barre horizontale




30 avril 2012

This is my place / Ceci est ma maison : exposition de Lili Reynaud-Dewar


Lili Reynaud Dewar, Abacost!, 2007
"This is my place / Ceci est ma maison" est une exposition monographique qui s'est terminée hier au Magasin, centre d'art contemporain grenoblois.
 
Le propos de base de Lili Reynaud-Dewar, artiste française née en Bretagne en 1975 et vivant à Paris, était alléchant.
 
Il était en effet prévu que l'artiste investisse tout l'espace du lieu du Magasin (monumental), en se référant à la maison : pour donner à réfléchir sur ses composantes, mais surtout pour dire que la maison de l'artiste, de ses oeuvres, c'est le lieu où elles se montrent, celui où l'artiste rencontre son public.
Ce public, lui, se sent d'autant plus rejeté hors de l'oeuvre qu'il pensait pénétrer dans une intimité...
 
La déception est d'autant plus grande ! Les tentatives de Lili Reynaud-Dewar sont à la fois prévisibles (énième vidéo où l'artiste entasse des objets symboliques avant d'y mettre le feu, énième référence littérale à Jean Genet, lit-autel et j'en passe) et bavardes (de par l'accumulation éculée de références contestataires).
 
M'étais-je raidie durant cette exposition ? J'ai voulu vérifier : étais-je seule à être désappointée ?
Mais de fait, ce terme de "bavard" qui m'était venu à l'esprit, je l'ai retrouvé dans d'autres critiques de l'exposition, ainsi celle du "Petit Bulletin", journal grenoblois d'actualités culturelles.

Jusqu'au 29 avril 2012

Lili Reynaud-Dewar« This is my place / Ceci est ma maison»
155 cours Berriat

38000 GRENOBLE



26 avril 2012

L'art contemporain s'expose au Centre d'arts plastiques Albert Chanot à Clamart

Brain Horn d'Aurélie Brame, 2010 - photo : © Virginie Salot
Le Centre d’arts plastiques Albert Chanot de Clamart est un lieu atypique.
Il se repère à peine : dans une rue calme de la ville, entre deux pavillons, il faut presque deviner son existence au bout d’une verte petite allée.
C'est un petit bâtiment orignal, avec de grandes verrières. Pourtant, même s'il est un peu caché, il très accessible car près de la gare SNCF.
 Ce centre d'art propose une programmation variée, renouvelée tout au long de l’année. Une exposition est à peine terminée qu’une autre commence.
 
Quant à la dernière en date, «Tout rêveur que nous sommes», celle-ci rassemblait les enfants silencieux d’Ayako David Kawauchi et les hommes à tête/à masques d’ânes d’Yves Gobart.

Le prochain accrochage sera, en comparaison, psychédélique :  Aurélie Brame montrera un «travail pictural et graphique», «un univers hybride combinant textures organiques et abstraction», ce qui semble également caractériser l’artiste Christophe Robe qu’elle a invité à partager  avec elle l’espace du Centre Albert Chanot. Le vernissage est prévu demain soir à 19h (samedi 28 mai).

Site officiel d’Ayako David Kawauchi
Site officiel d’Yves Gobart
Site officiel d’Aurélie Brame 

33, rue Brissard
92140 CLAMART

24 avril 2012

À la recherche de Proust dans la maison de Tante Léonie

Petit, Marcel Proust passe ses grandes vacances chez Jules et Elisabeth Amiot, oncle et tante du côté paternel. Ils habitent Illiers, une petite bourgade de la Beauce, non loin de Chartres.
Marcel Proust vient plusieurs étés jusqu’à ses quinze ans, puis ne se rendra plus jamais dans cette demeure. Cette maison devient sous sa plume celle de Tante Léonie, comme la ville d’Illiers devient Combray (celle-ci prendra le nom d’Illiers-Combray en hommage en 1971) : Proust les réinvente dans la «À la recherche du temps perdu».
La maison d’Elisabeth Amiot/Tante Léonie peut être découverte lors d’une émouvante visite.


Le guide n’est pas celui d’un musée ordinaire, ce sont des extraits de La Recherche, que l’on lit en étant dans la pièce à laquelle ils se rapportent : ainsi la cuisine, où Proust imagine les asperges «trempées d’outremer et de rose» comme des métamorphoses de délicieuses créatures transformées en légumes.
Dans la chambre de Proust, la présence de la lanterne magique fait songer à un autre passage de la Recherche que celui proposé : «A Combray, tous les jours dès la fin de l’après-midi, longtemps avant le moment où il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma mère et de ma grand’mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l’air trop malheureux, de me donner une lanterne magique, dont, en attendant l’heure du dîner, on coiffait ma lampe; et, à l’instar des premiers architectes et maîtres verriers de l’âge gothique, elle substituait à l’opacité des murs d’impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané.» Et puis, bien sûr, celle de la Tante, et son rituel des madeleines.

La maison de Tante Léonie est un anachronisme, un endroit où l’on se sent comme un voyageur venu de l’avenir dans l’imaginaire d’un garçonnet angoissé. L’on peut donc dire que le but est atteint : le visiteur est bien non seulement sur les traces de Proust, mais véritablement à sa recherche.


photo © vivelaroseetlelilas

§ Musée Marcel Proust - Maison de Tante Léonie
Place Lemoine
28120 Illiers Combray


§ Le projet de Véronique Aubouy  : cette artiste propose de filmer les lecteurs de Proust, composant ainsi une œuvre audio hommage à l’écrivain.

§ Un intéressant dossier d'une médiathèque francilienne : à la découverte de Proust

21 avril 2012

Brune, une biographie de Flora Tristan par Nicole Avril

Flora Tristan, franco-péruvienne née le 7 avril 1803 à Paris et morte le 14 novembre 1844 à Bordeaux, fut une militante socialiste, une féministe dévouée, et une pionnière de l’internationalisme (c’est-à-dire de l’union transfrontière des travailleurs).
 
«Brune», la biographie de Nicole Avril raconte avec empathie la vie difficile de Flora Tristan. Lésée par sa famille paternelle qui ne reconnaît pas le mariage clandestin de ses parents (le noble péruvien Mariano de Tristán y Moscoso & la parisienne de petite bourgeoisie Anne-Pierre Laisnay), mariée à dix-sept ans semble-t-il plus par nécessité que par amour, elle n’aura rapidement de cesse de fuir un mari brutal et incestueux.

Ouvrière coloriste, servante, Flora Tristan est autodidacte.
Souvent dans une situation précaire, elle regrette que des femmes respectées comme George Sand utilisent des pseudonymes masculins et ne se battent pas davantage pour leur sexe.
La militante, elle, n’accepte aucun compromis. Ses luttes contre les injustices de sa vie - l’ordinaire des femmes de son temps - la font rédiger des textes engagés, autant de manifestes pour l’égalité de la femme, «prolétaire du prolétaire» selon elle.

Nicole Avril a composé une biographie romancée passionnante qui permet de redécouvrir à la fois la femme de tête, qui alla jusqu'au Pérou tenter de faire valoir ses droits, et la théoricienne, militante exaltée, en ménageant des espaces de citation dans la narration.
 
Entre récit d’une vie et hommage, la romancière fait revivre Flora Tristan, injustement méconnue - et pourtant citée par Marx lui-même...

«Brune» de Nicole Avril - Plon 2012

19 avril 2012

Matisse - Paires et séries au Centre Georges Pompidou

«L’exposition Matisse n’est pas une simple exposition». «Ce n’est pas une énième rétrospective». «C’est un évènement».
 
À force de lire ce type de phrases, on est tenté de braver la foule qui se presse aux expositions sur-médiatisées et d’aller voir ce qu’il en est.
Voir, c’est sans doute beaucoup dire, quand on est, en semaine, 350 dans l’exposition (il y a un compteur). Donc, entrevoir.
 
Entrevoir du Matisse, c’est déjà bien : les couleurs sont chaudes, les formes rassurantes, en cette fin d’hiver, c’est plutôt une bonne idée.

Pour ce qui est de montrer «le double, la répétition, la variation, la reprise, l’opposition» (appareil critique de l’exposition), la promiscuité rend les choses déjà plus complexes.
Se concentrer sur les dessins dans la semi-obscurité de la salle qui leur est consacrée l’est encore plus. Ne soyons pas trop critique, la manifestation permet d’être saisi par la palette de techniques possédée par Matisse, du pointillisme au collage. Les variations aussi sont frappantes, entre ses «Pont Saint Michel», ses «Vue de Notre Dame», qui permettent même aux plus jeunes de saisir les doutes de l’artiste.

Néanmoins, la version catalogue est recommandée à ceux qui sont las de traverser les expositions-couloirs-de-métro.

Jusqu'au 18 juin 2012

«Matisse - Paires et séries»
Centre Georges Pompidou
9 Rue Beaubourg
75004 Paris

16 avril 2012

Mary Kingsley racontée dans la collection Explora

Une nouvelle collection, «Explora», fait la part belle aux aventures des grands explorateurs.

Publiée chez Glénat, les bandes-dessinées évoquent Magellan, bientôt Richard Burton et Percy Fawcett (septembre prochain), tous des hommes, mais aussi l’extraordinaire Mary Kingsley, aventurière britannique victorienne dans «Mary Kingsley - la montagne des Dieux».

La première chose à dire, c’est que le dessin de Julien Telo est époustouflant, incroyablement beau et évocateur, et que quand on se demande si l'artiste a oeuvré ailleurs, on découvre que c’est sa première BD. Admiration donc.

Ce dessin de choc sert l’histoire d’une femme qui ne l’est pas moins.

Mary Kingsley a en effet effectué son périple en Afrique de l’Ouest à la fin du XIXème siècle. En robe d’époque, sans se départir de son ombrelle, cette femme, animée d’un grand désir de connaître, a découvert le continent africain grâce à divers prétextes (rechercher un mari inexistant, négocier des marchandises).

L’album évoque donc ses voyages en reprenant certaines anecdotes connues, s’appuyant sur ce qu’elle a elle-même écrit. Quelques jolies pages en annexe permettent d’en savoir davantage sur ce personnage paradoxal, qui agit comme un homme mais ne se dit pas féministe, tiraillé entre son respect de la culture des Fangs et son éducation impérialiste.

Tant mieux car «L’odysée africaine, une exploratrice victorienne en Afrique de l'Ouest 1893-95» (les souvenirs de Mary Kinsgley) est épuisée dans les deux éditions françaises (Phébus 1992 et 1993), et n’est donc consultable qu’en bibliothèque...

«Mary Kingsley - la montagne des Dieux» de Guillaume Dorison, Christian Clot, Esteban Mathieu & Julien Telo - Glenat BD 2012

14 avril 2012

Chloé Delaume : Une femme avec personne dedans (mais non dénuée d'ego).

«Une femme avec personne dedans», un titre évocateur : une femme qui refuse la maternité. Chloé Delaume, l'auteure, semblait être une féministe enthousiaste dans les deux interviews lues au moment de la promotion de l'ouvrage.
Reste que se fier à l'étiquette roman apposée sur la couverture est une mauvaise idée : c'est bien de l'autofiction dont s'il s'agit et si vous n'avez guère le goût des choses morbides, il vaut mieux passer son chemin. Il est, je trouve, très délicat de parler d'un livre dans lequel l'auteure se proclame auteur-narrateur-personnage, parce que les auteurs d'autofiction parlent d'eux avec une impudeur extraordinaire.

Si on se tient au livre, la promesse d'un féminisme joyeux doit être vite écarté. le texte semble constitué de fragments, souvent assez ennuyeux et pédants, sans que l'on voit vraiment où l'auteure veut en venir. Finalement, elle en vient justement à un questionnaire, qui permet en quelques questions de décider qui vous êtes, ce que j'ai trouvé un comble pour quelqu'un qui a écrit une pile de livres d'auto-analyse. Mais sans doute écrivain et lecteurs ont des intériorités d'un intérêt très variable.
Le meilleur passage m'a semblé celui où Chloé Delaume passe en revue les raisons invocables pour refuser d'enfanter.

Pour le reste, disons que le monde se divise en deux catégories : ceux qui apprécient l'autofiction, et ceux qui ont des difficultés avec ce genre littéraire. Pour cette seconde catégorie, dans laquelle je me situe, j'ai une fois de plus senti cette drôle d'impression d'être acculée à un voyeurisme pas toujours ragoûtant, et au moment d'en sortir, d'être jugée par quelqu'un (l'auteure, la narratrice ? Mais cela a-t-il une importance ?) qui cite Lacan mais indique frapper son psy lorsqu'il émet une idée qu'elle désapprouve.

12 avril 2012

La Splendeur des Charteris : l'Angleterre décadente de Stéphanie des Horts

Suite à mon billet sur Le diable de Radcliffe Hall, j’ai eu la chance d’être contactée par la romancière herself, Stéphanie des Horts donc. Par un beau vendredi, le 30 mars précisément, je me suis rendue dans un restaurant investi par le Service littéraire qui proposait moult rencontres publiques, et j’ai donc pu discuter avec la charmante écrivaine. N’ayant pas encore lu «La Splendeur des Charteris», Stéphanie des Horts me l’a dédicacé, et je l’ai rapidement dévoré. Mais… diantre ! Stéphanie des Horts a-t-elle une double vie ? Que fait-elle vraiment, une fois sa journée de journaliste terminée ? Ou va-t-elle chercher les raffinements cruels de ses intrigues, et affûter son humour british ?

L’intrigue de ce roman est proche de celle du «Diable de Radcliffe Hall», ainsi ceux qui apprécient l’un apprécieront l’autre, et inversement. Ils se déroulent en effet dans le même milieu aristocrate dégénéré où l’on joue à qui sera le plus snob, dans la lignée d’un ancêtre célèbre et révéré. L’auteure tisse une intrigue de sexe et de sang, mais toujours avec humour !
Stéphanie des Horts s’amuse des références classiques à l’histoire et à la littérature anglo-saxonnes, comme des symboles culturels, à commencer par le titre du livre qui n’est pas sans évoquer un célèbre film d’Orson Welles...

Au début du livre, Nicky, ami du fils de la maison, arrive pour l’été chez les Charteris. À travers ses yeux, nous découvrons cette famille de l’upper class désœuvrée au point de s’enthousiasmer pour Hitler. Tour de force de l’auteure, car il faut de la finesse pour faire sourire, malignement, de cet aveuglement aussi grand qui cautionne l’ascension du dictateur nazi. Dans cette ambiance fin de règne, les mœurs sont déréglées et Nicky a bien du mal à conserver l’exclusivité de sa promise…
 
Roman historique, roman noir, dans «La splendeur des Charteris», l’Angleterre des années 30 se fourvoie sous nos yeux, et il serait dommage de bouder son plaisir.

«La Splendeur des Charteris» de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2011

Ailleurs, une autre chronique du livre, en vidéo.

10 avril 2012

Le Carnage de Polanski d’après Yasmina Reza : de la difficulté du vivre ensemble

«Carnage» de Polanski sort demain en DVD.
Le théâtre filmé n’a guère eu de succès en salles, peut-être sur ce second support le film trouvera-t-il davantage son public.

Ce huis-clos est basé sur la pièce de Yasmina Reza, «Le dieu du carnage». Deux couples se rencontrent afin de discuter des suites à donner à l’altercation qui a eu lieu entre leurs enfants.
 
Ce sont les parents de l’enfant blessé qui sont à l’initiative de ladite rencontre, chez eux. Parce que pour la mère du garçon, il s’agit de ne pas laisser les choses en l'état.

Mais que souhaite-elle vraiment comme réparation ? Souhaite-elle, ou veut-elle, exige-t-elle ? S’agit-il pour les parents de l’enfant d’obtenir «justice» ? Le couple de l’enfant qui a frappé est-il coupable ? Doit-il se sentir l’être ? Mais a-t-il vraiment frappé ? S’est-il défendu ? Cela change-t-il quelque chose à l'issue de l'altercation ? Le dialogue semble rapidement impossible : choix de vies, de société, relations de couple et éthique s'entremêlent bien trop !
 
Comme dans «L’ange exterminateur», de Buñuel, les invités de «Carnage» sont maintes fois retenus alors qu’ils devraient partir, et, peu à peu, l’enfermement fait sauter les barrières des manières, des convenances.
De la difficulté du vivre ensemble et des hypocrisies bourgeoises, des thèmes qui ne vieillissent guère, et qui sont ici actualisés avec talent par les comédiens.


• «Carnage» de Polanski, avec Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz, John C. Reilly - Wild Bunch 2012

• «Le dieu du carnage» de Yasmina Reza - Albin Michel 2007

8 avril 2012

Magnétique Supplément à la vie de Barbara Loden

Septembre 2011 : Simon Liberati consacre un livre à une actrice, blonde, américaine, née en 1933 : «Jayne Mansfield 1967».
Janvier 2012 : Nathalie Léger consacre un livre à une actrice, blonde, américaine, née en 1932 : «Supplément à la vie de Barbara Loden».

Considérons que Marilyn est, pour cette époque, et peut-être encore aujourd’hui, l’ultime actrice américaine, c’est-à-dire la référence que l’on suit, ou que l’on repousse. Jayne Mansfield est sa caricature, peut-être plus cultivée encore, plus polyglotte, mais aussi plus blonde, plus rose, plus dénudée, peut-être davantage encore désirée, c’est Marilyn too much. Barbara Loden, c’est Marilyn peut-être plus torturée encore. L’une a joué tout et n’importe quoi, le meilleur, comme le pire, l’autre a joué peu, des rôles importants, a été mariée à Kazan. De là, beaucoup de suppositions, d’hésitations, et donc de ces biographies difficilement traçables tant sont fuyantes ces femmes.
 
Les auteurs respectifs de ces portraits d’actrices ont tenté de les dessiner différemment. Simon Liberati utilise le décès de Mansfield, Nathalie Léger part de l’unique réalisation de Loden, «Wanda», inspirée par un fait-divers, l’histoire d’une femme, Alma Malone, arrivée trop tard sur le lieu d’un braquage, et qui s’est dite soulagée d’être incarcérée.

Le livre de Simon Liberati a obtenu le Prix Femina 2011. Pourquoi ? D’une femme extraordinaire, dantesque, il s’est laissé piéger par la propre représentation qu’elle a donné d’elle-même. De ses obsessions il a fait des ridicules. D’une vie remplie d’hommes, de films, il a fait un petit récit mortifère. Il est difficilement évitable de comparer des livres parus à peu de temps d'intervalle et que leur sujet rapproche. Pour résumer, «Supplément à la vie de Barbara Loden», lui, respecte son modèle. Sur le plan formel, le texte est impressionnant, déroulement, pensée réflexive sur le déroulement. Cette écriture permet à l’auteur de relier toutes les femmes du livre :  la narratrice qui enquête sur Loden, réfléchit avec et sur sa mère, bien sûr rapproche sans cesse Loden et Wanda, donc Alma Malone… Une immense et pourtant humble réussite.
Entre apparaître et disparaître, comme le promettait la citation de Godard placée en épigraphe.

6 avril 2012

Candye Kane : report de concert blues à Alençon

Candye Kane - La Luciole, Alençon, 31.03.12
Candye Kane est une chanteuse de blues. Une fois que l’on a dit ça, on a beaucoup dit :  le vécu pour base des textes des chansons, la reprise de thèmes, les variations et clins d’oeil musicaux, et surtout, une voix extraordinaire, puissante. Comme d’autres avant elle (triste litanie), américaine, belle fille à l’enfance malheureuse, elle passe par la prostitution avant d’entrer en chanson. Féministe, persuadée que Dieu est une femme, Candye Kane est une personne touchante et enthousiasmante.
 
Actuellement en tournée après la sortie de son onzième album, «Sister Vagabond», elle a mené jusque là ses concerts avec plutôt bonne forme. Plutôt bonne forme car Candye, que le sort n’épargne pas, a vu ses formes de «big beautiful women» fondre suite à un premier cancer du pancréas, lequel est récemment revenu mettre sa vie en jeu (et ses concerts, mais pour elle, c’est la même chose, étant plus de 200 jours par an sur les routes, puisqu'elle l’affirme, péremptoire, c’est ça, le blues).
 
Le 31 mars dernier, dans la petite salle de la Luciole à Alençon, elle a cependant donné le maximum, dans un grand élan de joie de vivre - malgré tout- assez communicatif. Accompagné de la guitariste Laura Chavez, avec qui elle partage sa vie, et d’autres musiciens particulièrement talentueux, elle a égrené des titres de ses onze albums, «I love to love you» du dernier opus, le génial «White Trash Girl», mais aussi "Bad bad girl", racontant parfois l’anecdote à l’origine du titre, par exemple celle des colères du manager français qui lui a inspiré «Je n’en plus sans ma Cadillac».

À l’issue du concert, elle a insisté pour que l’on pense à elle le 27 avril prochain, quand elle sera à nouveau opérée. Candye, We're all Thinking of You !


La guitariste Laura Chavez, et la chanteuse


Candye, entourée par son batteur et son bassiste

Le jeu de Laura Chavez : ajoutez-y le son

5 avril 2012

Quand David inventa Bowie : Ziggy par Néjib

«Haddon Hall - Quand David inventa Bowie» est une bande dessinée réalisée par Néjib, parue il y a peu aux éditions Gallimard. Depuis quelques années, on voit fleurir les biographies en BD, et le rock n’y échappe pas.

Voilà donc le début de la carrière de Bowie, racontée par l’âme de la maison qu’il loue avec Angie en 1969, Haddon Hall, dans la banlieue de Londres.

C’est précisément la genèse de l’album «The Man Who Sold the World» qui est retracée, très documentée : ils sont tous là, de près ou de loin, les collaborateurs, les musiciens, les amis : il faut dire aussi que certains vivent/squattent même à Haddon Hall. A ce moment-là, c'est encore le flower power qui mène la danse et la bande s'essaie à la vie en communauté.
La BD accorde également une place à la relation entre David et son frère schizophrène, relation qui a inspiré Bowie («All the mad men» sur «The Man Who Sold the World» justement).

L’ambiance de la fin des années 60, le début des seventies, des Stooges, les remises en question de Lennon, tout cela captive le lecteur - même si on connaît l’histoire. Le dessin est très, très proche de celui de Joann Sfar, au début, cela m’a presque gênée, mais en fait Néjib développe néanmoins un style qui lui est propre, que cela soit sur le plan de la narration, avec d’amusants intermèdes, ou sur le plan de la composition, en usant de grandes illustrations rompant le rythme.

dessin © Néjib - Gallimard


Si vous êtes férus de cette période, cette immersion psychédélico-nostalgique ne peut que vous plaire !

«Haddon Hall - Quand David inventa Bowie» de Néjib - Gallimard 2012

3 avril 2012

Le tapis du salon : nouveau recueil d’Annie Saumont

Note écrite à la manière de l’auteur

C’était. Juste le journal. Le journal du soir qui disait d’Annie Saumont, c’est la plus grande, pour les nouvelles. Il n’y a qu’elle. Elle, Annie Saumont. Mais l’autre, elle (c’est-à-dire, moi), j’avais lu, un peu, mais rien d'elle, d'Annie Saumont. Une vie à écrire des nouvelles, des textes courts, des petits coups de poing, des formes brèves. Pourquoi pas ? Alors, pris «le tapis du salon», et puis «je te tiens par la main», et puis, «à la maison» et puis les autres.
Les autres du livre. Tous-toutes... Comme lui, si, tu sais, Michon, elle, (c’est-à-dire, Saumont) elle raconte, enfin, non, elle, elle dit, des vies minuscules, tellement petites, ça ne fait pas un livre, ça fait juste. Un désespoir. Une nouvelle.

«Le tapis du salon» d'Annie Saumont - Julliard 2012
ou Pocket 2013

1 avril 2012

Le soir des monstres : le spectacle d’Étienne Saglio

Une fois n’est pas coutume, parlons de spectacle vivant ! J’ai vécu une drôle d’expérience à l’Onde (salle de spectacles de Vélizy), un spectacle de magie comme je n’en avais jamais vu. J’avais été attirée par la brochure de la quinzaine que la la salle consacre à la magie nouvelle, brochure dont s’échappaient de petites étoiles dorées. Une communication simple, mais finalement très efficace !
«Le soir des monstres», titre du show, vient d’une expression désignant le soir des encombrants. Sur scène en effet ce sont les matériaux de récupération qui sont les pièces maîtresses d’un décor épuré et plutôt triste, mélancolique. De cette tristesse sort une rêverie, celle d’un prince déchu au milieu de son univers sombre.
Les codes du cirque, de la magie sont présents, mais réinterprétés façon Tim Burton : le prince jongle, mais avec des boules de fils de fer, il fait voler des oiseaux, mais ce sont des drôles de mécanismes comme sorti du jeu vidéo «Machinarium»… Il faut dire qu’Étienne Saglio, auteur et prince noir sur scène, vient de la prestigieuse École Nationale des Arts du Cirque.

Adultes et enfants étaient complètement captivés par ce drôle de magicien !

«Le soir des monstres», actuellement en tournée