièrement inspiré de la violence illégitime qui s'exerça dans cette prison, où nombre de résistants ont été torturés et tués. Les collages des visages de ces hommes et femmes héroïques leur rendent hommage. Avec celles d'Ernest Pignon-Ernest, d'autres oeuvres, les portraits de Patrice Giorda notamment, rappellent l'humain quand tout dit l'inhumanité.

24 septembre 2012

Caravage et le caravagisme européen au Musée Fabre

Jusqu’au 14 octobre 2012, au musée Fabre de Montpellier, c’est un festival de clair-obscurs, de lumières éclatantes, surgissant de toiles noires, de contrastes saisissants et de sujets dramatiques. En un mot, jusqu’à cette date, le Musée accueille une part de l’exposition sur la postérité du Caravage (l'autre partie est à Toulouse) :  les caravagismes italien, français et espagnol. Après quelques toiles du Maître, ce sont donc celles de ses immédiats imitateurs, les Italiens qui sont présentées. On y retrouve Artemisia et son père, mais aussi Manfredi. Le parcours est étourdissant, jusqu'aux chefs-d’œuvre du peintre Georges de la Tour. Immanquable.

Corps et Ombres : Caravage et le caravagisme européen
Musée Fabre
39 boulevard Bonne Nouvelle
34000 Montpellier

22 septembre 2012

Les débutantes : J. Courtney Sullivan raconte la condition féminine américaine

La rentrée littéraire, ce sont ces centaines de livres étalées sur/sous les tables des librairies, selon le degré de célébrité de l’auteur. Pour ceux qui aiment faire leur petit marché en cette période de nouveautés, c’est une période de découvertes.

Cette année, entres autres, un gros pavé a attiré mon attention, «Les débutantes» de J. Courtney Sullivan. 
Il raconte l’histoire d’une amitié incroyable entre quatre filles, Célia, Bree, April et Sally à Smith, université réservée aux femmes, féminine et féministe.

La romancière, se plaçant alternativement du point de vue de chacune, raconte les exaltantes années d’études dans cet établissement libertaire hors normes (où elle-même a étudié) mais aussi les difficiles années de la vie après la remise des diplômes.
 
Au départ, j’ai eu du mal à adhérer au texte, peut-être du fait de la traduction de l’américain. Mais rapidement, je me suis beaucoup attachée aux personnages qui sont très travaillés par l'auteure. Il y a les histoires de cœur, la complexité des rapports familiaux. Mais il y a surtout la question féminine, qui ne fait pas que traverser le livre, mais l’irradie complètement. Qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui ? A-t-on le choix dans un monde d’hommes ? Quelles sont les différentes manières de s’engager ? Pourquoi y a-t-il plusieurs féminismes ? 

Avec Célia, Bree, April et Sally, J. Courtney Sullivan explore ces questions et creuse les débats théoriques en utilisant les parcours de ses héroïnes. Et rend hommage aux femmes de combat.



J. Courtney Sullivan

17 septembre 2012

Images // Paysages : les représentations du territoire au COMPA

À Chartres il existe un conservatoire d'un genre particulier, le COMPA, le conservatoire de l'agriculture.

Jusqu'à la fin de l'année, il met en scène une exposition intitulée : "Images//Paysages" qui "propose d'interroger les images des paysages pour tenter de comprendre les représentations d'un territoire, celui d'Eure-et-Loir, et, ce faisant, ses mutations." Propos qui semblait alléchant.

Néanmoins j'ai été quelque peu déçue par l'exposition : si la première salle est extrêmement riche (trop ?) du point de vue de l'histoire de la représentation du territoire, les salles suivantes forment des ensembles dont la problématique n'apparaît pas très clairement au visiteur.

Les oeuvres d'art contemporain sur ce thème sont intéressantes, et renouvellent certes les représentations traditionnelles, cependant leur proximité immédiate avec les photos des amateurs -souvent bonnes mais insérées dans un cadre régressif- interroge.
 On comprend bien la volonté de faire participer les citoyens au débat sur l'image de leur département, mais le contraste entre les accrochages de leurs photos et les salles réservées à la création perpétue les clivages de légitimité... Démarche paradoxale ?
Finalement, la première salle, fondatrice, est ce qui vaut vraiment la visite car l'accrochage des photos des archives départementales est passionnant.

Le Compa – Conservatoire de l’agriculture
1, rue de la République
28300 MAINVILLIERS

12 septembre 2012

Fermer l'oeil de la nuit : un second récit de Pauline Klein

J'avais véritablement adoré le premier roman de Pauline Klein, "Alice Kahn". Elle y racontait l'histoire ubuesque d'une femme qui se laisse reconnaître pour une autre, et attend de voir jusqu'où peut aller cette expérience.
L'identité et l'art contemporain sont à nouveau au coeur de "Fermer l'oeil de la nuit", son deuxième livre, publié cette fois également chez Allia, cette belle collection au papier velouté. L'entrelacs de ces deux thèmes permet de bâtir une intrigue originale et surprenante. La narratrice est en effet obsédée par les habitants de l'appartement au-dessus du sien, qui forment peut-être un couple, mais qui semblent aussi en happening permanent, tant ils se mettent en scène. Sa réflexion sur la création, parfois amusée, est indispensable.
Je ne vous en dis pas plus : comme pour Les trois lumières, je préfère recommander chaudement sans donner de détails, car ce récit est aussi relativement court.

Fermer l'oeil de la nuit, Pauline Klein - Allia 2012

9 septembre 2012

Cherchez Hortense, d'urgence !

Promis, bientôt j'arrête d'aller au cinéma et je reprends une certaine diversité dans les activités/chroniques ! Il faut dire que ces dernières semaines ont été riches en sorties intéressantes - et ce n'est pas fini...
"Cherchez Hortense" est un film du réalisateur français Pascal Bonitzer. Jean-Pierre Bacri est Damien, professeur de civilisation chinoise, mais surtout fils d'une sommité du Conseil d'État, figure paternelle bien particulière... À ce père distant et important, il doit demander quelque chose, intercéder. Or, déjà, lui adresser la parole est complexe.
Le film repose tout entier sur les rapports de Damien avec son entourage, et pourtant pourrait-on dire, cela fonctionne, on est passionnés par la psychologie des personnages. Et puis, même si le propos est parfois caustique ou désabusé, la fin reste celle d'un conte de fées, toujours appréciable en cette période de rentrée !

 Cherchez Hortense, un film de Pascal Bonitzer , avec Jean-Pierre Bacri, Isabelle Carré, Kristin Scott Thomas, Claude Rich - actuellement en salles

4 septembre 2012

Dark horse : le pessimisme incarné par Jordon Gelber

«Dark horse» se présente comme une comédie dans la bande annonce diffusée. Une comédie américaine type «Sundance» (du nom de ce célèbre festival US de films indépendants) c'est-à-dire avec dénonciation de l'american dream, ironie inside et rires jaunes. Mais si l'esprit Sundance est là, la comédie, elle, en fait, non.
Au départ, on est pris d'affection pour Abe, ce trentenaire incapable de quitter ses parents, puisque le monde est aussi pourri que son cocon familial. Mais le personnage devient antipathique : il est lucide mais cela n'a aucune conséquence sur ses actions... Sa passion pour une aspirante artiste mais vraie dépendante aux médicaments est tout aussi triste, puisqu'elle le fait passer à côté de l'amour (n'en disons pas plus). Finalement, l’anti-héros se mue en anti-anti-héros, et le film en devient encore plus oppressant.




Son final serait presque ridicule si l'on pouvait respirer et rire de l'accumulation atroce que nous sert le cinéaste.
«Dark horse» est donc une œuvre d'où ne transpire aucun espoir : l'Américain moyen - l'homme moderne - n'adhère même pas forcément au mode de vie qu'il suit volontairement.
 
Il est cynique, désabusé, conscient de ses travers, conscient de ne rien vouloir y changer. Le bonheur existe, mais il le rejette s'il ne correspond pas aux fantasmes générés par l'industrie...

«Dark horse», un film de Todd Solondz, avec Jordan Gelber, Selma Blair, Mia Farrow - actuellement en salles

2 septembre 2012

Madame Solario : chez les heureux du monde

D'emblée : "Madame Solario" est un film rare. Il y a peu d'oeuvres comme celle-ci, il faut les dénicher dans le coin des rubriques cinéma, sous les pleines pages consacrées aux blockbusters, il faut les voir dans les cinémas d'art et d'essai qui les passent à des heures étranges. Ces objets cinématographiques ont tendance à se mériter.
Celui-ci raconte l'histoire de Madame Solario. Jeune, belle, et veuve, celle-ci passe des vacances sur le lac de Côme, en cette fin d'époque qu'est le début du XXème, alors qu'un monde est en train de finir. Le personnage de Madame Solario est complexe, comme celui de son frère, tout aussi jeune et beau - et désargenté - qu'elle, qui arrive un jour "chez les heureux du monde", comme disait Édith Wharton. Cette arrivée précipite le cours des évènements, et celui du drame. Je n'en dirais pas plus, afin de ne pas troubler le plaisir littéraire des révélations et celui du jeu parfait des acteurs.
Après visionnage, il peut être passionnant (attention, spoiler inside), de lire cet article à propos du livre de Gladys Huntington qui a inspiré le film. Pour approfondir encore et lire le livre en français, tentez votre bibliothèque : il est complètement épuisé, et très rare en occasion.

"Madame Solario", un film de René Féret avec Marie Féret, Cyril Descours ; actuellement en salles