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31 août 2012

Les trois lumières de Claire Keegan, l'enfance au coeur

De Claire Keegan, j'avais lu le premier recueil de nouvelles, «L’Antarctique», traduit il y a deux ans chez Sabine Wespieser. Ses petits récits, tous poignants, m'avaient marquée. L'auteure y parlait tranquillement de choses gaies et plus souvent tristes, avec un calme de paysan taiseux.

La parution l'année passée des «Trois lumières» m'avait échappée, on n'a jamais le temps de lire tout ce que l'on voudrait. Sa sortie en poche m'a donnée une nouvelle occasion de retrouver l'Irlandaise. Le texte est très court, il ne dit pas grand chose : la vie dure et productive à la campagne, les familles nombreuses, et celles où il n'y a pas d'enfant. La narratrice en est une, d'enfant, et cela change le pas grand chose, qui devient beaucoup, les possibilités, les peurs, les manques, les masques, tout est révélé, entrevu -différemment. Un nouveau récit, bref (90 pages environ) et émouvant.

29 août 2012

Du vent dans mes mollets : adorable !

Rachel a neuf ans, et ses petites angoisses. Surtout depuis que sa grand-mère, rapatriée de la maison de retraite, dort dans sa chambre, et que la rentrée approche à nouveau. Ses parents, elle aimerait en être débarrassée, surtout de sa mère, mère juive au propre comme au figuré.
Et puis Rachel rencontre Valérie, l'intrépide Valérie, avec un coeur gros comme ça, au propre comme au figuré aussi.
 
La petite Valérie est la fille de Catherine, jeune et belle divorcée, par ailleurs pourvue de "deux mains gauches". Ceci va entraîner quelques changements dans la mécanique familiale des Gladstein... Le film est une jolie comédie, qui évite la niaiserie en maniant habilement un humour plutôt noir.

Tout sonne juste, même le décor délicieusement rétro, quant aux jeunes actrices : ce sont de véritables révélations.

"Du vent dans mes mollets", un film de Carine Tardieu, avec Denis Podalydès, Agnès Jaoui et Isabelle Carré ; actuellement en salles

28 août 2012

La Casati rêvée par Camille de Peretti

J'ai lu le livre de Camille de Peretti sur un malentendu que les flâneurs des librairies connaissent bien : la couverture. Quand on ne sait pas qui est l'auteur, que l'on n'a rien entendu de l'ouvrage, on se décide parfois à prendre le livre sur sa bonne mine. Celle de ce roman-là en a une sublime : le fameux portrait par Boldini de la marquise Casati. Le malentendu, c'est que j'ai cru au roman historique, l'immersion complète dans le passé, pas de distanciation, une empathie totale. 
En fait, le récit de Camille de Peretti, sorti récemment en poche après sa parution l'année passée chez Stock, ne fait pas que raconter l'histoire extraordinaire d'une des plus grandes mondaines de la première moitié du XXème siècle, il est aussi composé d'autofiction, genre avec lequel j'ai beaucoup de mal, et que je lis plutôt par hasard. L'alternance des deux discours, celui sur la marquise, traditionnel, et celui des tourments de coeur de l'auteure m'a d'ailleurs assez souvent agacée. Contrairement aux récits enchâssés dans "W.E.", le film de Madonna sur Wallis et une admiratrice de l'Américaine, je n'ai pas vu se répondre vie de la femme personnage d'Histoire et vie de l'humble contemporaine fascinée par elle. Cependant, même si j'ai été déçue de ne pas passer la totalité du livre en compagnie de la Casati comme je m'y attendais, j'ai apprécié les moments où l'auteure choisit de prendre de la distance sur son sujet, en donnant des clés sur l'écriture du livre, en disant pour quelles périodes elle a manqué de sources, par exemple.
Les passionnés de personnages hauts en couleur y trouveront leur compte en tout état de cause !

24 août 2012

Mélois, sculptures d’humeur et d’humour à Chartres

Jusqu'à dimanche (eh oui, faites vite), est exposé à la Collégiale Saint-André de Chartres le plasticien Mélois. Un sculpteur original, un assembleur aussi : le matériau qu'il a choisi est l'émail, au départ par économie, et c'est ensuite devenu sa signature.
 
Mélois récupère en effet des objets des décennies passées pour donner corps à des "sculptures d'humeur ou d'humour", comme le précise le titre de l'exposition.
 
De petites sculptures pleines de tendresse, comme les oiseaux disséminés ça et là, et de bien plus grandes œuvres, comme une haute statue de la liberté, inquiétante, réaction à la réception du Prix Nobel de la Paix par Henry Kissinger.
 
L'exposition est vraiment très réussie : la soudure des pièces d'émail, qui entraîne un effet de contour évoquant Dubuffet, résonne avec les vitraux de la Collégiale. 
 
Rarement des œuvres d'art contemporain sont présentées dans un lieu historique avec autant de bonheur.
De plus, autant la disposition des œuvres que l'éclairage sont réussis.
Les sculptures sont attendrissantes, surprenantes, évoquant avec malice l'histoire de l'art, avec engagement l'actualité : c'est passionnant ! Jusqu'à dimanche, donc !

Jusqu'au 26 août 2012

Collégiale Saint-André
2 rue Saint André
28000 Chartres

22 août 2012

Joana Vasconcelos en son Palais

Dans un livre, "La Casati", dont je parlerai bientôt, l'auteure Camille de Peretti rapporte que l'excentrique marquise avait aux premières lueurs du siècle dernier accroché un immense squelette d'oiseau préhistorique dans un salon d'une de ses demeures, la Villa Amalia. Pour se divertir, pour susciter l'attention aussi.
 
Les expositions en collaboration avec les artistes contemporains à Versailles remplissent les mêmes fonctions. Ils font écho, longtemps après, aux extravagances des occupants du château. Cette fois c'est une femme, Joana Vasconcelos, qui a investi le lieu.
 
Le divertissement est bien là, notamment avec cette pièce merveilleuse, au sens premier du terme, le "lilicoptère," objet steampunk girly (hélico bardée de plumes d'autruches roses et de cristaux Swarovski) ou l'installation "Blue champagne" (un chandelier de bouteilles de Pommery)  dans les jardins. Mais au-delà du simple divertissement, la réflexion est habilement proposée, spécialement par des oeuvres questionnant la féminité : "Marilyn" bien sûr, ces escarpins gigantesques formés par des casseroles présentés à la FIAC il y a quelques années, mais aussi "Perruque", dans la chambre de la reine, plus ambivalente.

Chatoyante, bigarrée, protéiforme, amusante et gênante, l'exposition est à tous points de vue sensationnelle !
On pourrait dire d'autres choses, plus pointues celles-là, mais elles ont été parfaitement évoquées par Lucie, alors je préfère renvoyer à son billet.

Et puis n'hésitez pas à vous faire votre propre opinion sur les œuvres en allant à Versailles, l'exposition dure jusqu'au 30 septembre.

Place d'armes,
78000 Versailles

10 août 2012

Cité de la Mode et du Design (Part3/3) : L'exposition Comme des Garçons

Si le nom de Balenciaga est fort connu, il n’en est pas exactement de même pour Comme des garçons. Cette marque japonaise, connue surtout des passionnés, est l'objet de la deuxième exposition du Musée Galliera aux Docks, "Comme des Garçons, White Drama".
 
Née dans les années quatre-vingt, celle-ci déstabilise le regard à chaque collection, provoquant enthousiasme ou rejet, mais certainement aucune indifférence. C’est cette intransigeance qui a séduit le directeur du Musée Galliera au point de permettre l’installation de la collection printemps été 2012 de Rei Kawakubo dans une pièce de cette Cité de la Mode.
En l’occurrence, une évocation de la vie humaine assez étonnante : les silhouettes, d’une blancheur virginale (on pense à Maison Martin Margiela) sont drapées, entravées, emmaillotées dans des robes, des tenues censées évoquer les différents âges de la vie. Chacun, je crois, vivra cette expérience esthétique différemment. Car dès l’entrée on peut associer aux grands ballons/bulles qui englobent les mannequins des symboliques on ne peut plus variées… Là où certains verront une protection de la création, une mode endogène, une réflexion sur le vêtement, d’autres penseront que la signification est à chercher dans notre vie individualiste, renfermée dans une bulle.
Le moins que l’on puisse dire est que l’installation est intellectuellement stimulante !
 
Au fond de la pièce, les tenues évoquant la fin de vie, entre le suaire et le sarcophage sont véritablement troublantes, avec des assemblages de roses insistant sur la nature éphémère de toute chose.
Entre vanité et nature morte, c’est pourtant le corps qui obsède durant la visite. Drôle de parcours...

Jusqu'au 28 octobre 2012.

Comme des Garçons, White Drama

34 quai d’Austerlitz
75013 Paris

8 août 2012

Cité de la Mode et du Design (Part2/3) : L'exposition Balenciaga

Le Musée Galliera, musée de la mode, est actuellement en travaux. Il se transporte hors les murs pour des expositions qui ont pour l’instant toutes ravi le public. C’est dans ce nouvel espace des Docks que le musée a cette fois posé ses cartons, après Versailles et le Musée Bourdelle, et cela pour deux expositions.
 
La première : «Cristobal Balenciaga, collectionneur de modes», présente les acquisitions du grand couturier. En effet, le créateur a durant sa vie acheté un grand nombre de tissus, de dentelles, de pièces de costumes, de vêtements et de coiffes ; du siècle précédent pour leur plus grande part.
 
Cette collection personnelle formait des archives dans lesquelles il puisait pour ses créations. C’est le propos de l’accrochage : on admire comment de pièces, de motifs classiques ou folkloriques, l’artiste s’inspire pour donner corps à quelque chose de nouveau, une mode moderne.

En 1947, pour prendre un exemple parmi tant d’autres, on voit comment un fichu de deuil de costume populaire du pays d’Aliste est repris pour une robe fourreau à bustier, qui l'évoque en retour…

L’appareil critique est parfait, et le plus simple est encore de le citer : «De cette opulence d’un siècle passé, il garde le souvenir des formes qui pétrissent la silhouette féminine. Chez lui, les basques, les formes vagues, les ailerons et les effets basculés tout en construisant le calque des modes de plusieurs décennies à venir gardent la mémoire des raffinements et des excès de style du siècle précédent.»

Et puis, c'est aussi un bon prétexte pour contempler ses robes somptueuses, d'une élégance rare.

Jusqu'au 7 octobre 2012.

«Cristobal Balenciaga, collectionneur de modes» 
34 quai d’Austerlitz
75013 Paris

6 août 2012

Cité de la Mode et du Design (Part1/3) : Le bâtiment

J’ai décidé de présenter ma visite aux Docks en une petite série, trois petits textes : d’abord, le lieu même, puis l’expo Balenciaga, enfin, l’expo Comme des Garçons, en espérant que cela vous donne envie de visiter cet endroit atypique.

Cela faisait tellement d’années qu’était annoncée l’ouverture de l’ovni vert qui avait échoué Quai d’Austerlitz que j’avais fini pas croire que cela n’arriverait plus.
Puis les choses se sont visiblement décantées, l’Institut français de la Mode y a emménagé, suivi par quelques boutiques de design et de mode pointue.
Le lieu «Les Docks, Cité de la Mode et du Design», est donc un immense centre voué à la création. Simplement, il y a quelque chose d’étrange pour un lieu parisien : il est ouvert alors que tous ces espaces n’ont pas été alloués.
Il y a donc de grandes chances pour que le lieu, pensé par JAKOB+MACFARLANE, évolue encore beaucoup. Le fait de pouvoir s’y promener alors que nombre d’espaces sont vides donne à la promenade un côté «work in progress» rare dans la capitale.
Il y a quand même plus de 14 000 m2 de surface, ce qui laisse une impression d’espace très agréable : on déambule dans des couloirs cerclés de structures vertes, du parquet brut au sol : une illusion de forêt vierge s’en dégage.
Il ne faut ainsi pas hésiter à monter les volées de marches permettant d’accéder à un grand solarium.

Un très bel endroit !

34 quai d’Austerlitz
75013 Paris

3 août 2012

La collection Netter exposée (pour partie) à la Pinacothèque

Quel est le point commun entre Modigliani, Soutine, Utrillo, Valadon, Vlaminck et Kisling aussi ? Un collectionneur discret, un mécène empressé, un amoureux des arts : Jonas Netter. Au début du siècle dernier, ce dernier est un vrai découvreur de talents. C’est en partie grâce à sa générosité que le génie de ces peintres aujourd’hui illustres nous est parvenu. Une partie de sa collection est actuellement exposée à la Pinacothèque de Paris.

Je n’y étais jamais allée, un peu rebutée par la lecture d’une presse un peu exigeante et qui s’étrangle régulièrement en évoquant le prix des expositions de ce musée privé et la faiblesse de son appareil critique. De ce point de vue, j’ai rapidement compris que ces critiques étaient tout à fait justifiées. Le prix de l’entrée peut décourager (entre 8 et 10 euros), et quant à l'appareil critiquer… Rien sur la technique de ces maîtres, sur leur apport à la peinture, sur leurs sources d’inspirations ! On apprend certes qu’untel terrorisait son entourage ou que l’amie d’un autre se suicide enceinte, mais enfin, les panneaux de valorisation sont d’une telle indigence !

Reste que les tableaux, eux, sont incroyables. Malgré la foule qui se presse dans les locaux de la Pinacothèque, les mauvaises conditions dans lesquelles on aperçoit les toiles exposées, on est saisi par la poésie d’Utrillo, les nus de Suzanne Valadon, la douleur qui explose des toiles de Soutine.

On découvre également d’autres peintres de ce Montparnasse d’après guerre (celle de 14 bien sûr) qui regorge d’artistes. Alors, admirer ces peintures est une chance. Elle vaut la visite. Mais ne perdez pas patience à tenter d’approcher les textes !

Jusqu'au 9 septembre 2012.

La collection Jonas Netter
Pinacothèque de Paris
28 Place de la Madeleine
75008 Paris

1 août 2012

Le vrai come-back de Lita Ford, Living like a Runaway

Lita Ford a vécu plusieurs vies. D'abord, elle est guitariste au sein des Runaways, groupe culte essentiellement connu pour avoir été celui de Joan Jett (l'histoire est ô combien sélective).

Ensuite, elle se lance dans une carrière solo qui fit d'elle une star des années 80, avec des chansons comme "Kiss Me Deadly" ou "Shot of Poison", mais aussi son slow avec Ozzy Osbourne, "Close my eyes forever".

Après, et je trouve ça un peu moins rock'n roll, Lita a décidé d'élever ses enfants sur une île déserte (si si).
On ne l'a donc guère entendue dans les années 2000... Puis, sans doute parce que ses enfants n'ayant plus l'âge d'être langés, l'ennui devait guetter, Lita Ford a décidé de reprendre du service. En 2009 sort "Wicked Wonderland", un mauvais album éreinté par les critiques, et boudé par les fans.
 
Enfin, et on arrive pour finir à "Living like a Runaway", son dernier album sort cette année, le mois dernier en France. Soulagement: le disque, s'il ne séduira pas forcément immédiatement tout un chacun fait son chemin et devient indispensable après quelques écoutes. Elle-même convient dans ses interviews que le disque précédent était une erreur et que "Living like a Runaway" est celui de son vrai retour. 

Le son est presque garage, les chansons sont solides et catchy, les mélodies accrocheuses.
Lita, ton divorce te va bien !
 
"Living like a Runaway" de Lita Ford - SPV Records 2012