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28 février 2012

Apocalypse bébé de Despentes en poche

Un an et demi après sa sortie sur les tables de la rentrée littéraire 2010, le livre primé de Virginie Despentes sort en poche ces jours-ci.

«Apocalypse bébé» arrive donc à nouveau sur le devant de la scène alors que «Bye Bye Blondie», adaptation du roman éponyme de la même Despentes, sort en salles le 21 mars prochain, l’histoire ayant été remaniée par la romancière en romance lesbienne.
 
Le prix Renaudot 2010 n’est pas franchement un livre qui vous réconfortera des longues journées grises, mais comme tout coup de gueule/livre de Virginie Despentes, il fait ressentir une grande palette d’émotions, faisant passer son lecteur du rire (jaune) à la colère (noire).
 
Car la disparition d’une adolescente est finalement un prétexte, pour tout le monde, c’est bien pour ça qu’elle finira mal, cette adolescente : au fond, on s’en fout, d’elle, autant que de ce qu’elle est… Ses parents, la société, qui se soucie de Valentine ?
On ne manquera pas de relever que Virginie Despentes dans le rôle de contempteur des parents nantis et démissionnaires, cela montre à quel point les valeurs sociales se décontextualisent.
Même la détective chargée de la retrouver devient finalement trop occupée à découvrir son homosexualité.

Le livre raconte donc les péripéties de la recherche de Valentine, pauvre petite fille riche mais incroyablement paumée, et en profite pour taper sur tout ce qui cloche dans notre société contemporaine. Despentes ne pardonne rien à personne, avec une gouaille à la fois terriblement trash et irrésistiblement élégante.

«Apocalypse bébé» de Virginie Despentes - Le livre de poche 2012

Sortie de «Bye Bye Blondie» au cinéma le 21 mars, avec Béatrice Dalle, Emmanuelle Béart, Stéphanie Sokolinski, Clara Ponsot

27 février 2012

L’usage des jours de Guillaume Bardet à la Cité de la Céramique

Il est des expositions qui font naître une grande curiosité. Ainsi de celle qui est actuellement présentée par la Cité de la Céramique de Sèvres. Le designer Guillaume Bardet s’était lancé le défi suivant : créer un pièce par jour, pendant un an. Ses créations ont ensuite été réalisées, en partenariat avec différents céramistes, l’année suivante. C’est un drôle de projet, car évidemment, on se demande s’il est possible pour un artiste de créer chaque jour quelque chose de vraiment différent de la veille. Certaines œuvres sont forcément un peu décevantes : cela rappelle que l’inspiration varie !
D’autres sont très surprenantes : entre deux pièces, une autre totalement dissemblable.
Les différents matériaux utilisés montrent comme la réalisation d’une pièce est une étape aussi importante que sa conception, car entre le grès et la faïence, il n’y a évidemment pas le même rendu ! De ce fait, il y a quelques variations autour de thèmes qui permettent de réfléchir à cette idée.
 
Semainier floral n°8, Mardi 2 mars 2010 de Guillaume Bardet
Photographie Pierre-Olivier Deschamps
 
On en vient aussi à songer aux choix ultérieurs à la création qui sont opérés : pour les expositions, les artistes choisissent des œuvres, les isolent. Devant les 365 objets de Guillaume Bardet, on s’imagine dans un autre type d’exposition, collective par exemple, devant un ou deux seulement de ces objets. Aurait-on pu imaginer aisément tous ceux qu’il y a eu avant, comme tous ceux qu’il y a eu ensuite ?
En quoi une œuvre est-elle unique ?
La Cité de la Céramique, en organisant cette manifestation, stimule la réflexion.

Jusqu'au 2 avril 2012

«L'usage des jours, 365 objets en céramique, Guillaume Bardet, designer»
Cité de la céramique
2 Place de la Manufacture
92310 Sèvres

24 février 2012

Soko : «I thought I was an alien» dans les bacs cette semaine

Stéphanie Sokolinski n’est pas faite du moule des artistes de notre époque, qui rentabilisent toute notoriété nouvellement acquise en surexposition médiatique et surenchère de projets divers.
Quand quelque chose marche pour elle, celle-ci affirme rapidement vouloir arrêter, et se retranche chez elle. Ainsi, cet album est une surprise. En effet, après le succès de ses titres sur Internet en 2007, elle était rentrée sous sa tente, en sortant pour obtenir une récompense pour son rôle dans «À l’origine».
À l’image du personnage décalé de charmante goth-kawaï qu’elle a joué il y a quelques années dans «Ma vie n’est pas une comédie romantique», Soko a un charme un peu «différent», ni mainstream, ni bobo.

Ses ballades, très mélancoliques, sont à son image. C’est triste, pop-folk, parfois vaguement électro ou électrique, souvent on n’entend presque que sa voix sensible disant tout bas ses textes : un recueil de comptines doucement freak.
C’est parfait pour se complaire dans sa neurasthénie naturelle, ou pour rêver les yeux ouverts.

Pour tester, un titre de l’album est offert au téléchargement sur Itunes (cette semaine), et ça s’écoute légalement sur des plateformes comme Spotify.

«I Thought I Was An Alien» de Soko - Because 2013

21 février 2012

La vengeance du wombat de Kenneth Cook : au-delà de la carte postale

Actuellement, il est difficile de trouver plus tendance que l’Australie. Un climat particulièrement clément, la nature la plus sauvage à quelques pas des villes les plus branchées, des animaux tous plus a-do-ra-bles les uns que les autres… Oui, enfin, a priori. L’écrivain Kenneth Cook n’était pas toujours de cet avis, en fait. Il a rétablit cette vérité avec beaucoup d’humour dans des nouvelles. Certaines ont été traduites assez récemment en français, comme "Le koala tueur et autres histoires du bush". "La vengeance du wombat, et autres histoires du bush" -forcément- ont reçu le Prix des lecteurs du Livre de Poche 2012. Kenneth Cook nous emmène dans une Australie un peu moins «cliché», celle des cowboys du bush, des Aborigènes, des chercheurs d’opales. Une Australie plus dangereuse, avec des animaux un peu moins amènes que sur les cartes postales. Qu’elle est drôle cette Australie-là ! La verve de Kenneth Cook est remarquable. Mais cette drôlerie est là pour masquer le désespoir du «mauvais côté du fleuve Darling», «exclusivement constitué de pourpiers, de sable, de rocailles, de chaleur et de détresse - sauf en hiver, où il est exclusivement constitué de pourpiers, de sable, de rocailles, de froid et de détresse.» Avis donc à ceux qui veulent abandonner pour un temps les surfeurs et passer du côté des koalas tueurs ou des wombats vengeurs…

Kenneth Cook, La Vengeance du wombat, Le livre de poche 2012, Prix des lecteurs

20 février 2012

19 février 2012

Réédition d' Un mari idéal adapté par Oliver Parker

La troisième adaptation cinématographique d’ «Un mari idéal», la pièce de théâtre d’Oscar Wilde, est de nouveau disponible en DVD pour ce début d’année 2012.

Le célèbre dandy britannique imagine cette pièce lors d’un séjour tumultueux avec l’amant qui causera sa perte, Lord Alfred Douglas (la pièce est encore à l’affiche du Royal Theatre de Haymarket à Londres lorsque Wilde est arrêté).
 
Le succès de «l’Éventail de Lady Windermere», et d’ «Une femme sans importance» tient essentiellement à l’élégance malicieuse, voire caustique de Wilde. Une nouvelle fois c’est cela qui porte la pièce «Un mari idéal», dont l’argument n’est guère original en soi, puisqu’il s’agit d’une affaire de chantage probablement inspiré par les nombreuses malversations de la fin du siècle passé, et dont on trouve des antécédents dans des livres très célèbres.
Ainsi, l’escroquerie prétextée par Wilde pour l’argument d’ «Un mari idéal» fait écho à celle du fameux «Quel époque !» ("The Way We Live Now") d’Anthony Trollope.

Dans cette adaptation la plus récente, un beau casting se partage la distribution de l’adaptation (Cate Blanchett, Minnie Driver, Julianne Moore…), et le film est agréablement fidèle à l’oeuvre. Rupert Everett est un excellent Lord Goring, personnage romanesque qui est un double de l’auteur. Le thème réel de la pièce est bien sûr la difficulté de réconcilier l’idée que se font les femmes de leur époux -qui doit être «idéal»- et du mariage avec la réalité souvent plus pragmatique de l’être et des actions de leur conjoint.

On retrouve, avec un autre prétexte, ce thème dans «L’importance d’être constant», également adapté au cinéma par Oliver Parker, également avec Rupert Everett.

Extrait de l’acte II :
 
Lord Goring : Oh ! Je m’imaginerais que Mrs. Cheveley est une de ces femmes tout à fait modernes qui, à notre époque, trouvent qu’un scandale nouveau leur va aussi bien qu’un chapeau dernier cri, et qui promène l’un et l’autre au parc chaque après-midi, vers cinq heures et demi. Je suis sûr qu’elle adore les scandales, et que le chagrin de sa vie est de ne pouvoir en avoir à satiété.
Sir Robert Chiltern : Pourquoi dites-vous cela ?
Lord Goring : Eh bien, hier soir elle avait mis beaucoup trop de rouge, et pas assez de vêtements. C’est toujours un signe de désespoir chez une femme.


«Œuvres» de Oscar Wilde, dir. P. Aquien - Le livre de Poche, Classiques Modernes 2003

Oscar Wilde par Napoleon Sarony

17 février 2012

Le diable de Radcliffe Hall de Stéphanie des Horts

Le diable de Radcliffe Hall : avec un titre pareil, doré sur tranche et une illustration qui conviendrait à une chronique mondaine de Stéphane Bern, on s’attend à ce que les diamants ruissellent sur les décolletés comme à ce que le champagne coule à flot.
Et c’est vrai : l’action se déroule dans la haute société, américaine dans le monde de la narratrice petite, anglaise dans celui de celle-ci tout juste adulte. Mais c’est immédiatement grinçant, car la petite fille est une enfant profondément cruelle, vicieuse et raciste, et le leitmotiv d’une comptine inquiétante rappelle Dix petits nègres...
Les deux récits se rejoignent dans un terrible dénouement que le lecteur n’entrevoit que tardivement.
 Il faut absolument éviter de dévoiler une intrigue qui est diablement ficelée par l’auteure, que l’on attendait pas ainsi après l’attachant La Panthère - mais c’est très bien ainsi.

Le diable de Radcliffe Hall de Stéphanie des Horts - Albin Michel 2012

14 février 2012

Sorcières - Mythes et réalités au Musée de la Poste

Cette exposition est immanquable : on est plongé dans l’univers des contes et de l’Histoire, dans une scénographie parfaitement adaptée au sujet et le propos est passionnant.
Comme l’indique l'intitulé de l'évènement, les légendes autant que les procès en sorcellerie sont présentés.

Qui étaient les sorcières ? Pourquoi cette catégorisation des êtres concernait avant tout les femmes ? Quels étaient les faits réels qui ont nourri les fantasmes du Moyen-Âge, jusqu’à se perpétuer aujourd’hui ? L'accrochage de «Sorcières - Mythes et réalités» répond à ce type de questions en présentant des œuvres nombreuses, comme des témoignages des pratiques dites occultes et des superstitions. 

Le propos de l’exposition, en se demandant de quoi les sorcières sont le nom (tour à tour celui de l'ignorance, de la misogynie, celui de la recherche du bouc-émissaire…), fait réfléchir aux croyances qui perdurent, malgré l'avènement de la modernité.

à noter : certains des ouvrages présentés dans l’exposition, notamment le grimoire «Le petit Albert», peuvent être trouvés en réédition en librairie, ou tout simplement, consultables sur Gallica : par exemple ici.

Jusqu'au 31 mars 2012

34 boulevard de Vaugirard
75015 Paris

11 février 2012

L’Hommage à Delacroix mis en scène dans l’intimité du peintre

Henri Fantin-Latour fut un peintre intimiste : recherché pour ses natures mortes, inspiré par la poésie, la musique, ou figurant les artistes de son temps. Ses quatre grands portraits collectifs rassemblent les figures qu’il appréciait : l'Hommage à Delacroix (1864), l'Atelier des Batignolles (1870), Coin de table (1872), Autour du piano (1885).

C’est le premier, l'Hommage à Delacroix, qui fait actuellement l’objet d’une exposition au Musée Delacroix. On peut y voir l’influence du peintre sur la jeune génération, Manet, Bazille, et bien sûr, Fantin-Latour. L’élaboration du tableau est replacée dans son contexte, faisant dialoguer les œuvres.

Le tableau lui-même est mis en valeur dans l’atelier du peintre, autour des esquisses de Fantin.
À l’instar de ce qui s’est passé pour les autres portraits de groupe, la liste des artistes a varié au cours du temps : il y a ceux qui acceptent, ceux qui refusent, ceux qui n’arrivent finalement pas à se libérer… Il est intéressant de voir comme une toile qui apparaît aujourd’hui si classique fut un résultat, aussi, de compromis et de désirs individuels.


Finalement, sont représentés, en sus de Fantin lui-même, Whistler, Alphonse Legros, Manet, Cordier, Bracquemond et les critiques Balleroy, Duranty, Champfleury et Baudelaire :




Le Musée est largement ouvert, et il vaut mieux user de cet avantage : il est assez petit, or cette exposition, encore moins que la collection permanente, ne peut se satisfaire de la foule…
Pour en savoir plus sur l’élaboration des peintures de groupes de Fantin, on peut se plonger dans le roman de Claude Chevreuil, «Un coin de table», aux éditions de Fallois.

Jusqu'au 19 mars 2012.

6 rue de Furstenberg
75006 Paris

6 février 2012

Yann Kersalé à la Fondation EDF : la lumière en scène

Il y a jusqu’au 25 mars pour aller à la Fondation EDF voir des œuvres de Yann Kersalé.
On s’y émerveille, et c’est gratuit : pas de raison de rater ça.

Yann Kersalé a créé des œuvres in situ dans sept endroits de la Bretagne, d’où le titre de l’exposition, «Sept fois plus à l’ouest» (le Chaos du Diable à Huelgoat, les Alignements de Mégalithes à Carnac, le Radôme de la Cité des Télécoms à Pleumeur-Bodou, Océanopolis à Brest, le Sillon noir à Pleubian, le phare de l’Île Vierge à Plouguerneau et la ZAC de la Courrouze à Rennes).
Ensuite, de ces sept expériences, il a construit sept autres œuvres d'après les captations des œuvres originelles : autant d’installations incroyables, reposant sur le mouvement de la matière mais surtout de la lumière.
La lumière est en effet centrale dans le travail de l'artiste. Les installations présentées captivent le spectateur qui a parfois l'impression d'être au cœur d'un étrange rite païen, lui qui peut parfois ici toucher et pénétrer l’œuvre.

Féérique.

Dorsale des vents - Yann Kersalé (prise de vue dans l'exposition)
Jusqu’au 25 mars 2012.

«Sept fois plus à l’ouest» de Yann Kersalé
Espace Fondation EDF
6, rue Récamier
75007 Paris

5 février 2012

Les Oeuvres complètes d’Irène Némirovsky enfin disponibles, au Livre de poche

En fin d'année dernière sont sorties les Œuvres complètes d’Irène Némirovsky aux éditions du Livre de Poche.

Cette romancière a peint d’une façon magistrale les jeunes gens ivres d’eux-mêmes de la Belle Époque, les mœurs des bourgeois des années folles, leur oubli de la Grande Guerre dans les bals.
 
Elle a montré la difficulté de la condition juive, en décrivant la peur des pogroms, les expulsions, les ghettos, en mentionnant les premiers camps de concentration.
 
Elle toucha à l’universel en montrant la soif d’ambition des hommes et leurs lâchetés, les héroïsmes et renoncements des femmes, humbles paysannes ou riches héritières.

Ses romans, comme ses nouvelles, sont tous indispensables. Certains ont été adaptés au cinéma, comme «David Golder» ou sont en voie de l'être (ainsi du Renaudot posthume obtenu pour «Suite française» qui devrait être visible en 2015).

Irène Némirovsky est morte assassinée à Auschwitz en 1942.